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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Les femmes ont bien de la chance de pouvoir se livrer à de tels débordements, dit-il en baisant ses paupières et ses joues mouillées de larmes. Elles ont bien de la chance qu'on leur accorde le droit aux cris, aux larmes, aux mains jointes, aux cheveux arrachés, au front dans la poussière, manifestations qui ne laissent pas sans apporter soulagement à une douleur excessive. Que me sera-t-il permis à moi, homme, lorsque je vous verrai me quitter, vous qui êtes le refuge de mon cœur, la consolation de mes amertumes, et la permanente promesse des plus amoureuses ivresses qu'un homme puisse connaître ? Que dirai-je, moi, pauvre homme, livré à l'ennui d'une vie qui n'aura d'autres soleils que l'espoir de vous revoir au plus tôt, soumis aux arides exercices des rencontres diplomatiques, dont je n'aurai même pas le réconfort de pouvoir m'entretenir avec vous ensuite ? Moi, devant sacrifier à la comédie d'un monde inepte et vaniteux, sans avoir la satisfaction de secouer sa morgue blasée en présentant à leurs yeux la plus étonnante et éblouissante des créatures de l'univers, n'ayant pour me distraire au soir de longues et rusées manœuvres politiques que la certitude à remâcher que nulle femme ne pouvant me combler et me distraire autre que celle qui me manque, autant rêver à elle dans la solitude, en espérant que de son côté...

Le front blotti contre son épaule, elle consentit à sourire puis à rire. Elle releva la tête.

– Je ne crois pas un mot de vos protestations, et vous ne m'apitoierez pas sur votre sort. Je n'ai que doute à leur sujet, surtout en ce qui concerne la dernière.

Elle posa ses doigts sur ses lèvres, lui refusant de se récrier.

– Pas de promesses... je vous l'ai dit, je ne crois rien et je ne veux rien croire... Je ne veux même pas penser, envisager, imaginer que vous allez vivre loin de moi... Oui, qu'importe ! Tout m'est égal ! Qu'importe QUI vous êtes loin de moi ! Vous ÊTES et loin de moi. Comment pourrais-je supporter cela !

Et elle sanglota de nouveau.

– Je vais mourir !...

Elle roulait sa tête contre sa poitrine, elle l'emprisonnait entre ses bras comme si elle avait voulu prendre jusqu'à satiété, des réserves de sa chaleur, de son odeur, de tout ce qu'elle aimait en lui. Ses bras autour d'elle, cette vibration de la vie qui parcourait son grand corps, et qui passait dans chacun de ses gestes, de ses expressions, et qui lui procurait une volupté de tout instant, à savourer en secret, et dont elle vivait.

Il était si vivant, que les autres, tous les autres à côté, allaient lui paraître non seulement insipides, mais mortels, oui, mortels d'ennui, insupportables.

– Alors, vraiment, dit-il, vous ne voulez pas vous persuader que je serai très malheureux sans vous ?...

– Non. Je n'ai aucune confiance. Je vous connais trop bien ! Vous prenez tant de plaisir au gouvernement des hommes, à dompter les cabales et les éléments, à abattre les obstacles, à construire de rien, à réédifier ce qui a été détruit. Vous êtes un homme. Le roi lui-même, c'est votre enjeu. Vous ne doutez pas de le circonvenir puisque l'occasion et le moment vous en sont donnés. Vous aurez trop à faire et de trop brillants exploits à accomplir pour voir le temps passer !

– Eh ! N'en ferez-vous pas autant, Madame ? lui dit-il en lui prenant le visage entre ses deux mains vigoureuses et chaudes, afin de l'obliger à le regarder dans les yeux. Moi aussi je vous connais trop bien. Et, Dieu merci, l'amour de la vie qui vous habite vous aidera en toutes choses, pendant mon absence, et je sais que je vous retrouverai ayant triomphé de vos ennemis, des miens, et toujours belle, et plus belle encore !

– Soit, je devrai bien me résigner à mon sort d'épouse. Il est plus affligeant que le vôtre, car ce sont les hommes qui s'en vont.

