Le grand silence [The Alien Years - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Flammarion
- ISBN: 2-08-067761-6
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
Puis Ronnie sortit de la maison, et le petit garçon se précipita aussitôt vers lui. Ronnie le souleva du sol, le lança en l’air, le rattrapa et le lança encore. L’enfant piailla de plaisir. Le Colonel prenait lui aussi du plaisir à ce spectacle. Il adorait regarder Ronnie jouer avec son fils. Il adorait l’idée même que Ronnie ait un fils, qu’il ait épousé une femme de la classe de Peggy, qu’il se soit assagi. C’est qu’il avait bien changé, celui-là, depuis la Conquête. Il avait abandonné ses mauvaises habitudes, pris des responsabilités. C’était même la seule bonne chose qui soit sortie de ce triste événement, songea le Colonel.
Ronnie reposa l’enfant et se tourna vers le Colonel. « Eh bien, p’pa, la réunion est terminée et tu vas être content d’apprendre comment ça s’est passé.
— La réunion ?
— Oui, la réunion du Comité de résistance, dit doucement Ronnie.
— Oui, évidemment. De quelle autre réunion pourrait-il s’agir ? Dis-moi, mon garçon, tu ne crois pas que je suis déjà gâteux, hein ? Non, ne me réponds pas. Parle-moi de la réunion.
— On vient de voter. Et dans ton sens.
— Voter ? » II essaya de se rappeler de quoi ils avaient débattu.
Son esprit était comme de la mélasse. Des courants de pensée y fluctuaient lentement, obstinément. Il y avait des jours où il savait bien qu’il était le colonel en retraite Anson Carmichael III, de l’armée de terre américaine, Anson Carmichael, docteur en philosophie, le distingué professeur Anson Carmichael, spécialiste de linguistique du sud-est asiatique qui faisait autorité sur les processus mentaux des cultures non européennes. Mais il y avait d’autres jours – comme celui-ci – où il était à peine capable de se forcer à croire qu’il avait jadis été un homme valide, énergique et intelligent. Des jours qui avaient tendance à se multiplier ces derniers temps.
« Voter, oui, dit Ronnie. Sur la campagne de guerre d’usure, le programme d’attentats.
— Oui, bien sûr… Ils ont voté contre ? » Le Colonel se rappelait les détails, à présent. « Je n’arrive pas à y croire. Qu’est-ce qui les a fait changer d’avis ?
— Au moment précis où le débat s’acheminait vers le vote et où, en fait, on avait très fortement l’impression que le résultat serait en faveur d’un programme de liquidation ponctuelle de toute Entité que nous trouverions en train de se balader toute seule, Doug nous a communiqué des éléments nouveaux sur lesquels il avait planché tout l’après-midi, comme ça lui arrive parfois. Des infos qu’il avait glanées sur un serveur qui opérait à partir de Vancouver et les avait eues de ces malheureux bidouil-leurs de Seattle juste avant que les borgmanns les balancent aux Entités… » Ronnie s’interrompit et le considéra d’un air sceptique. « Tu comprends tout ce que je dis, p’pa, hein ?
— Je comprends. Continue. Donc, ce serveur de Vancouver…
— Eh bien, il semblerait qu’il est pratiquement impossible de descendre une Entité par surprise. Il y a apparemment déjà eu des tentatives, au moins trois, une chez nous, dans un État du sud, une en France, et une autre je ne sais plus où. Elles ont raté toutes les trois. Les tireurs embusqués n’ont même pas réussi à placer un seul coup. Le Entités ont une sorte de pouvoir, un champ mental qui les entoure et détecte les émanations de pensées hostiles ; lorsque ce champ repère dans les parages quelqu’un qui aurait l’intention de leur faire des misères, Elles n’ont qu’à donner la Pression à dose maxi et le tireur s’écroule, mort. Ça s’est passé comme ça chaque fois.
— Quelle est la portée de ce champ mental ?
— Personne ne le sait. Manifestement assez grande pour capter les émissions mentales de tout tireur embusqué susceptible de s’approcher assez près pour faire mouche.
