Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
— Il faut trouver une solution. Je ne m’inquiète plus seulement pour ta vie mais pour celle de milliers de personnes, qui toutes dépendent de Kaempffer.
— Même si quelque chose parvenait à l’arrêter, ils en enverraient un autre à sa place !
— Oui, mais cela prendra du temps, et le temps joue en notre faveur. Dans l’intervalle, la Russie aura peut-être attaqué les Allemands, à moins que ce ne soit le contraire. Cela m’étonnerait que deux molosses comme Hitler et Staline s’observent longtemps sans se sauter à la gorge. Et le camp de Ploiesti sera peut-être oublié dans le conflit qui s’ensuivra.
— Mais comment peut-on arrêter le major ?
Elle voulait forcer Papa à se rendre compte par lui-même de la folie de son projet.
— Peut-être grâce à Molasar.
— Papa, non !
— Attends, dit-il en levant une main gantée. Molasar m’a laissé entendre que je pourrais devenir son allié contre les Allemands. Je ne sais pas encore comment je peux lui rendre service mais j’aurai la réponse dès ce soir. Et je lui demanderai de mettre fin aux agissements du major Kaempffer.
— Tu ne peux pas discuter avec un être tel que Molasar ! Tu ne peux pas croire qu’il ne te tuera pas pour finir !
— Ma propre vie m’importe peu. Je te l’ai déjà dit, l’enjeu est capital. Je crois que tu le juges un peu hâtivement. Il a un certain sens de l’honneur. Tu réagis en femme et non en universitaire. Molasar est un produit de son temps, et son époque était avide de sang. Mais il possède une sorte de fierté nationaliste qui se trouve offensée par la présence des Allemands. Je pourrai profiter de ce détail. Il voit en nous des compatriotes, des Valaques, et se sent mieux disposé à notre égard. Ne t’a-t-il pas sauvée des deux Allemands qui voulaient te déshonorer ? Il aurait très bien pu faire de toi sa troisième victime. Non, nous devons essayer de nous servir de lui ! Il n’y a pas d’autre solution !
Magda réfléchit pour lui opposer quelque argument mais sans résultat. Il n’y avait vraiment pas d’autre solution, même si ce projet la rebutait au plus haut point. Ne se montrait-elle pas trop sévère avec Molasar ? Ne lui semblait-il si mauvais que parce qu’il était différent ? Et le major Kaempffer, n’était-ce pas un exemple de créature foncièrement mauvaise ?
— Je n’aime pas cela, Papa, parvint-elle à dire.
— Je ne te demande pas d’aimer cette idée. Et personne ne nous a dit que la solution serait facile – si solution il y a, dit-il dans un bâillement. J’aimerais à présent que tu me ramènes à ma chambre. J’ai besoin de dormir avant ce soir. Je devrai disposer de tous mes esprits si je veux passer un accord avec Molasar.
— C’est un pacte avec le diable, dit Magda dont la voix n’était plus qu’un murmure.
— Non, Magda. Le diable qui vit dans ce donjon porte un uniforme noir à tête de mort et a le grade de Sturmbannführer.
Magda l’avait reconduit au portail puis avait attendu qu’un soldat vînt s’en charger. Elle s’empressa ensuite de regagner l’auberge. Tout allait trop vite. Elle avait toujours mené une existence scandée par la musique, les recherches et les livres anciens. Elle n’était pas faite pour les intrigues.
Elle espérait seulement que Papa sût parfaitement ce qu’il allait entreprendre.
Ce n’est qu’aux abords de l’auberge qu’elle échappa à l’atmosphère glacée du donjon. Elle fit le tour de la maison à la recherche de Glenn mais il n’était pas dehors. Pas plus que dans la salle à manger. Elle monta au premier et s’arrêta devant sa porte pour tendre l’oreille : pas le moindre bruit. Il ne devait pas être homme à faire la grasse matinée et était certainement en train de lire.
Elle se préparait à frapper de nouveau quand elle se ravisa. Il valait mieux le rencontrer par hasard dans l’auberge qu’avoir l’air de lui courir après.
