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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Il n'y en a qu'un: payez.

– Mais à peine si j'ai la somme. Tout doit être épuisé; on a payé Belle-Île; on a payé la pension; l'argent, depuis les recherches des traitants, est rare. En admettant qu'on paie cette fois, comment paiera-t-on l'autre? Car, croyez-le bien, nous ne sommes pas au bout! Quand les rois ont goûté de l'argent, c'est comme les tigres quand ils ont goûté de la chair: ils dévorent! Un jour, il faudra bien que je dise: «Impossible, Sire!» Eh bien! ce jour-là, je serai perdu!

Aramis haussa légèrement les épaules.

– Un homme dans votre position, monseigneur, dit-il, n'est perdu que lorsqu'il veut l'être.

– Un homme, dans quelque position qu'il soit, ne peut lutter contre un roi.

– Bah! dans ma jeunesse, j'ai bien lutté, moi, avec le cardinal de Richelieu, qui était roi de France, plus, cardinal!

– Ai-je des armées, des troupes, des trésors? Je n'ai même plus Belle-Île!

– Bah! la nécessité est la mère de l'invention. Quand vous croirez tout perdu…

– Eh bien?

– On découvrira quelque chose d'inattendu qui sauvera tout.

– Et qui découvrira ce merveilleux quelque chose?

– Vous.

– Moi? Je donne ma démission d'inventeur.

– Alors, moi.

– Soit. Mais alors mettez-vous à l'œuvre sans retard.

– Ah! nous avons bien le temps.

– Vous me tuez avec votre flegme, d'Herblay, dit le surintendant en passant son mouchoir sur son front.

– Ne vous souvenez-vous donc pas de ce que je vous ai dit un jour?

– Que m'avez-vous dit?

– De ne pas vous inquiéter, si vous avez du courage. En avez-vous?

– Je le crois.

– Ne vous inquiétez donc pas.

– Alors, c'est dit, au moment suprême, vous venez à mon aide, d'Herblay?

– Ce ne sera que vous rendre ce que je vous dois, monseigneur.

– C'est le métier des gens de finance que d'aller au-devant des besoins des hommes comme vous, d'Herblay.

– Si l'obligeance est le métier des hommes de finance, la charité est la vertu des gens d'Église. Seulement, cette fois encore, exécutez-vous, monseigneur. Vous n'êtes pas encore assez bas; au dernier moment, nous verrons.

– Nous verrons dans peu, alors.

– Soit. Maintenant, permettez-moi de vous dire que, personnellement, je regrette beaucoup que vous soyez si fort à court d'argent.

– Pourquoi cela?

– Parce que j'allais vous en demander, donc!

– Pour vous?

– Pour moi ou pour les miens, pour les miens ou pour les nôtres.

– Quelle somme?

– Oh! tranquillisez-vous; une somme rondelette, il est vrai, mais peu exorbitante.

– Dites le chiffre!

– Oh! cinquante mille livres.

– Misère!

– Vraiment?

– Sans doute, on a toujours cinquante mille livres. Ah! pourquoi ce coquin que l'on nomme M. Colbert ne se contente-t-il pas comme vous, je me mettrais moins en peine que je ne le fais. Et quand vous faut-il cette somme?

– Pour demain matin.

– Bien, et…

– Ah! c'est vrai, la destination, voulez-vous dire?

– Non, chevalier, non; je n'ai pas besoin d'explication.

– Si fait; c'est demain le 1er juin?

– Eh bien?

– Échéance d'une de nos obligations.

– Nous avons donc des obligations?

– Sans doute, nous payons demain notre dernier tiers.

– Quel tiers?

– Des cent cinquante mille livres de Baisemeaux.

– Baisemeaux! Qui cela?

– Le gouverneur de la Bastille.

– Ah! oui, c'est vrai; vous me faites payer cent cinquante mille francs pour cet homme.

– Allons donc!

– Mais à quel propos?

– À propos de sa charge qu'il a achetée, ou plutôt que nous avons achetée à Louvière et à Tremblay.

– Tout cela est fort vague dans mon esprit.

– Je conçois cela, vous avez tant d'affaires! Cependant, je ne crois pas que vous en ayez de plus importante que celle-ci.

– Alors, dites-moi à quel propos nous avons acheté cette charge.

– Mais pour lui être utile.

– Ah!

– À lui d'abord.

– Et puis ensuite?

– Ensuite à nous.

– Comment, à nous? Vous vous moquez.

– Monseigneur, il y a des temps où un gouverneur de la Bastille est une fort belle connaissance.

– J'ai le bonheur de ne pas vous comprendre, d'Herblay.

– Monseigneur, nous avons nos postes, notre ingénieur, notre architecte, nos musiciens, notre imprimeur, nos peintres; il nous fallait notre gouverneur de la Bastille.

– Ah! vous croyez?

– Monseigneur, ne nous faisons pas illusion; nous sommes fort exposés à aller à la Bastille, cher monsieur Fouquet, ajouta le prélat en montrant sous ses lèvres pâles des dents qui étaient encore ces belles dents adorées trente ans auparavant par Marie Michon.

– Et vous croyez que ce n'est pas trop de cent cinquante mille livres pour cela, d'Herblay? Je vous assure que d'ordinaire vous placez mieux votre argent.

– Un jour viendra où vous reconnaîtrez votre erreur.

– Mon cher d'Herblay, le jour où l'on entre à la Bastille, on n'est plus protégé par le passé.

– Si fait, si les obligations souscrites sont bien en règle; et puis, croyez-moi, cet excellent Baisemeaux n'a pas un cœur de courtisan. Je suis sûr qu'il me gardera bonne reconnaissance de cet argent; sans compter, comme je vous le dis, monseigneur, que je garde les titres.

– Quelle diable d'affaire! De l'usure en matière de bienfaisance!

– Monseigneur, monseigneur, ne vous mêlez point de tout cela; s'il y a usure, c'est moi qui la fais seul; nous en profitons à nous deux, voilà tout.

– Quelque intrigue, d'Herblay?…

– Je ne dis pas non.

– Et Baisemeaux complice.

– Et pourquoi pas? On en a de pires. Ainsi je puis compter demain sur les cinq mille pistoles?

– Les voulez-vous ce soir?

– Ce serait encore mieux, car je veux me mettre en chemin de bonne heure; ce pauvre Baisemeaux, qui ne sait pas ce que je suis devenu, il est sur des charbons ardents.

– Vous aurez la somme dans une heure. Ah! d'Herblay, l'intérêt de vos cent cinquante mille francs ne paiera jamais mes quatre millions, dit Fouquet en se levant.

– Pourquoi pas, monseigneur?

– Bonsoir! j'ai affaire aux commis avant de me coucher.

– Bonne nuit, monseigneur!

– D'Herblay vous me souhaitez l'impossible.

– J'aurai mes cinquante mille livres ce soir?

– Oui.

– Eh bien! dormez sur les deux oreilles, c'est moi qui vous le dis. Bonne nuit, monseigneur!

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