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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Un paquebot ingouvernable qui fonce droit dans un mur de glace… Le Titanic avec le monde entier à son bord… On va couler et ça ne va pas être gai ! répondit Stanislas.

— Eh bien… Merci, mon vieux, pour ces bonnes nouvelles et joyeux Noël !

Stanislas rit à l’autre bout du fil, puis reprit :

— Je sais, je ne devrais pas parler de cela ce soir, mais j’en ai marre d’entendre dire par tous ces imbéciles que la crise est derrière nous alors qu’elle vient juste de commencer. Peu de temps avant la chute de Lehman Brothers, le président de la Deutsche Bank a laissé entendre que le pire était passé et qu’en remettant des milliards de dollars au pot des banques et des compagnies d’assurances, on allait sauver notre système ! Ce n’est pas une crise que nous allons vivre, c’est un effondrement total du capitalisme, un tsunami… et tous ces grands hommes n’ont rien vu venir ! Ils n’ont rien anticipé.

— Et pourtant, on a l’impression que la vie suit son cours, que personne ne s’aperçoit de la gravité de la banqueroute…

— C’est cela qui est stupéfiant ! La crise va se déployer comme un raz de marée et les milliards jetés en pâture dans cette économie virtuelle ne vont servir qu’à faire imploser le système…

— Et les gens continuent à faire leurs courses de Noël, à cuire des dindes et à décorer leur sapin, remarqua Philippe.

— Oui… Comme si l’habitude était plus forte que tout… qu’elle nous bandait les yeux. Comme si on était rassurés par les embouteillages, la neige qui tombe, le bulletin d’infos à la radio le matin, le café au Starbucks du coin, le journal qu’on déplie, la jolie fille qui passe, le bus qui tourne au loin… Tout cela vient conforter l’idée que la crise va nous survoler et que nous n’allons pas être touchés. Prépare-toi à un changement drastique, Philippe ! Et je ne te parle pas des autres changements à venir : le climat, l’environnement, les sources d’énergie… Va falloir s’accrocher aux branches et revoir notre manière de vivre…

— Je sais, Stanislas… Je crois même que je m’y prépare depuis longtemps… sans le savoir. C’est cela qui est étonnant. J’ai eu une sorte de pressentiment, il y a deux ans. Une prescience de ce qui allait se passer. Un lent écœurement… Je ne supportais plus le monde dans lequel je vivais, ni la manière dont je vivais. J’ai arrêté le bureau à Paris, arrêté ma vie d’avant, je me suis séparé d’Iris, je suis venu m’installer ici et, depuis, je suis en quelque sorte en attente… en attente d’une autre vie. Quelle sera-t-elle ? Je ne le sais pas… J’essaie de l’imaginer parfois.

— Bien fort, celui qui pourrait te le dire ! On avance, c’est sûr, mais à l’aveuglette. On peut dîner ensemble après les fêtes si tu es libre… On développera ces prévisions sinistres ! Tu restes à Londres ?

— Ce soir, je dîne chez mes parents. À South Kensington. On va fêter Noël chez eux avec Alexandre et, ensuite, on verra quelle mouche nous pique ! Je n’ai rien décidé… Je te l’ai dit, je laisse faire, je prends ce qui arrive et j’essaie d’en faire du miel.

— Il va bien, Alex ?

— Je ne sais pas. On ne se parle plus beaucoup. On cohabite et cela me rend triste… Je venais juste de le découvrir, j’aimais nos échanges, notre complicité et tout cela semble s’être envolé…

— C’est l’âge… Ou la mort de sa mère. Vous en parlez ?

— Jamais. Je ne sais même pas si je dois essayer… j’aimerais que cela vienne de lui.

Stanislas Wezzer n’avait ni femme ni enfants. Mais il savait conseiller les maris et les pères.

— Sois patient, il reviendra… Vous avez tissé un lien… Embrasse-le pour moi et on se voit très vite ! Tu me parais bien seul. Dangereusement seul… Ne fais pas n’importe quoi pour meubler cette solitude… C’est la pire des solutions.

