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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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Le Chico, comme tous les Espagnols, avait le compliment facilement hyperbolique quand il s’agissait de celle qu’il aimait. Avec cette poésie naturelle qu’il ne soupçonnait pas, il avait su trouver les mots tendres et câlins qui bercent autant que des caresses. Il avait toujours pour elle, de ces attentions délicates qui ne la laissaient jamais indifférente, bien que, par habitude contractée de longue date, elle affectât d’accueillir le tout avec des airs de petite souveraine qui l’intimidaient toujours un peu.

Cette fois-ci, rien de tout cela. Pas un mot aimable, pas un compliment, à peine un coup d’œil distrait à sa plus belle toilette. Et cette froide assurance qu’elle ne lui connaissait pas?…

Quoi! était-elle devenue subitement affreuse? Ou bien, grisé par le succès qu’il avait remporté auprès des nobles dames, le Chico, se prenant pour un personnage important, faisait-il fi d’elle? Son dépit était si violent qu’elle en aurait pleuré… si elle n’avait craint de redoubler son orgueil en paraissant attacher tant de prix à ses attentions.

Cependant, comme elle était femme et coquette, elle sut cacher ses impressions, si bien qu’il ne soupçonna rien de ce qui se passait en elle, et ce fut avec son air le plus agressif, de son ton le plus grondeur qu’elle lança:

– Comment oses-tu reparaître ici quand je t’ai chassé? Et dans quel état encore, Vierge sainte! N’es-tu pas honteux de te présenter ainsi devant moi? Non! tu ignores la honte, tu ne connais que l’impudence!

Pour la première fois de sa vie le Chico accueillit cette violente sortie avec une indifférence qui accrut son indignation. Il ne rougit pas, il ne baissa pas la tête, il ne s’excusa pas. Il la regarda tranquillement en face et, comme s’il n’avait pas entendu, il dit simplement et très doucement:

– J’ai besoin de t’entretenir de choses sérieuses.

La petite Juana en demeura toute saisie. On lui avait changé sa poupée. Où prenait-il cette tranquille audace? La vérité est que le Chico n’avait pas conscience de son audace. Il ne songeait qu’à Pardaillan et tout s’effaçait devant cette pensée. Ce qu’elle prenait pour de l’audace n’était que de la distraction. Il entendait vaguement ce qu’elle disait, mais il pensait à toute autre chose, il ne saisissait qu’imparfaitement le sens de ses paroles qui, dès lors, perdaient toute leur portée.

Juana, étourdie, feignit alors de remarquer ce qu’elle avait vu du premier coup d’œil et s’écria:

– Mais tu es couvert de sang! Tu t’es donc battu?

– Ne sais-tu pas ce qui se passe en ville?

– Comment ne le saurais-je pas? On dit qu’il y a eu rébellion, tout est à feu et à sang, il y a des morts par milliers… du moins l’ai-je entendu dire aux rares clients que nous avons eus en ce jour de malheur.

Et son inquiétude perçant malgré elle, avec une inflexion de voix dont il ne perçut pas la tendresse:

– Tu es donc blessé?

– Non. J’ai été éclaboussé dans la bagarre. Peut-être ai-je bien quelque écorchure par-ci, par-là, mais ce n’est rien. Ce sang n’est pas le mien. C’est celui des malheureux que j’ai vu tuer devant moi.

Dès l’instant qu’il n’était pas blessé, elle reprit son air grondeur et dit:

– C’est là que tu t’es fait arranger de la sorte? Qu’avais-tu besoin, mécréant, de te mêler à la bagarre?

– Il le fallait bien.

– Pourquoi le fallait-il? Et quand je pense que je suis allée à cette course et que je serais peut-être morte à l’heure qu’il est si j’étais restée jusqu’à la fin!

Ce fut à son tour de pâlir de crainte:

– Tu es allée à la course?

– Hé oui! Heureusement la Vierge me protégeait sans doute, car une subite indisposition de Barbara, qui m’accompagnait, m’a fait quitter la plaza après que le sire de Pardaillan eût si brillamment dagué le taureau. Aussi demain irai-je faire brûler un cierge à la chapelle de Notre-Dame la Vierge!

