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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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Il s’était forgé une théorie ; même s’il ne la prenait pas au sérieux, c’était celle qui intégrait le maximum de faits et apportait une solution à la plupart des mystères. Le donjon était vivant. Cela expliquait pourquoi personne n’avait jamais pu voir la chose qui avait tué les hommes, la traquer ou découvrir son repaire. Le donjon était le seul assassin.

Il y avait pourtant une chose qui ne collait pas avec cette théorie. Une chose capitale. Le donjon ne s’était pas montré malveillant dès leur arrivée. Bien sûr, les oiseaux évitaient d’y nicher, mais Woermann n’avait rien senti de mauvais jusqu’à l’instant où la croix fut descellée du mur de la cave. Le donjon s’était alors transformé et avait eu soif de sang.

Personne n’avait jamais vraiment exploré les sous-sols. En fait, cela n’était pas apparu nécessaire. Les sentinelles n’avaient aperçu qui que ce soit entrer ou sortir par la brèche. Peut-être faudrait-il explorer les sous-sols. C’était peut-être dans ces cavernes que battait le cœur du donjon. C’était là qu’il fallait chercher. Non, cela prendrait un temps fou. Les cavernes avaient peut-être plusieurs kilomètres de long et, franchement, personne n’avait très envie de s’y aventurer. La nuit y était éternelle. Et la nuit était devenue le pire ennemi. Seuls les cadavres se moquaient bien d’y séjourner.

Les cadavres… avec leurs bottes pleines de boue et leurs draps froissés. Woermann ne cessait d’y penser. La boue sur les bottes l’obsédait et, surtout, le troublait de façon incompréhensible.

Immobile, il continua de regarder fixement le tableau.

Kaempffer était assis en tailleur, un Schmeisser sur les genoux. Il ne cessait de trembler et comprenait à présent à quel point une terreur permanente peut être épuisante.

Il fallait qu’il quitte cet endroit !

Faire sauter le donjon dès demain, c’était cela la meilleure solution ! Placer les charges et tout réduire en poussière après déjeuner. Ainsi, il passerait la nuit de samedi à Ploiesti, sur un vrai matelas, sans sursauter au moindre bruit ou au plus infime courant d’air.

C’était hélas impossible. S’il partait dès demain, ses états de service en pâtiraient. Il ne devait pas être à Ploiesti avant lundi et on comptait sur lui pour profiter de cet intervalle pour régler les problèmes du donjon. Il ne pourrait miner le donjon qu’en dernier ressort. Le Commandement Suprême avait décidé de faire surveiller le défilé et ce donjon constituait un poste d’observation idéal. Il ne pouvait pas le faire sauter.

Il entendit les pas mesurés de deux einsatzkommandos dans le couloir. Le palier était doublement gardé, il s’en était assuré par lui-même. Bien qu’un coup de fusil ne pût rien contre l’auteur des crimes – non, il espérait tout simplement que les gardes seraient tués avant lui et qu’il survivrait encore une fois. Toute la journée, il avait forcé les hommes à démanteler les murailles, et ils n’avaient pas trouvé le moindre passage secret menant à ses appartements, pas la plus petite cachette.

Malgré cela, il avait peur, et il grelottait.

Le froid et les ténèbres envahirent à nouveau la pièce mais Cuza se sentait trop faible, trop malade, pour tourner son fauteuil et faire face à Molasar. Il n’avait plus de codéine et souffrait atrocement des articulations.

— Comment faites-vous pour entrer et sortir de cette pièce ? demanda-t-il, n’ayant rien de mieux à dire.

Il avait observé le bloc de pierre en espérant le voir pivoter devant Molasar, mais celui-ci était apparu derrière lui.

— Je me déplace d’une façon qui ne nécessite ni portes ni passages secrets. C’est une méthode qui échapperait totalement à votre entendement.

— S’il n’y avait que cela, murmura Cuza, incapable de dissimuler son désespoir.

