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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Philippe approuva et la porte se referma lentement, laissant Alexandre étonné.

— Pourquoi elle a dit tout ça ? J’ai rien compris.

— Parce que c’est une femme bien. Une belle personne…

— Ah ! fit Alexandre qui fixait la porte, désemparé. Tu crois qu’elle veut pas venir ?

— Je crois qu’on lui demande quelque chose d’énorme qui peut chambouler sa vie et elle hésite… Je la comprends.

Alexandre se contenta de cette réponse pendant quelques minutes, puis il reprit son questionnement inquiet :

— Et si elle voulait pas venir, on la laisserait ici ?

— Oui, Alexandre.

— C’est parce que tu ne veux pas qu’elle vienne ! Parce que c’est une clocharde, que tu as honte de la prendre chez toi !

— Mais non ! Cela n’a rien à voir avec moi. C’est elle qui décide. C’est une personne, Alexandre, une femme libre…

— N’empêche que tu serais drôlement soulagé !

— Je t’interdis de dire ça, Alex ! Tu m’entends : je te l’interdis.

— Eh bien, si elle vient pas, moi, je resterai là avec elle… Je la laisserai pas toute seule, le soir de Noël !

— Tu ne feras pas ça ! Je te prendrai par la peau des fesses et je te ramènerai à la maison… Tu sais quoi ? Tu ne mérites pas d’avoir une amie comme Becca. Tu n’as pas compris qui elle était…

Alexandre se tut, mortifié, et ils attendirent tous les deux dans le plus grand silence.

Enfin, la porte de la remise s’ouvrit et Becca se dressa sur le seuil, ses multiples sacs en plastique dans les mains.

— Je viens avec vous, dit-elle, mais est-ce que je peux emporter mon fauteuil ? J’aurai trop peur qu’il disparaisse si je le laisse là…

Philippe était en train de plier le fauteuil de Becca pour l’enfermer dans le coffre quand son portable sonna. Il prit le téléphone, le coinça contre son oreille, tout en maintenant le fauteuil plié entre ses jambes. C’était Dottie. Elle parlait à toute allure et Philippe ne comprenait pas ce qu’elle disait tant les mots étaient entrecoupés de sanglots.

— Dottie… calme-toi. Respire un bon coup et dis-moi… Que se passe-t-il ?

Il l’entendit qui écartait le téléphone, prenait une grande inspiration et elle reprit sur le même ton haché :

— Je suis sortie dîner avec ma copine Alicia, elle aussi était seule ce soir, et elle avait le cafard et moi aussi, parce que j’ai été virée de mon boulot cet après-midi. Juste avant de partir, j’étais en train de tout ranger, de tout laisser bien propre pour reprendre le travail lundi quand mon chef est entré et m’a dit on est obligés de faire des coupes sombres dans le personnel et vous partez ! Comme ça… Pas un mot de plus ni de moins ! Alors, avec Alicia, on est allées au pub, on a parlé, on a bu, un peu, j’te jure, pas trop, et y avait deux mecs qui nous ont draguées et on les a envoyés balader et ils l’ont mal pris et ils nous ont suivies quand on est parties… Et puis Alicia, elle a pris un taxi parce qu’elle habite loin et moi, je suis rentrée à pied, et en bas de chez moi, ils m’ont coincée et ils m’ont… et j’en ai marre ! J’en ai marre ! la vie, elle est trop dure et je veux plus rentrer chez moi et je veux plus être toute seule chez moi, j’ai trop peur qu’ils reviennent…

— Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait exactement ?

— Ils m’ont tabassée et j’ai la lèvre fendue et un œil qui ferme plus ! Et j’en ai marre, Philippe ! Je suis une fille bien quand même. Je fais du mal à personne et tout ce que je gagne, c’est de me faire larguer du bureau et taper dessus par deux pauvres mecs qu’ont rien dans la tête…

Elle se remit à sangloter. Philippe l’adjura de se calmer tout en réfléchissant à ce qu’il convenait de faire.

— Tu es où, Dottie ?

— Suis retournée au pub, je veux pas rester toute seule… j’ai trop peur. Et pis, c’est pas une façon de passer Noël !