Elle mentait effrontément, on le sait. Mais pour rien au monde elle n’eût voulu lui donner cette satisfaction de lui dire qu’elle l’avait vu dans son triomphe et que c’était ce qui l’avait fait quitter sa place.

Lui ne vit qu’une chose: c’est que, par bonheur, elle avait pu regagner paisiblement sa demeure sans se trouver dans la mêlée, où elle eût pu, en effet, recevoir quelque coup mortel.

– Tu ne sais rien, dit-il avec un air de mystère. On voulait assassiner le Torero. C’est pour lui qu’on s’est battu. Heureusement ses partisans l’ont enlevé, et maintenant, bien caché, il est hors de l’atteinte de ses ennemis.

– Sainte Vierge! que me dis-tu là? fit-elle, vivement intéressée.

– Ce n’est pas tout. La rébellion dont tu as entendu parler, c’était en faveur de don César. On dit qu’il est le fils du roi; c’est lui qui est, paraît-il, le légitime infant et c’est lui qu’on voulait placer sur le trône à la place de son père, le roi Philippe, lui qu’on acclamait sous le nom de roi Carlos.

Il paraissait très fier de savoir tout cela, fier surtout de connaître personnellement un homme qu’on prétendait fils du roi.

Elle, du coup, en oublia et sa feinte colère et son réel dépit, et joignant ses petites mains:

– Don César, fils du roi! s’exclamait-elle. Eh bien, à dire vrai, cela ne m’étonne pas. J’ai toujours pensé qu’il devait être de très haute naissance. Tout de même je n’aurais pas cru qu’il fût de sang royal. Et tu dis qu’il est l’infant légitime? Qui donc osait attenter à sa vie?

– Le roi… son père, dit le Chico en baissant la voix.

– Son père! Est-ce possible? fit-elle incrédule. Il ne savait pas, sans doute.

– Il savait, au contraire. C’est même pour cela qu’il voulait le faire meurtrir. Tout le monde ne sait pas ça, mais moi je le sais. Il y a bien des choses que je sais, tiens! et personne ne s’en doute.

– Mais pourquoi? C’est horrible, cela, qu’un père veuille faire tuer son fils!

– Ah! voilà! Ceci, c’est ce qu’on appelle «la raison d’État». Je sais cela aussi.

Malgré elle, elle eut un coup d’œil admiratif à l’adresse du petit homme. C’est vrai, tout de même, qu’il savait des choses que nul ne soupçonnait. Comment s’arrangeait-il pour savoir?

Il reprit, très sérieux:

– Je servais de pago à don César dans sa course. Tu n’as pas pu savoir, puisque tu étais partie quand nous sommes entrés sur la piste.

Elle savait très bien. Elle l’avait très bien vu. N’importe, elle feignit d’être surprise. Lui continua:

– Tu comprends que je devais savoir où on le conduisait. Je l’ai suivi. C’est là que j’ai été si mal arrangé.

Et avec un soupir de regret:

– J’avais un si beau costume… tout neuf. Si tu m’avais vu! Regarde donc dans quel état on l’a mis.

Oui, oui, elle voyait. Elle comprenait aussi. Il ne pouvait plus être question de gronder. Il avait fait son devoir en suivant son maître, le petit homme; c’était bien.

– Ce n’est pas tout, reprit tristement le Chico. J’ai encore une nouvelle à t’apprendre… une mauvaise nouvelle, Juana.

– Parle… Tu me fais frémir.

Il disait cela pour la préparer doucement et elle ne soupçonnait pas où il voulait en venir. Alors il lâcha précipitamment:

– On a arrêté le sire de Pardaillan.

Il était persuadé qu’elle allait s’effondrer à cette nouvelle. Pas du tout, elle reçut le coup avec un calme qui le déconcerta. Oh! évidemment elle parut affectée, mais enfin ce n’était pas le désespoir auquel il s’attendait. Voyant qu’elle se taisait, il dit doucement:

– Tu as du chagrin?

– Oui, dit-elle simplement.

– Tu l’aimes toujours?

Elle le considéra avec un étonnement qui n’était pas joué.

– Oui, dit-elle, je l’aime, mais pas comme tu penses.

– Oh! fit-il tout saisi, pourtant tu m’as dit…

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