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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— Il y a de l’eau ? murmura Frangin d’une voix épaisse.

— Il y en aura. À huit kilomètres d’ici, c’est tout. Une chance incroyable. »

Frangin se releva péniblement. Tous ses muscles lui faisaient mal.

« Comment tu le sais ?

— Je la sens. Je suis tout de même un dieu, tu vois.

— Tu disais que tu ne sentais que les esprits. »

Om jura. Frangin n’oubliait rien.

« C’est plus compliqué que ça, mentit Om. Fais-moi confiance. Allez, tant qu’il y a un peu de lumière. Et n’oublie pas monsieur Vorbis. »

Vorbis était tout recroquevillé. Il regarda Frangin d’un œil éteint, parut toujours endormi lorsque le novice l’aida à se mettre debout.

« Je crois qu’il s’est peut-être fait empoisonner, dit Frangin. Il y a des bêtes marines qui ont des dards. Et des coraux venimeux. Il n’arrête pas de remuer les lèvres, mais je n’arrive pas à comprendre ce qu’il raconte.

— Amène-le avec nous, fit Om. Amène-le. Oh, oui.

— Tu voulais que je l’abandonne, hier soir.

— Ah bon ? s’étonna Om dont même la carapace respirait l’innocence. Ben, je suis peut-être allé à Éthique. J’ai changé d’avis. Je vois à présent une raison pour qu’il nous accompagne. Ce bon vieux Vorbis. Amène-le avec nous. »

Simonie et les deux philosophes, debout en haut de la falaise, regardaient par-delà les terres cultivées desséchées d’Omnia le rocher de la Citadelle au loin. Deux d’entre eux regardaient, en tout cas.

« Donnez-moi un levier et un point d’appui, et j’vous écrase cette ville comme un œuf, dit Simonie en conduisant Honorbrachios pour descendre le sentier étroit.

— Ça m’a l’air grand, fit Tefervoir.

— Voyez le reflet ? C’est les portes.

— Ça m’a l’air massif.

— Je m’demandais, au sujet du bateau. Le système pour le faire avancer. Une chose pareille, ça pourrait enfoncer les portes, non ?

— Bé, il faudrait inonder la vallée.

— Si c’était monté sur roues, j’veux dire.

— Hah, oui », railla Tefervoir. La journée avait été longue. « Oui, si j’avais une forge, une demi-douzaine de forgerons et un coup de main sérieux. Des roues ? Pas de problème. Mais…

— Faudra qu’on voie ce qu’on peut faire », dit Simonie.

Le soleil tutoyait l’horizon lorsque Frangin, le bras autour des épaules de Vorbis, atteignit l’îlot rocheux suivant. Un îlot plus imposant que celui où il avait tué le serpent. Le vent avait sculpté dans la pierre des formes invraisemblables, lugubres, comme des doigts. Des plantes logeaient même dans les crevasses de la roche.

« Il y a de l’eau quelque part, dit Frangin.

— Il y a toujours de l’eau, même dans les pires déserts, fit Om. Vingt, oh, peut-être trente millimètres de pluie par an.

— Je sens quelque chose, annonça Frangin tandis que ses pieds cessaient de fouler du sable pour écraser les éboulis de calcaire autour des rochers. Quelque chose de fétide.

— Lève-moi au-dessus de ta tête. »

Om passa les rochers en revue.

« Bon. Redescends-moi. Et dirige-toi vers ce rocher en forme de… à la forme vraiment inattendue. »

Frangin le contempla. « C’est ma foi vrai, finit-il par croasser. C’est incroyable, quand on pense que c’est le vent qui l’a sculpté.

— Le dieu du vent a le sens de l’humour, dit Om. Mais ce n’est pas d’un très haut niveau. »

Près de la base du rocher, des blocs gigantesques s’étaient écroulés au fil des ans en un tas irrégulier percé, ici et là, d’ouvertures sombres.

