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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Les dieux deviennent souvent le père, affirmait Abraxas l’agnostique. Les dieux deviennent une grande barbe dans le ciel parce que, quand vous aviez trois ans, c’était effectivement votre père…

Abraxas avait évidemment survécu… La pensée surgit, glaciale et acérée, du secteur de son esprit que Frangin pouvait encore considérer comme à lui. Les dieux laissent les athées tranquilles, dès lors qu’il s’agit d’athées convaincus, passionnés et fougueux comme Simonie, qui passent leur vie à ne pas croire, à en vouloir aux dieux de ne pas exister. Ce genre d’athéisme est un roc. Presque une foi…

Le sable. Ce qu’on trouve dans les déserts. Des cristaux de roche qui façonnent des dunes. Gordo de Tsort prétendait que le sable provenait de montagnes usées, mais Irexes avait découvert que le grès était une pierre composée de sable compressé, ce qui laissait entendre que les grains étaient les pères des montagnes.

Chaque grain de sable un petit cristal. Et tous ces grains qui se mettent à grossir…

À grossir…

Sans bruit, sans même s’en apercevoir, Frangin cessa de tomber en avant et ne bougea plus, à plat ventre par terre.

« Fous le camp ! »

Le pougneux fit la sourde oreille. Il jugeait l’expérience intéressante. Il découvrait de nouvelles bandes de plage qu’il ne connaissait pas et, bien sûr, il y avait la perspective, voire la certitude, d’un bon repas au bout de l’aventure.

Il s’était perché sur la carapace d’Om.

Om clopinait sur le sable et s’arrêtait de temps en temps pour abreuver son passager d’insultes.

Frangin était passé par ici.

Mais voilà qu’un des affleurements rocheux qui parsemaient le désert comme des îles dans un océan se prolongeait jusqu’à la lisière de l’eau. Le novice n’avait pas pu l’escalader. Les traces de pas dans le sable bifurquaient vers l’intérieur des terres, vers le cœur du désert.

« Imbécile ! »

Om gravit péniblement le flanc d’une dune en y enfonçant bien les pattes pour s’empêcher de repartir en slalom arrière.

Sur l’autre flanc de la dune, les traces devinrent un long sillon, là où Frangin avait dû tomber. Om rétracta ses pattes et se laissa glisser jusqu’au bas du toboggan.

Là, les traces changeaient de direction. Le novice avait sûrement cru pouvoir contourner la dune suivante et retrouver le rocher de l’autre côté. Om connaissait les déserts et, entre autres choses, savait que sur ce type de raisonnement s’étaient déjà enferrés un millier de squelettes perdus, blanchis au soleil.

Il suivit quand même péniblement les traces, reconnaissant envers la dune de l’ombre momentanée qu’elle lui offrait maintenant que le soleil se couchait.

Les traces contournaient la dune puis, tiens, escaladaient en zigzags grossiers une pente à angle droit de la direction qu’elles auraient dû prendre. Garanti sur facture. C’est ça, les déserts. Ils possèdent leur propre pesanteur. Ils vous aspirent vers le centre.

Frangin progressait à quatre pattes en tenant tant bien que mal Vorbis par un bras flasque. Il n’osait pas s’arrêter. Sa grand-mère lui taperait encore dessus. Et il y avait aussi maître Nonroid dont l’image flottante apparaissait et disparaissait.

« Tu me déçois beaucoup, Frangin. Mmm ?

— Veux… de l’eau…

— … de l’eau, répéta Nonroid. Fais confiance au grand dieu. »

Frangin se concentra. L’image de Nonroid s’évanouit.

« Grand dieu ? » fit-il.

Quelque part, il y avait de l’ombre. Le désert ne pouvait pas durer éternellement.

Le soleil se couchait vite. Pendant un moment, Om le savait, la chaleur se dégagerait du sable et sa propre carapace l’emmagasinerait, mais elle ne tarderait pas à se dissiper, remplacée par la rigueur nocturne du désert.

