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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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D’abord plus de toque empanachée et plus de manteau. Ensuite, fripés, déchirés, maculés, les soies et les satins de ce qui avait été un pourpoint. Des accrocs larges comme la main à ces chausses resplendissantes. Et par-ci, par-là, des taches rouges qui ressemblaient singulièrement à du sang.

Ah! il était propre! Et si la petite Juana l’avait vu dans cet état, quelle réception elle lui eût fait, Sainte Vierge!

La vérité nous oblige à confesser que le Chico ne paraissait nullement se soucier des détails de sa toilette. Haillons ou somptueux habits, il savait tout porter avec la même désinvolte fierté. Il se redressait tout comme il le faisait sur la piste lorsque les murmures d’admiration bourdonnaient autour de lui, et il ne perdait pas une ligne de sa taille d’homoncule.

Et puis, tiens! s’il était si mal arrangé, lui le Chico, le seigneur français, son grand ami, celui qui lui apparaissait comme un dieu, n’était guère mieux arrangé que lui, et de le voir ainsi, entouré de gardes, ficelé comme un jambon, que c’en était une pitié, couvert de poussière et de sang, le pauvre Chico en était tout saisi et il en eût pleuré de chagrin si son grand ami ne lui avait appris précisément qu’un homme ne doit pas pleurer.

Comment le Chico avait-il pu se faufiler jusque-là? Évidemment, sa petite taille l’avait utilement servi. Pourquoi était-il là? Pour Pardaillan. Celui-ci n’en douta pas un seul instant.

Il ne disait rien, le petit homme, mais son regard, rivé sur les yeux du prisonnier, parlait pour lui. Et ce regard trahissait une peine si sincère, une affection si ardente, un dévouement si absolu, une si naïve admiration à le voir si fier au milieu de ses gardes qu’il paraissait diriger que ce grand sentimental qu’était le chevalier de Pardaillan se sentit doucement ému, délicieusement réconforté, et qu’il eut à l’adresse de son petit ami un de ces sourires d’une si poignante douceur qui avaient le don de bouleverser le petit paria.

Le premier mouvement de Pardaillan fut d’adresser quelques mots au nain. Mais il réfléchit que dans les circonstances présentes il risquait fort de le compromettre. Un mot de lui pouvait être funeste à son petit ami. Il eut l’affreux courage de s’abstenir.

Cependant, comme il avait la rage de s’oublier toujours pour songer aux autres, il aurait bien voulu savoir ce qu’était devenu son autre ami, don César, sur qui il s’était promis de veiller et pour qui il s’était si imprudemment exposé qu’il se trouvait pris. Il adressa donc, en passant, un regard d’une muette éloquence au nain attentif.

Le Chico n’était pas un sot. Il s’était senti largement récompensé par le sourire de Pardaillan et il avait parfaitement compris à quel mobile il obéissait en paraissant ne pas le connaître. Seulement, tandis que Pardaillan se disait: Ne perdons pas ce pauvre petit bougre par une marque de sympathie, le nain de son côté se disait: N’ayons pas l’air de le connaître. Tiens! on ne peut pas savoir, moi libre, je pourrai peut-être lui être utile.

Ainsi la même pensée de désintéressement se manifestait en même temps chez ces deux hommes, véritables antithèses vivantes. Qu’on aille s’étonner, après cela, de la sympathie subite qui avait attiré cette force qu’était Pardaillan vers cette faiblesse que représentait le Chico.

Donc le nain comprit parfaitement la signification du coup d’œil de Pardaillan qui criait:

– Don César est-il sauf?

Dans le même langage muet il répondit à l’instant et il fut compris comme il avait compris lui-même.

La tête était la seule partie de son corps qu’il pouvait remuer à son aise, attendu qu’il n’avait pas été possible de l’enchaîner comme le reste. Pardaillan manifesta donc sa satisfaction par un imperceptible signe de tête et il passa de ce pas lourd, lent et maladroit que lui imposaient ses entraves.

Il s’aperçut alors que le Chico, favorisé par l’exiguïté de sa taille, se faufilait parmi les soldats, d’ailleurs indifférents, s’attachait obstinément à ses pas et trouvait moyen de marcher à sa hauteur, comme s’il avait eu quelque chose à lui communiquer.

