Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
— Les autres redoutaient-ils autant la croix que vous ?
Molasar se cabra.
— Vous ne l’avez pas sur vous, j’espère. Parce que je vous préviens…
— Je l’ai rangée. Mais je m’étonne de votre frayeur, dit Cuza en désignant les murs. Vous êtes entouré de croix de cuivre et de nickel, il y en a des milliers, et vous tremblez de peur à la vue d’une petite croix d’argent.
Molasar s’approcha d’une des croix sur laquelle il posa la main.
— C’est une ruse. Vous avez certainement remarqué la hauteur de la barre transversale. Eh bien, elle est placée si haut que ce n’est plus une croix. Cette forme n’a pas d’effet néfaste sur moi. J’en ai fait incruster des milliers dans les murs de ce donjon pour tromper mes poursuivants le jour où je m’y suis réfugié. Ils ne pouvaient imaginer que l’un de ma race puisse survivre dans une bâtisse parsemée de croix. De plus, cette forme a pour moi une signification bien particulière, ainsi que vous l’apprendrez si je décide de vous accorder ma confiance.
Cuza avait souhaité de tout son cœur découvrir une sorte de faille dans la terreur que Molasar éprouvait pour la croix ; il lui semblait à présent que son espoir était déçu. Un grand poids lui pesait. Il fallait qu’il oblige Molasar à demeurer pour discuter avec lui !
— Qui étaient donc vos poursuivants ?
— Le nom de Glaeken vous dit-il quelque chose ?
— Non.
— Rien du tout ? fit Molasar en se rapprochant.
— Je vous assure ne jamais l’avoir entendu auparavant. Pourquoi était-ce si important ?
— Peut-être ont-ils disparu, murmura Molasar, plus pour lui-même que pour Cuza.
— Expliquez-vous, je vous en prie. Qu’est-ce au juste qu’un Glaeken ?
— Les Glaeken étaient une secte fanatique qui se manifesta tout d’abord comme bras de l’Église aux Ages Sombres de l’humanité. Ses membres en renforçaient l’orthodoxie et n’obéissaient qu’aux papes ; il n’en alla ainsi que dans les premiers temps car, par la suite, ils devinrent leurs propres maîtres. Ils s’efforcèrent de prendre position à chaque échelon du pouvoir et de placer sous leur domination toutes les familles royales pour imposer au monde un pouvoir unique – une seule religion, une seule règle.
— C’est impossible ! Je suis spécialiste de l’histoire de l’Europe, et plus particulièrement de cette partie de l’Europe où nous nous trouvons : une telle secte n’a jamais existé !
Molasar se rapprocha encore de lui et découvrit ses dents.
— Vous osez me traiter de menteur au sein même de ma demeure ? Imbécile, ignorant ! Que savez-vous de l’histoire, que saviez-vous de moi – de ma race – avant que je ne vous le révèle ? Rien ! Les Glaeken formaient une société secrète. Les familles royales n’en eurent jamais connaissance et l’Église ne l’a jamais reconnue par la suite, même si elle était au courant de leur pérennité !
Cuza se détourna pour éviter l’haleine fétide de Molasar.
— Mais vous, comment avez-vous eu vent de leur existence ?
— Il fut une époque où peu de choses de ce monde échappait aux moroi. Et nous décidâmes de prendre des mesures dès que nous fûmes mis au courant des projets des Glaeken, dit-il avec une fierté certaine. Les moroi se sont opposés aux Glaeken pendant des siècles. Il était clair que l’aboutissement de leur plan nous serait néfaste, c’est pour cela que nous avons systématiquement ruiné leurs projets en ôtant la vie de tous ceux qui tombaient sous leur coupe.
Il se mit à arpenter la pièce.
— Les Glaeken ne furent d’abord pas très certains de notre existence. Puis, lorsqu’ils n’eurent plus aucun doute, ils nous déclarèrent la guerre à outrance. L’un après l’autre, mes frères moroi connurent la mort véritable. J’ai vu le cercle se refermer autour de moi : c’est pour cela que j’ai bâti ce donjon et que je m’y suis enfermé, bien décidé à survivre aux Glaeken et à leur plan dominateur. Il semble aujourd’hui que j’ai réussi.
