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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Quand la tortue refit surface, Frangin était agenouillé près de Vorbis.

« Une descente de cinq mètres ! Cinq putain de mètres ! s’écria Om. Gâche pas d’eau pour ce type-là ! Il n’est pas encore mort ?

— Il a la fièvre.

— Mets donc fin à ses souffrances.

— On le ramène quand même à Omnia.

— Tu te figures qu’on va y arriver ? Sans rien à manger ? Sans eau ?

— Mais tu en as trouvé, toi. De l’eau dans le désert.

— Rien de miraculeux là-dedans, fit Om. Il y a une saison des pluies près de la côte. Des crues subites. Des oueds. Des lits de rivière à sec. On a des couches aquifères, ajouta-t-il.

— Pour moi, c’est un miracle, croassa Frangin. Tu as beau savoir l’expliquer, n’empêche que ça peut être un miracle quand même.

— Ben, il n’y a pas à manger là-dessous, crois-moi. Rien du tout. Rien dans la mer, si jamais on retrouve la mer. Je le connais, le désert. Des crêtes rocheuses qu’il faut contourner. Tout pour t’écarter de ton chemin. Des dunes qui changent de place pendant la nuit… les lions… d’autres machins… »… des dieux.

« Qu’est-ce que tu veux faire, alors ? demanda Frangin. Il vaut mieux être vivant que mort, tu as dit. Tu veux retourner à Éphèbe ? On serait bien vus là-bas, d’après toi ? »

Om resta silencieux.

Frangin hocha la tête.

« Repars chercher de l’eau, alors. »

C’était plus facile de voyager de nuit, Vorbis sur l’épaule et Om sous le bras.

À cette époque de l’année…

… la lueur dans le ciel là-bas, c’est l’Aurora Corialis, les lumières du Moyeu, où le champ magique du Disque-monde se décharge en permanence parmi les pics de Cori Celesti, la montagne centrale. Et à cette époque de l’année, le soleil se lève au-dessus du désert à Éphèbe et au-dessus de la mer à Omnia, donc il faut garder les lumières du Moyeu sur la gauche et la lueur du soleil couchant dans le dos…

« Tu es déjà allé à Cori Celesti ? » demanda Frangin.

Om, qui s’était assoupi dans le froid, se réveilla en sursaut.

« Hein ?

— C’est là que vivent les dieux.

— Hah ! Je pourrais t’en raconter, fit mystérieusement Om.

— Quoi ?

— Se prennent pour une putain d’élite !

— Tu n’as pas vécu là-haut, alors ?

— Non. Faut être un dieu du tonnerre, quelque chose dans le genre. Faut avoir tout un tas d’adorateurs pour vivre chez les rupins. Faut être une personnification anthropomorphique, un truc comme ça.

— Être un grand dieu, ça ne suffit pas, alors ? »

Bah, on était dans le désert. Et Frangin allait mourir.

« Autant que je te le dise, marmonna Om.Ce n’est pas comme si on allait survivre… Tu vois, chaque dieu est le grand dieu de quelqu’un. Je n’ai jamais voulu être si grand que ça. Une poignée de tribus, une ou deux villes. Ce n’est pas beaucoup demander, hein ?

— Il y a deux millions d’habitants dans l’Empire, dit Frangin.

— Ouais. Pas mal, hein ? Démarrer avec seulement un berger qui entend des voix dans sa tête et finir avec deux millions de fidèles.

— Mais tu n’as jamais rien fait avec eux.

— Comme quoi ?

— Ben… leur dire de ne pas se tuer les uns les autres, ce genre de choses…

— Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Pourquoi j’aurais dû leur dire ça ? »

Frangin chercha une réponse propre à séduire une psychologie divine.

« Ben, si les gens ne se tuaient pas les uns les autres, il y en aurait davantage à croire en toi ? suggéra-t-il.

— C’est un argument, admit Om. Un argument intéressant. Perfide. »

Frangin marchait en silence. De la gelée scintillait sur les dunes.

« As-tu déjà entendu parler d’éthique ? demanda-t-il.

— Quelque part dans les terres d’Howonda, non ?

— Les Ephébiens s’y intéressaient beaucoup.

— Ils comptaient sûrement l’envahir.

— Ils avaient l’air d’y réfléchir souvent.

— Une stratégie à long terme, peut-être.

— Mais je ne crois pas que ce soit une ville ni un pays. Ç’a plutôt rapport avec la vie des gens.

— Quoi ? Se prélasser à longueur de journée pendant que des esclaves font tout le boulot ? Tu peux me croire, chaque fois que tu vois une bande de connards se balader en discutant de la vérité, de la beauté et du meilleur moyen d’attaquer Éthique, tu peux parier tes sandales, c’est parce que des dizaines d’autres pauvres connards font tout le boulot dans le coin pendant que ces types-là vivent comme…

— … des dieux ? » termina Frangin.

Un silence horrible s’ensuivit.

« J’allais dire “des rois”, fit Om d’un ton de reproche.

— Ils me font un peu l’effet de dieux.

— De rois, répliqua Om, catégorique.

— Pourquoi est-ce que les gens ont besoin de dieux ? insista Frangin.

— Oh, faut en avoir, des dieux, répondit Om d’une voix joviale autant que péremptoire.

— Mais ce sont les dieux qui ont besoin des gens. Pour la foi. C’est toi qui l’as dit. »

Om hésita. « Bon, d’accord, fit-il. Mais faut bien que les gens croient en quelque chose. Oui ? Je veux dire, pourquoi, sinon, est-ce qu’il y a du tonnerre ?

— Le tonnerre, fit Frangin dont le regard se voila légèrement, je ne…

» … est dû au choc entre des nuages ; après que la foudre est tombée, il se forme un trou dans l’atmosphère, et le son est alors généré par les nuages qui se précipitent pour combler le trou et qui se percutent, selon les principes stricts de la cumulo-dynamique.

— Tu as une drôle de voix quand tu récites, fit Om. Qu’est-ce que ça veut dire : générer ?

— Je ne sais pas. On ne m’a pas montré de dictionnaire.

— N’importe comment, c’est seulement une explication. Pas une raison.

— D’après ma grand-mère, le tonnerre venait du grand dieu Om qui ôtait ses sandales, fit le novice. Elle était d’une humeur bizarre le jour où elle m’a dit ça. Presque souriante.

— Métaphoriquement juste, fit Om. Mais je n’ai jamais lancé de coups de tonnerre, moi. Question d’attributions, tu vois. C’est ce salaud d’Io l’aveugle avec son gros marteau, là-haut chez les rupins, qui se charge de les lancer tous.

— Je croyais que, d’après toi, il y avait des centaines de dieux du tonnerre.

— Ouais. Et c’est lui à chaque fois. La rationalisation. Quand deux tribus se rassemblent, elles ont l’une et l’autre des dieux du tonnerre, d’accord ? Et les dieux fusionnent, comme qui dirait… Tu sais comment les amibes se divisent ?

— Non.

— Ben, c’est pareil, mais dans l’autre sens.

— Je ne vois toujours pas comment un seul dieu peut être cent dieux du tonnerre. Aucun n’a l’air pareil…

— Des faux nez.

— Quoi ?

— Et des voix différentes. Je sais, figure-toi, qu’Io possède soixante-dix modèles de marteaux. Peu de gens sont au courant. Et c’est la même chose avec les déesses mères. Y en a qu’une. Elle a des tas de perruques, sans compter ce qu’on arrive à faire avec un soutien-gorge rembourré, tu n’imagines pas. »

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