Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Il disait oui pour ne pas la contrarier, mais il ne comprenait pas tout.
Alors elle se calmait. Elle se tortillait dans son fauteuil pour rattraper un bout de châle, pour remettre en place son poncho et le crochet sous le menton qui avait glissé, elle se débarbouillait le visage avec la main comme pour effacer toute sa colère et elle disait très doucement :
— Tu sais ce qu’il faut dans la vie, luv ?
Alexandre secouait la tête.
— Il faut aimer. De toutes ses forces. Tout donner sans rien attendre en retour. Et alors ça marche. Mais ça paraît si simple que personne n’y croit, à cette recette-là ! Quand tu aimes quelqu’un, tu n’as plus peur de mourir, tu n’as plus jamais peur de rien… Par exemple, depuis que l’on se voit, depuis que je sais que je vais te voir chaque jour à la sortie de l’école, que tu vas t’arrêter ou que tu vas juste passer en me faisant un signe de la main, eh bien… je suis heureuse. Pour moi, rien que de te voir, c’est un bonheur. Ça me donne envie de me lever et de gambader… C’est mon bonheur à moi. Mais si tu offres ce bonheur-là à un gros plein de sous, il est bien embêté, il le regarde comme une grosse merde et il le jette à la poubelle…
— Si j’arrêtais de venir te voir, tu serais malheureuse ?
— Je serais pire que malheureuse, je serais vidée d’envie de vivre et ça, c’est le pire de tout ! C’est le risque avec l’amour. Parce qu’il y a toujours un risque, avec l’argent, avec l’amitié, avec l’amour, avec les courses de chevaux, avec la météo, toujours… Moi, je le prends toujours, le risque, parce que c’est le bout du nez du bonheur !
Aimer quelqu’un…, réfléchissait Alexandre.
Il aimait son père. Il aimait Zoé, mais il ne la voyait plus. Il aimait beaucoup Annabelle.
— Aimer beaucoup, c’est comme aimer ?
— Non aimer, ça se conjugue sans adverbe et sans condition…
Alors il aimait son père et Zoé. Et Becca. C’était un peu court.
Il devait trouver quelqu’un d’autre à aimer.
— Est-ce qu’on peut décider d’aimer ?
— Non, ça ne se décide pas.
— Est-ce qu’on peut s’empêcher d’aimer ?
— Je crois pas… mais, il y a sûrement des gens qui y arrivent en se fermant à double tour…
— Est-ce qu’on peut mourir d’amour ?
— Oh oui ! fit Becca en poussant un soupir.
— Est-ce que ça t’est arrivé ?
— Oh oui…, elle répéta.
— Mais t’es pas morte !
— Non. J’ai failli. Je me suis laissée plonger dans le chagrin, j’ai plus lutté… C’est comme ça que je me suis retrouvée sur ce fauteuil et puis, un jour, je me suis dit : ma vieille Becca, tu peux encore sourire, tu peux encore marcher, tu es en bonne santé, tu as toutes tes facultés. Il y a plein de choses à faire, plein de gens à rencontrer, et la joie est revenue. La joie de vivre. C’était inexplicable. J’ai eu à nouveau envie de vivre et tu sais quoi ? Deux jours après, je t’ai rencontré !
— Et si je disparaissais ? Si j’étais écrasé par un bus ou piqué par une araignée venimeuse ?
— Dis pas de bêtises !
— Je veux savoir si ça peut arriver plusieurs fois le truc de mourir d’amour…
— Je replongerais sûrement, mais je me souviendrais du bonheur que tu m’as donné et je vivrais de ce souvenir-là…
— Tu sais Becca… Je joue plus au jeu de dire adieu depuis que je te connais… j’imagine plus que les gens meurent.
Et c’était vrai.
Elle ne voulait plus qu’il lui donne de l’argent, alors il lui apportait du pain, du lait, des amandes salées, des abricots secs et des figues. Il avait lu quelque part que c’était très nourrissant. Il piquait, dans la penderie où son père avait entreposé les affaires de sa mère, de beaux cachemires, des châles, des boucles d’oreilles, du rouge à lèvres, des gants, un sac à main, et il les offrait à Becca en disant qu’il y avait des vieilles malles dans son grenier dont personne ne voulait et qu’il préférait que ce soit elle qui porte ces vieilles nippes plutôt qu’on les donne à l’Armée du Salut.