De retour dans sa propre chambre, elle entendit les piaillements plaintifs des oisillons et se pencha à la fenêtre pour tenter de les apercevoir. Elle vit quatre têtes minuscules jaillir hors du nid. La mère n’était pas là et les petits paraissaient très affamés.
Elle prit sa mandoline pour la reposer après avoir plaqué quelques accords. Trop nerveuse pour jouer, elle quitta brusquement la chambre pour se diriger une nouvelle fois vers celle de Glenn.
Elle frappa par deux fois sur la porte de bois. Nulle réponse, nul mouvement à l’intérieur. Elle hésita puis céda à son impulsion. Elle tourna le bouton, et la porte s’ouvrit.
— Glenn ?
La chambre était vide. Elle la connaissait bien, pour y avoir séjourné lors de sa dernière visite au donjon. Pourtant, quelque chose avait changé. Magda observa les murs, les meubles. Le miroir – oui, le miroir placé normalement au-dessus du bureau avait disparu. Il avait dû se briser et n’avait pas été remplacé.
Magda pénétra dans la chambre, qu’elle parcourut lentement. C’était donc ici qu’il vivait, et voici le lit défait où il dormait. Elle se demanda ce qu’il penserait s’il venait à rentrer à cet instant. Comment pourrait-elle lui expliquer sa présence ? Elle se dit alors qu’il était plus sage de partir.
En faisant demi-tour, elle remarqua que la porte du placard était entrebâillée. Quelque chose brillait à l’intérieur, et sa curiosité fut la plus forte. Elle ouvrit toute grande la porte.
Le miroir censé orner le mur de la chambre était rangé dans le placard. Quel intérêt Glenn aurait-il eu à l’enlever ? En fait, il avait dû se décrocher et Iuliu n’avait pas pris la peine de le remettre en place.
Le placard contenait également quelques vêtements et, surtout, un objet étrange : une sorte de caisse de cuir et de bois, presque aussi haute qu’elle.
Magda effleura le cuir craquelé – il devait être très ancien, à moins que l’on ne l’ait pas entretenu. Elle ne parvenait pas à deviner ce qu’il pouvait y avoir à l’intérieur. Elle était seule dans la chambre et il n’y avait pas de bruit dans l’auberge. Il ne lui faudrait que quelques secondes pour manœuvrer les loquets, jeter un coup d’œil, refermer la boîte.
Les trois fermoirs de cuivre crissèrent en s’ouvrant, comme s’il y avait du sable dans les charnières. Puis elle souleva le couvercle.
Magda ne comprit pas tout de suite de quoi il s’agissait. L’objet était métallique – quel métal ? elle n’aurait pu le dire. D’un bleu sombre, électrique, il avait la forme d’un coin extrêmement allongé. Cette longue pièce de métal pointue, aux côtés tranchants, ressemblait à une épée. Oui, c’était cela ! Une épée, ou plutôt, un glaive ! A la différence près qu’il n’y avait pas de garde, rien qu’une grosse pointe d’une vingtaine de centimètres de long qui aurait pu s’enchâsser dans une garde. Quelle arme terrible c’eût été alors !
Ses yeux furent attirés par les marques portées sur la lame. Elle était couverte de symboles étranges gravés très profondément dans le métal bleu. Les rainures étaient si larges qu’elle pouvait y glisser son petit doigt. Ces symboles étaient des runes, bien qu’elle n’en eût jamais vu de telles. Elle connaissait parfaitement les inscriptions runiques germaniques ou scandinaves. même celles qui dataient des Ages Sombres de l’histoire de l’humanité. Mais ces runes étaient plus anciennes. Bien plus anciennes. Il y avait en elles une sorte d’inconcevable antiquité qui la troublait au plus profond de son âme. La lame de ce glaive était extraordinairement ancienne – au point qu’elle en vint à se demander qui ou quoi l’avait forgée.
La porte de la chambre se referma brutalement.
— Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ?
Magda sursauta et s’empressa de rabattre le couvercle sur la lame puis elle se retourna pour découvrir Glenn debout devant elle.