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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Le roi ne recouvra un peu de son attention qu'au moment où M. Colbert, qui guettait depuis quelques instants, s'approcha, et, fort respectueusement sans doute, mais avec insistance, déposa un de ses conseils dans l'oreille encore bourdonnante de Sa Majesté.

Au conseil, Louis prêta une attention nouvelle, et, aussitôt, jetant ses regards devant lui:

– Est-ce que M. Fouquet, dit-il, n'est plus là?

– Si fait, si fait, Sire, répliqua la voix du surintendant, occupé avec Buckingham.

Et il s'approcha. Le roi fit un pas vers lui d'un air charmant et plein de négligence.

– Pardon, monsieur le surintendant, si je trouble votre conversation, dit Louis; mais je vous réclame partout où j'ai besoin de vous.

– Mes services sont au roi toujours, répliqua Fouquet.

– Et surtout votre caisse, dit le roi en riant d'un sourire faux.

– Ma caisse plus encore que le reste, dit froidement Fouquet.

– Voici le fait, monsieur: je veux donner une fête à Fontainebleau. Quinze jours de maison ouverte. J'ai besoin de…

Il regarda obliquement Colbert. Fouquet attendit sans se troubler.

– De… dit-il.

– De quatre millions, fit le roi, répondant au sourire cruel de Colbert.

– Quatre millions? dit Fouquet en s'inclinant profondément.

Et ses ongles, entrant dans sa poitrine, y creusèrent un sillon sanglant sans que la sérénité de son visage en fût un moment altérée.

– Oui, monsieur, dit le roi.

– Quand, Sire?

– Mais… prenez votre temps… C'est-à-dire… non… le plus tôt possible.

– Il faut le temps.

– Le temps! s'écria Colbert triomphant.

– Le temps de compter les écus, fit le surintendant avec un majestueux mépris; l'on ne tire et l'on ne pèse qu'un million par jour, monsieur.

– Quatre jours, alors, dit Colbert.

– Oh! répliqua Fouquet en s'adressant au roi, mes commis font des prodiges pour le service de Sa Majesté. La somme sera prête dans trois jours.

Colbert pâlit à son tour. Louis le regarda étonné. Fouquet se retira sans forfanterie, sans faiblesse, souriant aux nombreux amis dans le regard desquels, seul, il sait une véritable amitié, un intérêt allant jusqu'à la compassion.

Il ne fallait pas juger Fouquet sur ce sourire; Fouquet avait, en réalité, la mort dans le cœur.

Quelques gouttes de sang tachaient, sous son habit, le fin tissu qui couvrait sa poitrine.

L'habit cachait le sang, le sourire, la rage. À la façon dont il aborda son carrosse, ses gens devinèrent que le maître n'était pas de joyeuse humeur. Il résulta de cette intelligence que les ordres s'exécutèrent avec cette précision de manœuvre que l'on trouve sur un vaisseau de guerre commandé pendant l'orage par un capitaine irrité.

Le carrosse ne roula point, il vola.

À peine si Fouquet eut le temps de se recueillir durant le trajet.

En arrivant, il monta chez Aramis. Aramis n'était point encore couché.

Quant à Porthos, il avait soupé fort convenablement d'un gigot braisé, de deux faisans rôtis et d'une montagne d'écrevisses; puis il s'était fait oindre le corps avec des huiles parfumées, à la façon des lutteurs antiques; puis, l'onction achevée, il s'était étendu dans des flanelles et fait transporter dans un lit bassiné.

Aramis, nous l'avons dit, n'était point couché. À l'aise dans une robe de chambre de velours, il écrivait lettres sur lettres, de cette écriture si fine et si pressée dont une page tient un quart de volume. La porte s'ouvrit précipitamment; le surintendant parut, pâle, agité, soucieux.

Aramis releva la tête.

– Bonsoir, cher hôte! dit-il.

Et son regard observateur devina toute cette tristesse, tout ce désordre.

– Beau jeu chez le roi? demanda Aramis pour engager la conversation.

Fouquet s'assit, et, du geste, montra la porte au laquais qui l'avait suivi.

Puis, quand le laquais fut sorti:

– Très beau! dit-il.

Et Aramis, qui le suivait de l'œil, le vit, avec une impatience fébrile, s'allonger sur les coussins.

– Vous avez perdu, comme toujours? demanda Aramis, sa plume à la main.

– Mieux que toujours, répliqua Fouquet.

– Mais on sait que vous supportez bien la perte, vous.

– Quelquefois.

– Bon! M. Fouquet, mauvais joueur?

– Il y a jeu et jeu, monsieur d'Herblay.

– Combien avez-vous donc perdu, monseigneur? demanda Aramis avec une certaine inquiétude.

Fouquet se recueillit un moment pour poser convenablement sa voix, et puis, sans émotion aucune:

– La soirée me coûte quatre millions, dit-il.

Et un rire amer se perdit sur la dernière vibration de ces paroles.

Aramis ne s'attendait point à un pareil chiffre; il laissa tomber sa plume.

– Quatre millions! dit-il. Vous avez joué quatre millions? Impossible!

– M. Colbert tenait mes cartes, répondit le surintendant avec le même rire sinistre.

– Ah! je comprends maintenant, monseigneur. Ainsi, nouvel appel de fonds?

– Oui, mon ami.

– Par le roi?

– De sa bouche même. Il est impossible d'assommer un homme avec un plus beau sourire.

– Diable!

– Que pensez-vous de cela?

– Parbleu! je pense que l'on veut vous ruiner: c'est clair.

– Ainsi, c'est toujours votre avis?

– Toujours. Il n'y a rien là, d'ailleurs, qui doive vous étonner, puisque c'est ce que nous avons prévu.

– Soit; mais je ne m'attendais pas aux quatre millions.

– Il est vrai que la somme est lourde; mais, enfin, quatre millions ne sont point la mort d'un homme, c'est là le cas de le dire, surtout quand cet homme s'appelle M. Fouquet.

– Si vous connaissiez le fond du coffre, mon cher d'Herblay, vous seriez moins tranquille.

– Et vous avez promis?

– Que vouliez-vous que je fisse?

– C'est vrai.

– Le jour où je refuserai, Colbert en trouvera; où? je n'en sais rien; mais il en trouvera et je serai perdu!

– Incontestablement. Et dans combien de jours avez-vous promis ces quatre millions?

– Dans trois jours. Le roi paraît fort pressé.

– Dans trois jours!

– Oh! mon ami, reprit Fouquet, quand on pense que tout à l’heure, quand je passais dans la rue, des gens criaient: «Voilà le riche M. Fouquet qui passe!» En vérité, cher d'Herblay, c'est à en perdre la tête!

– Oh! non, monseigneur, halte-là! la chose n'en vaut pas la peine, dit flegmatiquement Aramis en versant de la poudre sur la lettre qu'il venait d'écrire.

– Alors, un remède, un remède à ce mal sans remède?

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