Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Il n'y en a qu'un: payez.
– Mais à peine si j'ai la somme. Tout doit être épuisé; on a payé Belle-Île; on a payé la pension; l'argent, depuis les recherches des traitants, est rare. En admettant qu'on paie cette fois, comment paiera-t-on l'autre? Car, croyez-le bien, nous ne sommes pas au bout! Quand les rois ont goûté de l'argent, c'est comme les tigres quand ils ont goûté de la chair: ils dévorent! Un jour, il faudra bien que je dise: «Impossible, Sire!» Eh bien! ce jour-là, je serai perdu!
Aramis haussa légèrement les épaules.
– Un homme dans votre position, monseigneur, dit-il, n'est perdu que lorsqu'il veut l'être.
– Un homme, dans quelque position qu'il soit, ne peut lutter contre un roi.
– Bah! dans ma jeunesse, j'ai bien lutté, moi, avec le cardinal de Richelieu, qui était roi de France, plus, cardinal!
– Ai-je des armées, des troupes, des trésors? Je n'ai même plus Belle-Île!
– Bah! la nécessité est la mère de l'invention. Quand vous croirez tout perdu…
– Eh bien?
– On découvrira quelque chose d'inattendu qui sauvera tout.
– Et qui découvrira ce merveilleux quelque chose?
– Vous.
– Moi? Je donne ma démission d'inventeur.
– Alors, moi.
– Soit. Mais alors mettez-vous à l'œuvre sans retard.
– Ah! nous avons bien le temps.
– Vous me tuez avec votre flegme, d'Herblay, dit le surintendant en passant son mouchoir sur son front.
– Ne vous souvenez-vous donc pas de ce que je vous ai dit un jour?
– Que m'avez-vous dit?
– De ne pas vous inquiéter, si vous avez du courage. En avez-vous?
– Je le crois.
– Ne vous inquiétez donc pas.
– Alors, c'est dit, au moment suprême, vous venez à mon aide, d'Herblay?
– Ce ne sera que vous rendre ce que je vous dois, monseigneur.
– C'est le métier des gens de finance que d'aller au-devant des besoins des hommes comme vous, d'Herblay.
– Si l'obligeance est le métier des hommes de finance, la charité est la vertu des gens d'Église. Seulement, cette fois encore, exécutez-vous, monseigneur. Vous n'êtes pas encore assez bas; au dernier moment, nous verrons.
– Nous verrons dans peu, alors.
– Soit. Maintenant, permettez-moi de vous dire que, personnellement, je regrette beaucoup que vous soyez si fort à court d'argent.
– Pourquoi cela?
– Parce que j'allais vous en demander, donc!
– Pour vous?
– Pour moi ou pour les miens, pour les miens ou pour les nôtres.
– Quelle somme?
– Oh! tranquillisez-vous; une somme rondelette, il est vrai, mais peu exorbitante.
– Dites le chiffre!
– Oh! cinquante mille livres.
– Misère!
– Vraiment?
– Sans doute, on a toujours cinquante mille livres. Ah! pourquoi ce coquin que l'on nomme M. Colbert ne se contente-t-il pas comme vous, je me mettrais moins en peine que je ne le fais. Et quand vous faut-il cette somme?
– Pour demain matin.
– Bien, et…
– Ah! c'est vrai, la destination, voulez-vous dire?
– Non, chevalier, non; je n'ai pas besoin d'explication.
– Si fait; c'est demain le 1er juin?
– Eh bien?
– Échéance d'une de nos obligations.
– Nous avons donc des obligations?
– Sans doute, nous payons demain notre dernier tiers.
– Quel tiers?
– Des cent cinquante mille livres de Baisemeaux.
– Baisemeaux! Qui cela?
– Le gouverneur de la Bastille.
– Ah! oui, c'est vrai; vous me faites payer cent cinquante mille francs pour cet homme.
– Allons donc!
– Mais à quel propos?
– À propos de sa charge qu'il a achetée, ou plutôt que nous avons achetée à Louvière et à Tremblay.
– Tout cela est fort vague dans mon esprit.
– Je conçois cela, vous avez tant d'affaires! Cependant, je ne crois pas que vous en ayez de plus importante que celle-ci.
– Alors, dites-moi à quel propos nous avons acheté cette charge.
– Mais pour lui être utile.
– Ah!
– À lui d'abord.
– Et puis ensuite?
– Ensuite à nous.
– Comment, à nous? Vous vous moquez.
– Monseigneur, il y a des temps où un gouverneur de la Bastille est une fort belle connaissance.
– J'ai le bonheur de ne pas vous comprendre, d'Herblay.
– Monseigneur, nous avons nos postes, notre ingénieur, notre architecte, nos musiciens, notre imprimeur, nos peintres; il nous fallait notre gouverneur de la Bastille.
– Ah! vous croyez?
– Monseigneur, ne nous faisons pas illusion; nous sommes fort exposés à aller à la Bastille, cher monsieur Fouquet, ajouta le prélat en montrant sous ses lèvres pâles des dents qui étaient encore ces belles dents adorées trente ans auparavant par Marie Michon.
– Et vous croyez que ce n'est pas trop de cent cinquante mille livres pour cela, d'Herblay? Je vous assure que d'ordinaire vous placez mieux votre argent.
– Un jour viendra où vous reconnaîtrez votre erreur.
– Mon cher d'Herblay, le jour où l'on entre à la Bastille, on n'est plus protégé par le passé.
– Si fait, si les obligations souscrites sont bien en règle; et puis, croyez-moi, cet excellent Baisemeaux n'a pas un cœur de courtisan. Je suis sûr qu'il me gardera bonne reconnaissance de cet argent; sans compter, comme je vous le dis, monseigneur, que je garde les titres.
– Quelle diable d'affaire! De l'usure en matière de bienfaisance!
– Monseigneur, monseigneur, ne vous mêlez point de tout cela; s'il y a usure, c'est moi qui la fais seul; nous en profitons à nous deux, voilà tout.
– Quelque intrigue, d'Herblay?…
– Je ne dis pas non.
– Et Baisemeaux complice.
– Et pourquoi pas? On en a de pires. Ainsi je puis compter demain sur les cinq mille pistoles?
– Les voulez-vous ce soir?
– Ce serait encore mieux, car je veux me mettre en chemin de bonne heure; ce pauvre Baisemeaux, qui ne sait pas ce que je suis devenu, il est sur des charbons ardents.
– Vous aurez la somme dans une heure. Ah! d'Herblay, l'intérêt de vos cent cinquante mille francs ne paiera jamais mes quatre millions, dit Fouquet en se levant.
– Pourquoi pas, monseigneur?
– Bonsoir! j'ai affaire aux commis avant de me coucher.
– Bonne nuit, monseigneur!
– D'Herblay vous me souhaitez l'impossible.
– J'aurai mes cinquante mille livres ce soir?
– Oui.
– Eh bien! dormez sur les deux oreilles, c'est moi qui vous le dis. Bonne nuit, monseigneur!