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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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— Ce n’est même pas un gros serpent.

— Et pendant que tu te tordrais par terre dans des souffrances indescriptibles, tu imaginerais tout ce que tu aurais fait à cette saleté de serpent si tu avais attaqué le premier. Eh ben, ton vœu a été exaucé. N’en donne pas à Vorbis, ajouta-t-il.

— Il a une mauvaise fièvre. Il n’arrête pas de marmonner.

— Tu t’imagines vraiment que tu vas le ramener à la Citadelle et qu’ils vont te croire ?

— Frère Nonroid répétait que je disais toujours la vérité. » Frangin écrasa le caillou sur la paroi de la caverne afin d’obtenir une arête vaguement coupante et entreprit de dépecer le serpent avec précaution. « De toute façon, je ne peux pas faire grand-chose d’autre. Je ne peux pas l’abandonner.

— Si, tu pourrais, fit Om.

— Le laisser mourir dans le désert ?

— Oui. C’est facile. Beaucoup plus que ne pas le laisser mourir.

— Non.

— C’est comme ça qu’on fait à Éthique, hein ? se moqua Om.

— Je ne sais pas. C’est comme ça que moi, je fais. »

Le Bateau sans nom dansait dans un goulet entre les rochers. Une falaise basse bordait la plage. Simonie la redescendit pour rejoindre les philosophes blottis à l’abri du vent.

« Je connais ce coin, annonça-t-il. On est à quelques kilomètres du village où habite un ami. Tout ce qu’il faut, c’est attendre la nuit.

— Pourquoi vous faites tout ça ? demanda Tefervoir. Je veux dire, à quoi ça vous avance ?

— Vous avez déjà entendu parler d’un pays du nom d’Istancia ? demanda Simonie. Pas très gros, comme pays. Sans rien d’enviable. Un pays où vivre, rien d’autre.

— Omnia l’a conquis y a quinze ans, fit Honorbrachios.

— Exact. Mon pays, dit le soldat. J’étais qu’un gamin à l’époque. Mais j’oublierai pas. Les autres non plus. Y a des tas de gens qui ont des raisons d’en vouloir à l’Église.

— Je vous ai vu rester tout près de Vorbis, dit Tefervoir. J’ai cru que vous le protégiez.

— Oh, je l’protégeais, je l’protégeais. J’ai pas envie qu’un autre le tue avant moi. »

Honorbrachios s’enveloppa dans sa toge et frissonna.

Le soleil était rivé au dôme cuivré du ciel. Frangin somnolait dans la caverne. Dans son coin, Vorbis n’arrêtait pas de se tourner et se retourner.

Om, immobile, attendait à l’entrée de la caverne.

Attendait avec espoir.

Attendait avec crainte.

Et ils arrivèrent.

Ils arrivèrent de sous la pierraille, de fissures dans la roche. Ils filtrèrent du sable, ils s’écoulèrent peu à peu du ciel tremblotant. Leurs voix emplirent l’atmosphère, aussi ténues que des murmures de moucherons.

Om se tendit.

La langue qu’il parlait ne ressemblait pas à celle des dieux de haut rang. C’était à peine une langue. Rien de plus qu’une modulation d’envies et d’appétits, sans noms, avec seulement quelques verbes.

… Veux…

Om répondit : À moi.

Ils se chiffraient par milliers. Lui était plus fort, oui, il avait un fidèle, mais les autres emplissaient le ciel comme des sauterelles. La convoitise lui tomba dessus, lourde comme du plomb fondu. Un seul, un unique avantage en sa faveur : les petits dieux n’avaient aucune idée du travail en commun, ce luxe qui va de pair avec l’évolution.

… Veux…

À moi !

Les pépiements se muèrent en gémissements.

Mais vous pouvez prendre l’autre, dit Om.

… Ennuyeux, dur, barricadé, enfermé…

Je sais, fit Om. Mais celui-là, à moi.

Le cri psychique retentit dans tout le désert. Les petits dieux s’enfuirent.