— Voilà qui est très intelligent, dit Cuza. Vous vous êtes entouré de simulacres de croix et vous êtes entré en hibernation. Mais il est une question que je dois vous poser et à laquelle je vous supplie de me répondre : Pourquoi redoutez-vous la croix ?
— Je ne veux pas parler de cela.
— Vous devez me répondre ! Le Messie – c’était bien Jésus-Christ ?
— Non !
Molasar recula vivement et se plaqua contre la muraille.
— Qu’y a-t-il ?
Il jeta un regard sombre à Cuza.
— Je vous arracherais la langue si vous n’étiez l’un de mes compatriotes !
Le nom même du Christ le rebute ! se dit Cuza, qui ajouta :
— Je n’ai jamais voulu…
— Ne redites jamais cela ! Si vous accordez une quelconque importance à l’aide que je puis vous apporter, ne répétez jamais ce nom !
— Enfin, ce n’est qu’un nom…
— Jamais ! hurla Molasar, qui commençait à reprendre le dessus. Sinon, votre cadavre ira rejoindre ceux des soldats allemands.
Cuza se sentait complètement perdu. Il se devait de tenter quelque chose.
— Que pensez-vous de ces mots-là ? Yitgadal veyitkadash shemei raba bealma divera chireutei, veyamlich…
— Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? dit Molasar. Une prière ? Une incantation destinée à me faire fuir ? Est-ce que vous seriez du côté des Allemands ?
— Non !
Cuza ne put rien ajouter. Sa voix se brisa et il s’agrippa aux bras du fauteuil. C’était impossible ! Cette créature des Ténèbres reculait devant la croix et devenait furieuse à la seule mention du nom de Jésus-Christ. Mais les paroles du Kaddisch – la prière des morts – n’avaient pour lui aucun sens. C’était invraisemblable, même si cela était…
Molasar se mit à parler sans se soucier de la tempête qui agitait l’esprit de Cuza, et ce dernier s’efforça de saisir ce qu’il disait. Ses paroles étaient peut-être capitales pour la survie de Magda et la sienne propre.
— Ma force revient peu à peu, je le sens. Bientôt – dans deux nuits, tout au plus – j’aurai le pouvoir de chasser les étrangers de mon donjon.
Cuza s’efforça d’assimiler ces mots : force… deux nuits… chasser les étrangers… Mais d’autres mots résonnaient dans son esprit, obsédants : Yitgadal veyitkadash shemei raba…
Ce fut alors un bruit de bottes dans l’escalier de la tour, des gémissements et des cris dans la cour.
Molasar révéla ses dents en une sorte de sourire.
— On dirait qu’ils viennent de trouver leurs compagnons d’armes.
— Oui, et ils seront bientôt ici pour m’en imputer la responsabilité, répondit Cuza, soudain tiré de sa torpeur.
— Vous êtes un homme d’esprit, dit Molasar en se dirigeant vers le bloc de pierre qu’il fit aisément manœuvrer. Servez-vous-en.
Cuza vit Molasar disparaître dans l’ombre et regretta de ne pouvoir l’y suivre. Dès que le bloc se fut refermé, Cuza fit pivoter son fauteuil et gagna la table pour se pencher sur le Al Azif et feindre d’étudier.
Il n’eut pas longtemps à attendre.
Kaempffer pénétra brusquement dans la pièce.
— Juif ! hurla-t-il, en pointant un doigt accusateur sur Cuza. Vous avez échoué ! J’aurais dû m’en douter !
Cuza ne pouvait que regarder le major sans dire mot. Il n’avait plus aucune force et se sentait misérable, malade dans son cœur comme dans son corps. Ses muscles et ses os lui faisaient mal, son esprit n’était pas encore remis de l’entrevue avec Molasar. Il avait la bouche sèche mais n’osait pas boire de peur de voir sa vessie se vider devant Kaempffer.