— Pourquoi me dis-tu ça ?

— Je ne sais pas. Par expérience, peut-être…

Philippe guetta la suite de la confidence ébauchée, mais Stanislas se tut. Il rompit le silence en le quittant :

— Salut, Stan ! Merci d’avoir appelé.

Il raccrocha et demeura rêveur en regardant la neige tomber sur le square. De gros flocons épais, presque gras, qui descendaient du ciel avec lenteur et majesté tels des morceaux de coton pas pressés. Stanislas avait sans doute raison. Le monde qu’il avait connu allait disparaître. Il ne l’aimait plus. Il se demandait seulement à quoi allait ressembler le Nouveau Monde.

Il alla dans le salon, appela Annie.

Elle arriva, droite dans sa longue jupe grise et ses grosses chaussures noires – il neige, monsieur Philippe, ne sortez pas en mocassins ou vous allez glisser –, portant un grand vase de fleurs, des roses pompons blanches qu’elle avait achetées au marché et mélangées à des branches d’olivier au feuillage vert très doux.

— Très belles, ces fleurs, Annie…

— Merci, monsieur. J’ai pensé que ça égayerait le salon…

— Vous n’avez pas vu Alexandre ?

— Non. Et je voulais vous en parler. Il disparaît souvent ces derniers temps. Il rentre de plus en plus tard de l’école, et quand il n’y a pas école, il ne reste plus jamais à la maison.

— Il est peut-être amoureux. C’est l’âge…

Annie toussota et se racla la gorge, embarrassée.

— Vous croyez vraiment ? Et s’il avait de mauvaises fréquentations ?

— Le principal, c’est qu’il soit rentré à sept heures. Mes parents dînent très tôt, même la veille de Noël… et ils ne supportent pas qu’on soit en retard. Mon père déteste les fêtes et les carillons. Je parie qu’à minuit, vous serez au lit !

— Vous êtes très aimable de m’emmener avec vous. Je voulais vous remercier.

— Enfin ! Annie, vous n’alliez pas passer la veille de Noël toute seule dans votre chambre quand les gens réveillonnent !

— Je suis habituée, vous savez… tous les ans, c’est la même chose. Je me choisis un bon livre, une petite bouteille de champagne, une tranche de foie gras, je me fais griller des toasts et je réveillonne en lisant. J’allume une bougie, je mets de la musique, j’aime beaucoup la harpe ! C’est très romantique…

— Et cette année, vous aviez prévu de passer le réveillon avec quel livre ?

— Alexandre Dumas. Le Collier de la reine. C’est beau, mais c’est beau !

— Cela fait longtemps que je n’ai pas lu Alexandre Dumas… je devrais peut-être m’y remettre…

— Si vous voulez, je vous prêterai mon livre quand je l’aurai fini…

— Avec plaisir, merci Annie ! Allez vous préparer, on ne va pas tarder à partir…

Annie posa le vase sur la table basse du salon, recula pour juger de l’effet, sépara deux branches d’olivier qui s’emmêlaient et courut dans sa chambre se changer.

Philippe la regarda s’éloigner, amusé : dans sa précipitation, il y avait la fébrilité d’une jeune fille qui se prépare pour un rendez-vous galant et la franche lourdeur de l’âge qui la ralentissait et la trahissait. Quelle peut bien être la vie secrète d’Annie ? se demanda-t-il en la voyant disparaître dans le couloir. Je ne me suis jamais posé la question…

Sous un grand chêne aux longues branches noires et nues, Alexandre et Becca regardaient la neige tomber. Alexandre tendait la main pour attraper un flocon, Becca riait parce que le flocon fondait si vite dans la paume d’Alexandre que ce dernier n’avait pas le temps de l’étudier.

— Il paraît que si on les regarde avec une loupe, les flocons de neige ressemblent à des étoiles de mer !

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