Si Pardaillan était la force et la bravoure personnifiées, il était aussi intelligence et la bonté. C’était un grand sentimental et un solitaire, qui, sa vie durant, n’avait jamais compté que sur lui-même pour se tirer d’affaire, et qui y avait bien réussi jusque-là, donnant ainsi un éclatant démenti aux paroles de l’Ecclésiaste: Vae soli! C’était un simple qui suivait son chemin tout droit.

S’il rencontrait sur sa route un faible ou un malheureux, son premier mouvement était de lui tendre une main secourable, sans se soucier des conséquences que ce geste pouvait avoir pour lui.

S’il rencontrait un fauve – et il en avait rencontré – il se contentait de s’écarter. Non par dédain ou prudence, mais par insouciance. Si le fauve lui montrait les crocs, dame alors, Pardaillan exhibait les siens, et provoqué il ne lâchait plus prise. Si le fauve s’attaquait lâchement à plus faible que lui, Pardaillan n’attendait pas alors la provocation et ne savait pas résister à la tentation de s’interposer, s’exposant lui-même pour défendre un inconnu.

Bien des gens réputés braves et raisonnables eussent estimé que c’était le moment ou jamais de s’écarter. Pardaillan pensait autrement.

Ceci est pour dire que précisément parce qu’il avait conscience de sa force, précisément parce qu’il était toujours maître de lui et habitué à ne compter que sur lui, le grand sentimental qu’il était ne pouvait être insensible à une marque d’amitié ou de dévouement, bien qu’il eût une manière à lui de marquer ses sentiments qui pouvait passer aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas pour de la raideur et de l’orgueil.

L’humble geste de cette faiblesse, représentée par le nain Chico, se dévouant naïvement à cette force, représentée par Pardaillan, l’émut, le remua jusqu’au fond des entrailles.

Il remarqua alors que le nain serrait dans son poing crispé le manche de sa minuscule dague et qu’il jetait sur les hommes de son escorte des regards chargés de colère qui les eussent infailliblement jetés bas s’ils avaient été des pistolets. Il ne put s’empêcher de penser à part lui:

«Ah! le brave petit homme. Si sa force égalait sa bravoure et sa volonté, comme il chargerait ces soldats à qui l’on fait jouer un si triste rôle!»

Et il souriait doucement, chaudement réconforté par cette amitié sincère qui se manifestait en un moment si critique pour lui. Et son naturel railleur et enjoué reprenant le dessus, comme si le nain eût été à même de l’entendre, il ajoutait en jetant un coup d’œil narquois à la dague, guère plus grande qu’une aiguille à tricoter:

– Laisse ton aiguille! Vois-tu, petit, ils sont trop!

Ceci visait l’escorte formidable qui l’encadrait.

Cependant, il se trouvait maintenant devant la grande porte du couvent. Porte monumentale, massive, rébarbative, pesante, sournoise par les guichets visibles ou dissimulés, humble par la couleur neutre et effacée, arrogante et menaçante par les clous et les peintures et les innombrables verrous et serrures, et froide, triste, triste comme ces bâtiments d’aspect lugubre et sinistre, sans physionomie précise, caserne ou prison, temple ou géhenne, on ne savait pas au juste, qu’on apercevait dominant les hautes murailles blanches qui les ceinturaient.

On dut attendre que les verrous énormes fussent tirés avec des grincements sinistres, que les serrures géantes fussent ouvertes à l’aide de clés que le nain Chico eût eu bien de la peine à soulever. Il y eut forcément un temps d’arrêt assez long.

Le Chico profita de cet instant, qu’il avait peut-être prévu, pour se livrer à une mimique expressive que Pardaillan, qui ne le perdait pas de vue, on le conçoit, comprit aisément et qui eût la bonne fortune de passer inaperçue, les gardes du chevalier, satisfaits de voir leur corvée enfin terminée, plaisantant et bavardant entre eux.

– Je viendrai ici tous les jours, disaient les gestes du petit homme.

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