Sauf un.

Om avait conscience qu’il ne s’était pas mêlé aux autres mais avait voltigé doucement au-dessus d’un bout d’os blanchi au soleil. Sans rien dire.

Om tourna son attention vers lui.

Toi. À moi !

Je sais, fit le petit dieu. Lui connaissait la langue, la vraie langue divine, même s’il parlait en donnant l’impression d’extirper chaque mot du tréfonds de sa mémoire.

Qui es-tu ? demanda Om.

Le petit dieu s’agita.

Il y avait une ville autrefois, dit-il. Mieux qu’une ville. Un empire de villes. Je, je, je me souviens qu’il y avait des canaux, des jardins. Il y avait un lac. Et des jardins flottants sur le lac, je me rappelle. Je, je. Et il y avait des temples. Des temples comme on en rêve. Grands temples en forme de pyramides qui s’élevaient jusqu’au ciel. Des sacrifices par milliers. Pour la plus grande gloire.

Om se sentit malade. Il ne s’agissait pas là d’un banal petit dieu. Mais d’un petit dieu qui n’avait pas toujours été petit…

Qui étais-tu ?

Et il y avait des temples. Je, je, moi. Des temples comme on en rêve. Grands temples en forme de pyramides qui s’élevaient jusqu’au ciel. La gloire de. Des sacrifices par milliers. Moi. Pour la plus grande gloire.

Et il y avait des temples. Moi, moi, moi. Plus grande gloire. Des temples de gloire comme on en rêve. Grands temples de rêve en forme de pyramides qui s’élevaient jusqu’au ciel. Moi, moi. Sacrifices. Rêve. Des sacrifices par milliers. Pour moi la plus grande gloire du ciel.

Tu étais leur dieu ? réussit à placer Om.

Des sacrifices par milliers. Pour la plus grande gloire.

Tu m’entends ?

Sacrifices par milliers plus grande gloire. Moi, moi, moi.

C’était quoi, ton nom ? s’écria Om.

Nom ?

Un vent chaud souffla sur le désert, soulevant quelques grains de sable. Il balaya l’écho d’un dieu qui fit culbute sur culbute avant de disparaître parmi les rochers.

Qui étais-tu ?

Pas de réponse.

Voilà ce qui arrive, se dit Om. La condition de petit dieu n’est pas brillante, sauf que le petit dieu ne le sait guère sur le moment, vu qu’il ne sait pas grand-chose, mais il garde toujours en lui ce qui ressemble à un germe d’espoir, la conscience et la foi qu’un jour sa situation présente s’améliorera.

Mais il est pire d’avoir été dieu et de n’être plus qu’une poignée de souvenirs fumeux balayés à tous vents sur le sable qui reste des pierres effondrées de ses temples…

Om opéra un demi-tour puis, sur ses pattes courtaudes, rentra d’un pas décidé dans la caverne et s’approcha de la tête de Frangin à laquelle il donna un coup de la sienne.

« Cqcst ?

— Voulais juste voir si tu es toujours vivant.

— Fch.

— D’accord. »

Om regagna en titubant son poste de garde à l’entrée de la caverne.

Il y avait, paraît-il, des oasis dans le désert, mais jamais deux fois à la même place. On ne met pas le désert en cartes. Le désert les engloutit, les metteurs en cartes.

Comme les lions. Om se les rappelait. Des bêtes efflanquées, rien à voir avec les lions du veld des terres d’Howonda. Davantage loups que lions, et même davantage hyènes que loups ou lions. Pas courageux mais dotés d’une espèce de lâcheté perverse, effilée, qui se révélait autrement plus dangereuse…

Les lions.

Oh, bon sang…

Il fallait qu’il trouve des lions.

Les lions buvaient.

Frangin se réveilla alors que la lumière de l’après-midi se traînait sur le désert. Il gardait un goût de serpent dans la bouche.

Om lui donnait des coups de tête sur le pied.

« Allez, allez, tu rates le meilleur moment de la journée.

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