Sa voix se brisa et elle cria qu’elle en avait marre.

— Bon, décida Philippe, ne bouge pas. J’arrive…

— Oh ! Merci ! T’es gentil… Je t’attends à l’intérieur, j’ai trop peur de sortir, même sur le trottoir…

Philippe se débattit un long moment avec le fauteuil, se coinça un doigt entre deux ressorts, jura, tempêta, puis ferma le coffre en poussant un soupir de soulagement. Elle devait pas le replier souvent, son fauteuil !

À une heure du matin, il se gara enfin devant chez lui. Entre deux tas de neige. Annie sortit la première de la voiture, cherchant dans le noir où poser ses pieds pour ne pas glisser, un peu endormie, inquiète à l’idée de devoir réorganiser la maison, installer des lits mais Mlle Dottie, elle va dormir où, monsieur Philippe ? Avec moi, Annie, et ce ne sera pas la première fois !

— À quelle heure arrivent nos invités ? demanda Junior en étalant du cirage noir sur les nouveaux mocassins qu’il avait reçus dans une belle boîte pour Noël. Il allait enfin avoir des chaussures assorties à ses élégantes tenues. Il ne supportait plus ses tennis à scratchs. Elles faisaient tache. Il avait repéré ces mocassins dans une vitrine en revenant du parc avec sa mère. Un magasin pour enfants : Six pieds trois pouces. Ils étaient en devanture. Déclinés dans toutes les couleurs. Le modèle s’appelait Ignace et affichait un prix raisonnable : cinquante-deux euros. Il avait tendu le doigt en affirmant, voilà ce que je veux pour Noël, des chaussures dont je n’aurai pas honte… Josiane avait ralenti, les avait considérées longuement et avait répondu, je vais y penser. Elle avait ajouté, tu les voudrais dans quelle couleur ? Il avait failli répondre, dans toutes les couleurs… mais s’était retenu. Il connaissait sa mère, son sens de l’économie, ses principes d’éducation et avait opté pour une couleur classique : noir. Elle avait hoché la tête. La poussette était repartie et Junior s’était enfoncé dans sa doudoune, satisfait. L’affaire, à ses yeux, était réglée.

— Je crois qu’ils seront là à midi et demi, répondit Josiane en chemise de nuit, occupée à râper de l’emmenthal.

Dans une casserole, à feu doux, fondaient du beurre et de la farine. Plus loin, nichés dans une corbeille en osier, reposaient de beaux œufs frais pondus par des poules qui caquettent au grand air toute la journée.

— Ils partiront donc de chez eux vers midi, calcula Junior en étalant avec soin la crème noire sur le cuir des chaussures.

— On peut le supposer, répondit précautionneusement Josiane. Elle se méfiait des questions de son fils qui l’entraînaient souvent vers des hauteurs vertigineuses.

— S’ils sonnent à midi et demi à notre porte, quelle heure sera-t-il alors à l’horloge de leur maison qu’ils auront quittée une demi-heure plus tôt ? s’enquit Junior en passant soigneusement le chiffon sur le bord des mocassins.

— Eh bien… midi et demi aussi, pardi ! clama Josiane en versant le fromage râpé dans un bol et en le mettant de côté.

Avec la satisfaction de celle qui a su répondre à la question piège posée par l’examinateur, elle délaya le mélange sur le feu, ajouta d’un seul coup le lait froid et mélangea jusqu’à ce que l’ensemble épaississe et prenne une belle consistance.

— Non, la reprit Junior. Il sera midi et demi en temps absolu, tu as raison, mais pas midi et demi en temps local car tu ne tiens pas compte de la vitesse de la lumière et du signal que transmet la lumière pour calculer le temps… Le temps ne peut pas être défini de façon absolue et il y a un lien indissoluble entre le temps et la vitesse des signaux qui mesurent ce temps. Ce que tu appelles le temps quand tu fais référence à l’heure d’une horloge, par exemple, n’est autre que le temps local. Le temps absolu est un temps qui ne tient pas compte des contraintes du temps réel. Une horloge en mouvement ne bat pas au même rythme qu’une horloge au repos. Tu commets les mêmes erreurs que Leibnitz et Poincaré ! Je le savais !

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