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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Passons condamnation, arrivons aux cinquante mille livres de la Bastille. Là, j'espère, vous êtes nourri, logé; vous avez six mille livres de traitement.

– Soit.

– Bon an mal an, cinquante prisonniers qui, l'un dans l'autre, vous rapportent mille livres.

– Je n'en disconviens pas.

– C'est bien cinquante mille livres par an; vous occupez depuis trois ans, c'est donc cent cinquante mille livres que vous avez.

– Vous oubliez un détail, cher monsieur d'Artagnan.

– Lequel?

– C'est que, vous, vous avez reçu la charge de capitaine des mains du roi.

– Je le sais bien.

– Tandis que, moi, j'ai reçu celle de gouverneur de MM. Tremblay et Louvière.

– C'est juste, et Tremblay n'était pas homme à vous laisser sa charge pour rien.

– Oh! Louvière non plus. Il en résulte que j'ai donné soixante-quinze mille livres à Tremblay pour sa part.

– Joli! Et à Louvière?

– Autant.

– Tout de suite?

– Non pas, c'eût été impossible. Le roi ne voulait pas, ou plutôt M. de Mazarin ne voulait pas paraître destituer ces deux gaillards issus de la barricade; il a donc souffert qu'ils fissent pour se retirer des conditions léonines.

– Quelles conditions?

– Frémissez!… trois années du revenu comme pot-de-vin.

– Diable! en sorte que les cent cinquante mille livres ont passé dans leurs mains?

– Juste.

– Et outre cela?

– Une somme de quinze mille écus ou cinquante mille pistoles, comme il vous plaira, en trois paiements.

– C'est exorbitant.

– Ce n'est pas tout.

– Allons donc!

– Faute à moi de remplir l'une des conditions, ces messieurs rentrent dans leur charge. On a fait signer cela au roi.

– C'est énorme, c'est incroyable!

– C'est comme cela.

– Je vous plains, mon pauvre Baisemeaux. Mais alors, cher ami, pourquoi diable M. de Mazarin vous a-t-il accordé cette prétendue faveur? Il était plus simple de vous la refuser.

– Oh! oui! mais il a eu la main forcée par mon protecteur.

– Votre protecteur! qui cela?

– Parbleu! un de vos amis, M. d'Herblay.

– M. d'Herblay? Aramis?

– Aramis, précisément, il a été charmant pour moi.

– Charmant! de vous faire passer sous ces fourches?

– Écoutez donc! je voulais quitter le service du cardinal. M. d'Herblay parla pour moi à Louvière et à Tremblay; ils résistèrent; j'avais envie de la place, car je sais ce qu'elle peut donner; je m'ouvris à M. d'Herblay sur ma détresse: il m'offrit de répondre pour moi à chaque paiement.

– Bah! Aramis? Oh! vous me stupéfiez. Aramis répondit pour vous?

– En galant homme. Il obtint la signature; Tremblay et Louvière se démirent; j'ai fait payer vingt-cinq mille livres chaque année de bénéfice à un de ces deux messieurs; chaque année aussi, en mai, M. d'Herblay vint lui-même à la Bastille m'apporter deux mille cinq cents pistoles pour distribuer à mes crocodiles.

– Alors, vous devez cent cinquante mille livres à Aramis?

– Eh! voilà mon désespoir, je ne lui en dois que cent mille.

– Je ne vous comprends pas parfaitement.

– Eh! sans doute, il n'est venu que deux ans. Mais aujourd’hui nous sommes le 31 mai, et il n'est pas venu, et c'est demain l'échéance, à midi. Et demain, si je n'ai pas payé, ces messieurs, aux termes du contrat, peuvent rentrer dans le marché; je serai dépouillé et j'aurai travaillé trois ans et donné deux cent cinquante mille livres pour rien, mon cher monsieur d'Artagnan, pour rien absolument.

– Voilà qui est curieux, murmura d'Artagnan.

– Concevez-vous maintenant que je puisse avoir un pli sur le front?

– Oh! oui.

– Concevez-vous que, malgré cette rondeur de fromage et cette fraîcheur de pomme d'api, malgré ces yeux brillants comme des charbons allumés, je sois arrivé à craindre de n'avoir plus même un fromage ni une pomme d'api à manger, et de n'avoir plus que des yeux pour pleurer?

– C'est désolant.

– Je suis donc venu à vous, monsieur d'Artagnan, car vous seul pouvez me tirer de peine.

– Comment cela?

– Vous connaissez l'abbé d'Herblay?

– Pardieu!

– Vous le connaissez mystérieux?

– Oh! oui.

– Vous pouvez me donner l'adresse de son presbytère, car j'ai cherché à Noisy-le-Sec, et il n'y est plus.

– Parbleu! il est évêque de Vannes.

– Vannes, en Bretagne?

– Oui.

Le petit homme se mit à s'arracher les cheveux.

– Hélas! dit-il, comment aller à Vannes d'ici demain à midi?… Je suis un homme perdu. Vannes! Vannes! criait Baisemeaux.

– Votre désespoir me fait mal. Écoutez donc, un évêque ne réside pas toujours; Mgr d'Herblay pourrait n'être pas si loin que vous le craignez.

– Oh! dites-moi son adresse.

– Je ne sais, mon ami.

– Décidément me voilà perdu! Je vais aller me jeter aux pieds du roi.

– Mais, Baisemeaux, vous m'étonnez; comment, la Bastille pouvant produire cinquante mille livres, n'avez-vous pas poussé la vis pour en faire produire cent mille?

– Parce que je suis un honnête homme, cher monsieur d'Artagnan, et que mes prisonniers sont nourris comme des potentats.

– Pardieu! vous voilà bien avancé; donnez-vous une bonne indigestion avec vos belles nourritures, et crevez-moi d'ici à demain midi.

– Cruel! il a le cœur de rire.

– Non, vous m'affligez… Voyons, Baisemeaux, avez-vous une parole d'honneur?

– Oh! capitaine!

– Eh bien! donnez-moi votre parole que vous n'ouvrirez la bouche à personne de ce que je vais vous dire.

– Jamais! jamais!

– Vous voulez mettre la main sur Aramis?

– À tout prix!

– Eh bien! allez trouver M. Fouquet.

– Quel rapport…

– Mais que vous êtes!… Où est Vannes?

– Dame!…

– Vannes est dans le diocèse de Belle-Île, ou Belle-Île dans le diocèse de Vannes. Belle-Île est à M. Fouquet: M. Fouquet a fait nommer M. d'Herblay à cet évêché.

– Vous m'ouvrez les yeux et vous me rendez la vie.

– Tant mieux. Allez donc dire tout simplement à M. Fouquet que vous désirez parler à M. d'Herblay.

– C'est vrai! c'est vrai! s'écria Baisemeaux transporté.

– Et, fit d'Artagnan en l'arrêtant avec un regard sévère, la parole d'honneur?

– Oh! sacrée! répliqua le petit homme en s'apprêtant à courir.

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