« Cette odeur… commença Frangin.

— Sans doute des animaux qui viennent boire de l’eau », fit Om.

Frangin buta contre quelque chose d’un blanc jaunâtre qui rebondit parmi les rochers dans un bruit de sac rempli de noix de coco. Dans le silence suffocant et vide du désert, son écho retentit bruyamment.

« C’était quoi, ça ?

— Sûrement pas un crâne, mentit Om. Ne t’en fais pas…

— Il y a des os partout !

— Ben quoi ? Qu’est-ce que tu crois ? C’est un désert ! Des gens y meurent ! C’est un loisir très couru dans le coin ! »

Frangin ramassa un os. Il était bête, il le savait bien. Mais on ne rongeait pas ses os une fois mort.

« Om…

— Il y a de l’eau ici ! cria Om. On en a besoin ! Mais… il y a peut-être un os ou deux, différents de ceux-là !

— Quel genre d’os ?

— Du genre risques naturels !

— Comme… ?

— Ben, tu connais les lions ? fit Om, au désespoir.

— Y a des lions par ici ?

— Ben… un peu.

— Un peu de lions ?

— Rien qu’un.

— Rien qu’un… »

… généralement un animal solitaire. Les plus dangereux sont les vieux mâles que leurs jeunes rivaux ont chassés dans les territoires les plus inhospitaliers. Ils ont mauvais caractère, sont rusés et ne craignent plus l’homme quand ils sont aux abois…

Le souvenir s’évanouit et rendit ses cordes vocales à Frangin.

« Ce genre-là ? termina le novice.

— Il ne fera pas attention à nous une fois qu’il aura mangé, dit Om.

— Oui ?

— Il ira dormir.

— Une fois qu’il aura mangé… ? »

Frangin se retourna pour regarder Vorbis affaissé contre un rocher.

« Mangé… ? répéta-t-il.

— Ça lui rendra service, dit Om.

— Au lion, oui ! Tu veux que Vorbis serve d’appât ?

— Il ne sortira pas vivant du désert. Et puis il a fait bien pire à des milliers de gens. Il mourra pour une bonne cause.

— Une bonne cause ?

— Moi, je trouve. »

Un feulement s’éleva quelque part dans les rochers. Il n’était pas puissant, mais on le sentait musclé. Frangin recula. « On ne jette pas les gens aux lions !

— Lui, si.

— Oui. Moi, non.

— D’accord, on va grimper en haut d’un bloc et, quand le lion va lui sauter dessus, on l’assommera avec un caillou. Vorbis en sera sans doute quitte pour un bras ou une jambe en moins. Ça ne lui manquera pas.

— Non ! On ne fait pas ça à des malheureux sans défense !

— Tu sais, je ne vois pas de meilleur moment. »

Un autre grondement leur parvint du tas de rochers. Il leur parut plus proche.

Frangin baissa désespérément les yeux sur les ossements éparpillés. Parmi eux, à demi cachée par les débris, il découvrit une épée. Vieille, de mauvaise facture, érodée par le sable. Il la saisit prudemment par la lame. « L’autre bout, fit Om.

— Je sais !

— T’en connais le maniement ?

— Je ne sais pas !

— J’espère vraiment que tu apprends vite. » Le lion apparut lentement.

Le lion du désert, nous l’avons dit, diffère du lion du veld. Autrefois ce n’était pas le cas, lorsque le grand désert était une région boisée verdoyante[8]. Il avait alors le temps de traînasser la majeure partie de la journée, de se composer une allure majestueuse, entre des repas réguliers de chèvre[9]. Mais la région boisée était devenue une brousse, puis la brousse, disons une brousse encore plus chiche, après quoi les chèvres, les habitants et finalement les villes elles-mêmes avaient disparu.

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8

C’est-à-dire avant que les habitants laissent les chèvres brouter partout. Rien de tel qu’une chèvre pour produire un désert.

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9

Mais trop espacés.

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