— Des télépathes, en plus », soupira le Colonel. Il ferma un instant les yeux, secoua lentement la tête. « Elles doivent avoir sur leur planète des animaux plus évolués que nous. Des animaux de compagnie, même… Alors, Doug a déballé tout ça à la réunion du Comité, et ça a tué le projet de guerre d’usure sur-le-champ ?
— Il a été ajourné. Avec cette histoire de champ mental, plus tout le problème des représailles, nous avons décidé qu’il était absurde, pour le moment, de tenter quoi que ce soit contre les Entités. Tout le monde a approuvé, sauf Faulkenburg, mais il a fini par se ranger à l’avis général. Avant que nous puissions lancer la moindre action hostile, nous avons besoin de recueillir plus d’informations – beaucoup plus d’informations – sur la manière dont fonctionne leur esprit. Pour l’instant, nous n’en savons pratiquement rien. S’il y avait une manière quelconque de neutraliser ce champ mental, par exemple…
— Parfait. » Le Colonel laissa échapper un gloussement. À présent son esprit était aussi clair qu’aux plus beaux jours. « On compte sur le Père Noël pour résoudre le problème, c’est ça ?
Peut-être qu’il va nous apporter un neutralisateur de champ mental l’an prochain. Ou peut-être que non. En tout cas, je suis content du résultat du vote. Pendant un moment, je me suis fait du mouron. Tout le monde avait l’air tellement pressé de liquider les Entités, comme ça, sans rien pour convaincre un individu rationnel que la chose était faisable. J’ai cru que nous étions fichus. J’ai cru que vous alliez tous nous envoyer au fond du précipice. »
Tard cette nuit-là, tandis que Ronnie traversait la partie arrière du bâtiment pour éteindre les lumières, il aperçut Anse assis tout seul dans l’une des petites pièces qui donnaient sur la bibliothèque. Il y avait une bouteille posée devant lui sur une petite table. On était pratiquement sûr de trouver une bouteille à portée de sa main, désormais. Lamentable, songea Ronnie, la manière dont Anse s’était remis à boire après s’être cassé la jambe. Lui qui avait tant lutté, durant tant d’années, pour limiter sa consommation. Et voilà. Regardez ce qu’il est devenu, s’attrista Ronnie. Regardez-le.
« Un petit verre avant de te coucher, frangin ? lança Anse.
— C’est pas de refus. » Et merde, pourquoi pas ? « Qu’est-ce qu’on boit ?
— De la grappa.
— De la grappa, répéta Ronnie, qui tressaillit en détournant les yeux. Oui, bien sûr, Anse. » C’était une sorte d’eau-de-vie italienne, très âpre, pas vraiment à son goût. Ils en avaient une caisse, l’une des pièces les plus bizarres du butin qu’ils avaient ramené du magasin abandonné en ville. Mais Anse aurait bu n’importe quoi.
Celui-ci remplit les verres. « Tu me dis quand je dois m’arrêter, frangin.
— Stop ! » fit prestement Ronnie.
Il trinqua solennellement avec son frère et but une modeste gorgée. Ne serait-ce que pour se montrer sociable. Il n’aimait pas voir Anse boire tout seul. Il était ironique, songea Ronnie, que le Colonel ait toujours considéré Anse comme un modèle de stabilité, de constance et de vertu, et lui comme une espèce de païen sauvage, de louche parvenu, alors qu’en réalité Anse était un ivrogne refoulé de la pire espèce qui avait passé toute sa vie adulte à lutter désespérément contre sa passion de la bouteille, et que lui, Ronnie, malgré ses goûts de luxe et ses fréquentations huppées, n’avait jamais eu le moindre problème avec l’alcool.
Anse vida son verre d’un trait et le reposa. Il empoigna la bouteille à moitié vide et la considéra un long moment, comme si les secrets les plus profonds de l’univers étaient gravés sur l’étiquette. Quand le silence commença à se prolonger, Ronnie lâcha : « Tout va bien, frangin ?
— Très bien. Très bien.
— Mais pas vraiment ?
— Qu’est-ce tu crois ?