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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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« Les jours se succéderont comme vous les aimez, chacun différent et amenant son petit théâtre de drames et de comédies.

« Vous verrez : ce n'est qu'un hiver à passer. Gardez-vous ! Gardez-vous bien en vie. C'est tout ce que je vous demande.

Telle était leur douleur en cette dernière soirée qu'ils se sentaient sans forces et sans désir. Ce ne fut qu'à l'aube après un sommeil anéanti dans les bras l'un de l'autre qu'ils s'éveillèrent, miséricordieusement délivrés, se souriant comme pour l'éternité, dans cette douce lueur du petit jour, et qu'ils s'étreignirent en apportant à cet ultime moment l'enchantement, la joie et l'oubli, l'attention et la fougue, le délire et la tendresse qu'ils auraient pu rêver pour leur dernière heure d'amour sur cette Terre.

*****

– Soyez sans crainte, je veillerai sur lui, murmurait Ville-d'Avray tout en étreignant les épaules d'Angélique d'un bras amoureusement secourable. Il était partagé, gémissait-il, « j'aurais mieux fait de rester près de vous, mais je vous servirai mieux en partant. Je m'occuperai de M. de Peyrac, je veillerai sur lui, répétait-il. Et ce n'est pas un vain serment. À la Cour, je suis un fin limier, je sais tout de tous et personne ne me dupe ».

Pour lors, il décidait de rester le dernier à terre aux côtés d'Angélique pour l'aider à traverser les premières heures douloureuses de la séparation.

L'Aphrodite prendrait la mer à la prochaine marée, et il affirmait qu'elle ne serait pas longue à rejoindre le gros de la flotte.

Quant à Chérubin, qu'il n'était plus temps d'aller chercher à Chignectou, il en serait quitte pour passer une année sur la baie française, en espérant qu'il n'oublierait pas ses bonnes manières et son alphabet, péniblement assimilés.

Tant et tant de départs avaient vus ces plages ! Il fallait faire bonne figure. Sous les yeux d'un public habituel à ce théâtre, Angélique et Joffrey de Peyrac pouvaient quand même s'embrasser, car on n'était pas à Boston, mais avec la retenue qui seyait à leur rang d'aristocrates français. Joffrey de Peyrac n'oubliait personne dans ses adieux et ses recommandations.

Puis il revenait à Angélique, se disant qu'il n'y avait pas de plus beaux yeux sur Terre que les siens.

Cependant, elle l'étonna, au dernier moment, en l'adjurant d'un ton bas et pressant :

– Promettez-moi !... Promettez-moi...

– Je vous écoute !...

– Promettez-moi que vous n'irez pas à Prague.

– À Prague ?...

– Le temps me manque pour les explications... Votre promesse, c'est tout !

Il promit. Elle était décidément imprévisible.

Prague ? C'est vrai, se souvint-il. C'était une cité où, comme savant, il avait toujours rêvé de se rendre...

Tandis qu'il prenait place dans la chaloupe, il regardait vers Angélique avec une réflexion amusée dans les yeux.

« Ma femme adorable ! Mon imprévisible ! »

Angélique se sentait satisfaite et soulagée de ne pas avoir oublié, à l'instant ultime, de lui arracher cette promesse.

M. de Frontenac, en nommant, l'autre jour, la sorcière de l'île d'Orléans, lui avait rappelé une vague prédiction de Guillemette. Mieux valait prendre toutes précautions contre le sort...

Ce léger incident cassa l'émotion insoutenable qu'éveillaient les premiers battements des rames arrachant la barque et la conduisant jusqu'au navire qui, à quelques encablures, parmi les ordres lancés aux gabiers, commençait à frémir de tous les préparatifs du départ. La gloire du soleil était un très beau vaisseau, que Joffrey de Peyrac avait commandé aux chantiers de Salem, et dont c'était la première traversée.