Becca était devenue belle, élégante.
Un jour, il l’avait emmenée chez le coiffeur.
Il avait pris de l’argent qui traînait sur le bureau de son père et hop ! chez le coiffeur !
Il l’avait attendue dehors – il gardait le fauteuil roulant pour qu’on ne le vole pas – et quand elle était sortie, tout ondulée, toute légère, les ongles faits, il avait sifflé, il avait fait whaou ! et il avait applaudi. Ensuite, avec l’argent qui restait, ils étaient allés prendre un donut et un café au Starbucks du coin. Ils avaient trinqué tasse contre tasse avec leur caffè con latte. Ils avaient fait un concours de moustaches. Very chic ! Very chic ! il avait dit.
Elle avait tellement ri qu’elle avait avalé un morceau de donut de travers et s’était étouffée. Un monsieur était intervenu. Il l’avait prise dans ses bras, l’avait pliée en deux, avait appuyé très fort avec ses poings et elle avait recraché le morceau. Tout le monde se pressait pour regarder la belle vieille dame mourir étranglée par un beignet.
Sauf qu’elle n’était pas morte.
Elle s’était redressée, avait ajusté ses barrettes et demandé très dignement un verre d’eau.
Et ils étaient sortis bras dessus, bras dessous, et une vieille dame avait dit que Becca, elle avait rudement de la chance d’avoir un petit-fils aussi gentil.
Il la regardait à travers les flocons qui tombaient bien épais. Elle clignait de l’œil. Il n’aimait pas l’idée de laisser Becca toute seule le soir de Noël. Il voulait la convaincre d’aller passer au moins une nuit dans un refuge. Il y aurait sûrement une fête organisée, un sapin de Noël, des crackers et des Maltesers, de l’orangeade et des petits carrés au crochet pour poser son verre.
Elle refusait. Elle préférait rester toute seule dans la remise du grand intendant de la reine. Il aurait laissé la porte entrouverte et aurait mis des bûches dans le poêle.
— Toute seule ?
— Yes, luv…
— Mais c’est trop triste…
— Mais non ! Je regarderai par le carreau et je me rincerai l’œil.
— J’aimerais te ramener chez moi… Mais je ne peux pas. Ce soir, on va dîner chez mes grands-parents et puis, j’ai jamais parlé de toi à mon père…
— Arrête de te torturer, luv… Passe une belle soirée et tu viendras me raconter demain…
Philippe avait vu juste.
Ils arrivèrent chez ses parents à vingt heures trente. M. Dupin portait un blazer bleu marine et un foulard en soie autour du cou. Mme Dupin, un collier de perles à trois rangs et un tailleur rose, c’est normal, chuchota Alexandre à Annie, elle s’habille avec les mêmes couleurs que la reine. Annie arborait une robe noire avec des manches bouffantes en gaze qui lui faisaient comme une paire d’ailes. Elle se tenait très droite et opinait à tout dans la crainte de commettre une gaffe et de se faire remarquer.
Ils passèrent à table, savourèrent un saumon sauvage d’Écosse farci, une dinde rôtie, un Christmas pudding et Alexandre eut droit à un « doigt de champagne ».
Le grand-père parlait par saccades, fronçant des sourcils durs, pointant un menton carré et volontaire. La grand-mère souriait en inclinant un long cou flexible et doux et ses paupières baissées semblaient dire « oui » à tout et en premier à son Seigneur et Maître.
Puis vint l’heure des cadeaux…
On coupa des ficelles, on froissa des papiers, on s’exclama, on s’embrassa, on remercia, on échangea encore quelques banalités, des nouvelles de connaissances communes, on évoqua longuement la crise. M. Dupin père demanda conseil à son fils. Mme Dupin et Annie débarrassèrent la table.