Les étoiles commençaient déjà à poindre lorsqu’il trouva Frangin. Vorbis avait été lâché un peu plus tôt.

Om se traîna à la hauteur de l’oreille de Frangin.

« Hé ! »

Aucun son, aucun mouvement. Om donna un petit coup de tête sur le crâne du novice puis regarda les lèvres crevassées.

Il entendit picorer derrière lui.

Le pougneux inventoriait les orteils de Frangin, mais son exploration fut interrompue lorsque des mâchoires de tortue se refermèrent sur sa patte.

« He h’ai hit, hous l’hamp ! »

Le pougneux lâcha un hoquet paniqué et tenta de s’envoler, mais il était gêné par une tortue décidée accrochée à sa patte. Om rebondit sur le sable sur quelques pas avant de lâcher prise.

Il voulut cracher, mais les gueules de tortue ne sont pas conçues pour ça.

« Les oiseaux, je les rends tous par l’œil », lança-t-il dans le soir qui tombait.

Le pougneux l’observa d’un air réprobateur depuis le sommet d’une dune. Il ébouriffa sa poignée de plumes graisseuses, l’air de qui est prêt à attendre toute la nuit si nécessaire. Aussi longtemps qu’il faudra.

Om revint en se traînant vers Frangin. Bon, il y avait toujours de la respiration.

De l’eau…

Le dieu réfléchit. Frapper le roc un grand coup. C’était une solution. Faire couler l’eau… aucune difficulté. Une question de molécules et de vecteurs. L’eau avait un penchant naturel à couler. Il fallait seulement veiller à ce qu’elle coule par-ci plutôt que par-là. Aucun problème pour un dieu au mieux de sa forme.

Comment s’attaquer au problème du point de vue d’une tortue ?

La tortue se traîna jusqu’au pied de la dune et passa les minutes suivantes à monter et descendre. Elle choisit enfin un point précis et entreprit de creuser.

Ce n’était pas normal. On avait enduré une chaleur torride. Maintenant on gelait.

Frangin ouvrit les yeux. Les étoiles du désert, d’un blanc éclatant, lui renvoyèrent son regard. Il avait l’impression que sa langue lui emplissait la bouche. Tiens, qu’est-ce qui se passe… ?

De l’eau.

Il roula sur lui-même. Il avait entendu des voix dans sa tête, et maintenant il en entendait à l’extérieur. Des voix faibles mais assurément réelles, qui rebondissaient en écho léger au-dessus du sable éclairé par la lune.

Frangin rampa péniblement vers le pied de la dune. Il y trouva un monticule. En fait, il y en avait même plusieurs. La voix assourdie provenait de l’un d’eux. Il se traîna plus près.

Il y avait un trou dans le monticule. Quelque part, loin en dessous, on jurait. Des mots indistincts remontaient par rebonds d’avant en arrière dans le tunnel, mais leur sens général ne laissait aucun doute.

Frangin s’affala et observa.

Au bout de quelques minutes il vit bouger à l’entrée du trou, et Om émergea, couvert de ce que Frangin aurait appelé de la boue s’il ne s’était pas trouvé dans le désert.

« Oh, c’est toi, fit la tortue. Déchire un bout de ta robe et passe-le-moi. »

Comme dans un rêve, Frangin obéit.

« Se retourner au fond de ce truc-là, reprit Om, ce n’est pas de la tarte, c’est moi qui te le dis. »

Il saisit le morceau de robe dans ses mâchoires, opéra un demi-tour prudent et disparut dans le trou. Deux minutes plus tard, il revenait en tirant toujours le tissu.

Un tissu tout mouillé. Frangin laissa le liquide s’égoutter dans sa bouche. Il lui trouva un goût de vase, de sable, de teinture brune bon marché et vaguement de tortue, mais il en aurait bu des litres. Il se serait baigné dans une mare de cette eau-là.

Il déchira un autre morceau de robe pour qu’Om le descende.

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