Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Tu quoi ?
Je te mangerai !
Comme la sorcire dans Hnsel et Gretel ?
Exactement. Et ce sera pas la peine de me tendre un os quand je voudrais palper ton bras parce que je suis pas miro, moi ! Maintenant, je veux plus t'entendre... Il est presque deux heures et on a une longue journe demain...
En fait, tu te donnes des airs comme a mais t'es un gentil, toi...
Ta gueule.
12
Debout le bibendum !
Il posa le plateau au pied du matelas.
Oh ! le petit djeuner au 1...
T'emballe pas. C'est pas moi, c'est Jeannine. Allez, grouille, on est en retard... Et mange au moins une tartine, leste-toi un peu, sinon tu vas douiller...
peine avait-elle mis un pied dehors, encore toute barbouille de caf au lait, qu'on lui tendit un verre de blanc.
Allez, la petite dame ! On se donne du courage !
Ils taient tous l, ceux d'hier soir et tous les gens du hameau, une quinzaine de personnes environ. Tous exactement comme on les imagine, entre les Deschiens et le catalogue de la Camif. Les plus vieilles en blouse et les plus jeunes en survtement. Tapant du pied, serrant leurs verres, s'interpellant, rigolant et se taisant soudain : le Gaston venait d'arriver avec son grand couteau.
Franck assura les commentaires :
C'est lui le tueur.
Je m'en serais doute...
T'as vu ses mains ?
Impressionnant...
On tue deux cochons aujourd'hui. Ils sont pas cons, on les a pas nourris ce matin, donc, y savent qu'y vont y passer... Ils le sentent... Tiens, ben voil le premier justement... T'as ton carnet ?
Oui, oui...
Camille ne put s'empcher de sursauter. Elle ne voyait pas a si gros...
Ils le tirrent jusque dans la cour, le Gaston l'assomma avec un gourdin, ils le couchrent sur un banc; et le ligotrent toute vitesse en laissant la tte pendouiller. Jusque-l, a allait parce qu'il tait un peu stone, mais quand l'autre lui enfona sa lame dans la carotide, l'horreur. Au lieu de le tuer, c'tait comme s'il venait de le rveiller. Tous les bonshommes sur lui, le sang qui giclait, la mm qui te fout une cocotte l-dessous et qui remonte sa manche pour le touiller. Sans cuillre, sans rien, main nue. Burp. Mais a encore a allait, ce qui tait insupportable, c'tait de l'entendre... Comment il continuait de gueuler et de gueuler toujours... Plus il se vidait, plus il gueulait et plus il; gueulait, moins a ressemblait au cri d'une bte... C'tait humain presque. Des rles, des supplications... Camille serrait son carnet et les autres, ceux qui connaissaient tout a par cur, n'taient pas beaucoup plus fiers... Allez ! encore un godet pour se donner du courage...
Sans faon, merci.
a va ?
Oui.
Tu dessines pas ?
Non.
Camille, qui n'tait pas la premire bcasse venue, se raisonnait et ne fit aucun commentaire dbile. Pour elle, le pire tait venir. Pour elle, le pire ce n'tait pas la mort en soi. Non, a c'tait la vie aprs tout, mais ce qui lui parut le plus cruel, c'est quand on amena le second... Anthropomorphisme ou pas, chochotterie ou pas, on pouvait dire ce qu'on voulait, elle s'en foutait, elle eut vraiment du mal contenir son motion. Parce que l'autre, qui avait tout entendu, savait ce que son pote venait de subir et n'a pas attendu d'tre transperc pour gueuler comme un ne. Enfin... comme un ne , c'est con comme expression, comme un cochon qu'on gorge plutt...
Merde, ils auraient pu lui boucher les oreilles quand mme !
Avec du persil ? demanda Franck en se marrant.
Et l, oui, elle dessina pour ne plus voir. Elle se concentra sur les mains du Gaston pour ne plus entendre.
Ce n'tait pas bon. Elle tremblait.
Quand la sirne fut teinte, elle mit son carnet dans sa poche et s'approcha. a y est, c'tait fini, elle tait curieuse et tendit son verre la bouteille.
Ils les passrent au chalumeau, odeur de cochon grill. L aussi, expression parfaite, au poil si j'ose dire, puis les grattrent avec une brosse tonnante : une planche en bois sur laquelle on avait clou des capsules de bire retournes.
Camille la dessina.
Le boucher commena son travail de dcoupe et elle passa derrire le banc pour ne rater aucun de ses gestes. Franck se rgalait.
C'est quoi, a ?
De quoi ?
L'espce de boule transparente et toute visqueuse, l?
La vessie... D'ailleurs, c'est pas normal qu'elle soit si pleine... Lui, a le gne dans son travail...
Mais non ! protesta l'homme de l'art, a me gne pas... Tiens la v'l ! ajouta-t-il en donnant un coup de couteau.
Camille s'accroupit pour la regarder. Elle tait fascine.
Des gamins arms de plateaux assuraient la navette entre le cochon encore fumant et la cuisine.
Arrte de boire.
Oui m'dame Rika.
Je suis content. Tu t'es bien tenue.
T'avais peur ?
J'tais curieux... Bon c'est pas le tout mais j'ai du boulot...
O tu vas ?
Chercher mon matos... Va te mettre au chaud, si tu veux...
Elle les trouva toutes dans la cuisine. Une range de mnagres guillerettes avec leurs planches en bois et leurs couteaux.
Viens par l ! cria Jeannine. Tenez Lucienne, faites-lui une place prs du pole... Mesdames, je vous prsente la copine Franck, vous savez, c'est la gamine que je vous disais tout l'heure... Celle qu'on a ressuscite hier soir... Viens donc t'asseoir avec nous...
L'odeur du caf se mlait celle de la tripaille chaude et a rigolait l-dedans... a tchatchait... Un vrai poulailler.
Franck arriva. Ah ! ben le v'l ! V'l Je cuistot ! Elles se mirent glousser de plus belle. Quand elle le vit, vtu de sa veste blanche, Jeannine se troubla.
En passant derrire elle pour aller rejoindre les fourneaux, il lui pressa l'paule. Elle se moucha dans son torchon et se remit rire avec les autres.
A cet instant prcis de l'histoire, Camille se demanda si elle n'tait pas en train de tomber amoureuse de lui... Merde. Ce n'tait pas prvu, a... Non, non, fit-elle en attrapant une planche. Non, non, c'est parce qu'il lui avait fait son Dickens, l... Elle allait quand mme pas tomber dans le panneau...
Vous me donnez du travail ? demanda-t-elle.
Elles lui expliqurent comment couper la viande en tout petits morceaux.
C'est pour quoi faire ?
Les rponses fusrent de toutes parts :
Du saucisson ! Des saucisses ! Des andouilles ! Des pts ! Des rillettes !
Et vous, vous faites quoi avec votre brosse dents ? en se penchant vers sa voisine.
Je lave les boyaux...
Hirk.
Et Franck ?
Franck y va nous faire les cuissons... Le boudin, pocher les andouilles et les friandises...
C'est quoi les friandises ?
La tte, la queue, les oreilles, les pieds...
Re-hirk.
Euh... Son truc de nutritionniste, on est bien d'accord que a ne commence pas avant mardi, hein ?
Quand il remonta de la cave avec ses patates et ses oignons et qu'il la vit en train de lorgner sur ses voisines pour comprendre comment on tenait un couteau, il vint lui arracher des mains :
Tu touches pas a, toi. Chacun son mtier. Si tu te coupais un doigt, tu serais pas dans la merde... Chacun son mtier, je te dis. Il est o ton carnet ?