Longtemps, debout à l'arrière, le comte de Peyrac regarda vers la terre, où s'amenuisait une silhouette tant aimée qu'il voyait seule parmi la foule.

Jamais il n'avait tant déploré que la force de l'homme ne pût soulever toutes les montagnes, qu'il ne puisse vivre l'épreuve à la place de l'être qu'il adore. Son sentiment d'impuissance le contraignit à aller chercher plus haut les moyens de la secourir.

« Je resterai près de toi, toujours, je te le promets, je resterai près de toi sans cesse, mon amour, ma beauté, mon enfant bien-aimée. Et ma force s'ajoutera à la tienne dans le combat. »

Son suivant, Enrico Enzi, crut voir se creuser la face soudain pâlie de ce maître sans faiblesse et pour la première fois depuis qu'il le suivait à travers voyages et dangers, aventures et tragédies, dans les prunelles noires et pleines de défi, un éclat qui ressemblait à celui des larmes.

Angélique repartait sur L'arc-en-ciel, lequel appareillerait en même temps que l'Aphrodite. Elle dut reconnaître que la présence du pétulant marquis lui fut d'un grand recours.

Après l'avoir forcée à partager avec lui un flacon de vin fin, il lui donna une chronique des plus détaillées de la Cour, à Versailles, de celle de Monsieur, à Saint-Cloud, où la nouvelle Madame, une princesse palatine qu'il avait épousée en secondes noces, forte et joviale créature, faisait régner un climat agréable, enfin il lui parla longuement de ses deux fils, Florimond et Cantor.

En mer, vint le moment où les deux navires, après avoir échangé forces signaux des bras, puis des drapeaux, se séparèrent, l'un, cinglant vers l'ouest et s'enfonçant avec la nuit vers la mer des ténèbres, l'autre, obliquant vers le sud, longeant les côtes sauvages de la Nouvelle-Écosse qui envoyait, vers Angélique, désormais seule à bord, ses parfums de landes en fleurs.

*****

À Gouldsboro, elle se jeta dans les bras d'Abigaël et là pleura franchement. Abigaël, après l'avoir patiemment laissée s'expliquer et s'épancher, se tenant assise près d'elle, pleine de douceur et de compassion, lui posa une question :

– Avez-vous, hors ce contretemps, cette séparation de quelques mois d'avec votre époux qui vous est imposée, telle autre raison de vous désespérer ?

– Oui et non, convint Angélique. J'ai compris que c'est le destin des femmes de connaître l'épreuve de la séparation qui leur est certainement plus pénible qu'aux hommes. Qui peut se vanter de traverser toute une vie entre époux qui s'aiment, sans être jamais séparés ? En ces temps troublés plus qu'en nul autre temps... Mais un malaise qui s'y ajoute me fait craindre que ne s'annonce d'autres ennuis.

Elle avoua qu'elle pensait à une parole que Piksarett lui avait dite : « Fais foi à ton intuition ». Et elle avait peur d'avoir une intuition, que cet accablement fût moins le signe d'un chagrin personnel et naturel qui pouvait se surmonter, que l'avertissement de malheurs qui allaient fondre sur elle, sur eux tous en l'absence de Joffrey.

– Je ne sais pas si je m'égare, mais une angoisse par instants me traverse. Pourtant, à la vérité, je ne crains pas pour lui, pas plus que je n'ai craint en voyant s'éloigner mes fils. Je les sentais, comme lui, assez forts.

Parce que c'était Abigaël et qu'elle savait que la sereine jeune femme écoutait avec la même indulgence attentive les balbutiements d'un bébé que les énigmatiques déclarations de Séverine, les clameurs d'une Madame Manigault que les ratiocinations de la tante Anna, Angélique se risqua à lui donner un aperçu sur ses craintes qui n'avaient aucun fondement sérieux, mais qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressasser lorsque la bonne marche de la vie, qu'elle aurait toujours souhaitée harmonieuse et joyeuse, se mettait à gripper et grincer comme une roue de charrette mal huilée.

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