La journée avait été maussade. En plus de la douleur qui ne lui avait pas laissé une seconde de répit, il avait vu l’espoir de sauver son peuple s’évanouir en un instant. Il avait envisagé de signer une sorte de pacte avec Molasar. Mais dans quel but ? La fin du major ? Magda ne s’était pas trompée ce matin : neutraliser Kaempffer ne ferait que retarder l’inévitable. La situation pourrait même empirer. Il y aurait certainement de terribles représailles contre les Juifs de Roumanie si un officier SS chargé d’édifier un camp de la mort se faisait assassiner. Un autre officier serait désigné pour prendre ses fonctions à Ploiesti. La semaine prochaine, le mois prochain – les Allemands avaient tout leur temps. Ils remportaient toutes les victoires et conquéraient tous les pays. Rien ne semblait pouvoir les arrêter. Et, quand ils auraient finalement la mainmise sur le monde entier, ils pourraient mener à bien la politique raciale du dément qui leur servait de chef.

En fin de compte, tout ce que pourrait entreprendre un professeur infirme se révélerait vain.

Et puis, il y avait surtout le fait irrécusable que Molasar redoutait la croix !

Molasar pénétra dans son champ de vision et se planta devant lui. Comme c’est étrange, se dit Cuza. Peut-être me suis-je complètement renfermé sur moi-même, à moins que je ne me sois habitué à Molasar. Ce soir, il n’éprouvait pas la même gêne en présence de Molasar. Peut-être était-il devenu complètement insensible.

— Je crois que vous allez mourir, dit Molasar sans le moindre préambule.

Cuza sursauta.

— De vos mains ?

— Non, tout seul.

Molasar était-il capable de lire dans les pensées ? C’était une idée qu’il avait retournée en tous sens : la fin de sa vie serait une solution à tous ses problèmes. Elle libérerait Magda. Elle pourrait s’enfuir dans les collines et échapper à Kaempffer, à la Garde de Fer, à tous les autres. Oui, cette idée lui était venue, mais il n’avait aucun moyen de la mettre en pratique.

— Peut-être, dit Cuza en évitant son regard, mais cela se passera peut-être dans le camp de la mort du major Kaempffer.

— Un camp de la mort ? répéta Molasar en se penchant vers lui. Qu’est-ce que cela ? Un endroit où les gens se rendent pour mourir ?

— Non, plutôt un endroit où l’on amène les gens pour les tuer. Le major va bientôt construire un de ces camps non loin d’ici.

— Pour tuer des Valaques ?

Sous l’effet de la fureur, les lèvres de Molasar se retroussèrent sur ses dents anormalement longues.

— Un Allemand est ici, qui veut tuer mon peuple ?

— Il ne s’agit pas de votre peuple, dit Cuza qui ne pouvait contrôler son désespoir, mais de Juifs. Je ne pense pas que leur sort vous intéresse.

— Moi seul peux décider de ce qui m’intéresse ! Mais pourquoi des Juifs ? Il n’y en a pas en Valachie – du moins, pas assez pour qu’on s’en préoccupe.

— C’était vrai à l’époque où vous avez édifié ce donjon. Mais nous avons été chassés d’Espagne et des autres pays de l’ouest de l’Europe. La plupart se sont établis en Turquie mais bon nombre ont préféré la Pologne, la Hongrie et la Valachie.

— Nous ? fit Molasar, étonné. Vous êtes juif ?

Cuza hocha la tête. Il s’attendait à entendre l’ancien boyard se répandre en blasphèmes antisémites. Mais Molasar dit :

— Vous êtes aussi un Valaque.

— La Valachie et la Moldavie ont formé un pays appelé Roumanie.

— Peu importe les noms. Êtes-vous nés ici, vous et les autres Juifs destinés au camp de la mort ?

— Oui, mais…

— Alors, vous êtes des Valaques !

Cuza sentait que Molasar perdait patience mais il lui devait une explication :

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