– Les femmes aussi parfois. Vous mésestimez la place que vous avez prise dans ma vie. C'est moi qui vais souffrir en vous imaginant vous éloigner, retournant vers Gouldsboro, pour une vie à laquelle de longs mois je vais être étranger, sans avoir le droit de clamer ma douleur ou pour le moins mon inquiétude et, ne vous en déplaise, la jalousie, qui me poigne à vous savoir à nouveau seule, maîtresse de votre vie, sans compter que la situation que je laisse derrière moi, en Amérique, peut s'aggraver. Il faudra oublier que vous pouvez vous trouver en danger.

Ces paroles où elle sentait vibrer une sincère anxiété, l'aidèrent à se reprendre.

– Je me porte garante de moi-même. Je n'ai pas de crainte pour moi, vous pouvez partir en paix.

– Alors, rendez-moi la pareille. Croyez lorsque je vous dis que pour l'amour de vous, je saurai me préserver et me tirer de tous les mauvais pas. Votre affolement est aujourd'hui sans objet. De quoi s'agit-il si nous réfléchissons avec sang-froid : d'un hiver à passer, loin l'un de l'autre, mais non pas l'un sans l'autre. La mission dont M. de Frontenac veut me charger près de lui est d'une grande importance. Vous le savez comme moi. Cette fois, je crois que notre intervention est nécessaire auprès du roi : tout peut être sauvé comme tout peut être perdu pour un mot qui ne sera pas dit, un rapport qui décidera de guerres inutiles, de bannissements néfastes. Pendant ce combat, vous serez près de moi, comme je serai près de vous...

Ainsi, à force de mettre en place avec prudence sur un échiquier bouleversé, les pions, qui, tous paraissant plus raisonnables et anodins, d'une partie qu'ils ne pouvaient refuser, réussit-il à atténuer son aveugle et première réaction de refus.

Dans ses bras, le tenant contre elle, elle consentait à admettre que – oui – une instance plus haute, et qui mettait leur sort et leur avenir, ceux des enfants, de leurs possessions, de leurs amis, de leurs alliés, en jeu, les obligeait à ce sacrifice. Qu'à l'examen – oui – ce n'était en proportions des avantages qui naîtraient de ce sacrifice, qu'un minimum d'épreuves à traverser. Tout irait bien, ne cessait-il de répéter. Ces mois de séparation passeraient très vite.

En fait, elle le croyait. Elle savait que tout irait bien. Elle le voyait traversant la mer sans incident. S'était-il jamais fait capturer ? Avait-il jamais fait naufrage ? Elle le voyait débarquant dans un port de France où ses « correspondants » se retrouveraient à ses côtés pour refermer autour de lui ce rideau de protections et de complicités qu'il avait tissé pour lui et les siens dans tous les coins du monde. Elle le voyait devant le roi. Et quoi de plus simple et de plus naturel ? Un grand du royaume d'une ancienne famille d'Aquitaine reprenait place parmi ses pairs.

« Il fallait bien que cela arrivât un jour, aurait dit Moline. »

Le roi ! Joffrey de Peyrac ! Deux hommes qui auraient d'autant moins de difficultés à se reconnaître, et à s'entendre, foin des rancunes du passé et des réticences sentimentales, que le prétexte de ce retour et cette réunion impromptue, traiterait de ce qui, à ces hommes, leur tenait à cœur : la grandeur du roi de France, en ses possessions d'Amérique. Louis XIV aimait tout vérifier par lui-même. Et elle faisait confiance à Joffrey. Il était si fort, si habile. Il avait des vues si claires et si complètes, sur tout et tous...

Chapitre 26

Le lendemain, en sortant de l'habitation, elle trouva le marquis de Ville-d'Avray qui l'attendait et qui lui prit le bras d'office. Marchant au long du chemin sablonneux, en y posant le pied et le bout de sa canne avec sa grâce habituelle, il commença par l'entretenir des jardins du roi.

– Je ne vous parle pas des jardins et parcs d'agrément, mais des potagers. Leur splendeur née de la beauté de tous les fruits, légumes et fleurs entremêlés et disposés avec un goût et une science infinis, a de quoi ravir la vue comme si l'on se promenait dans un des tableaux d'un peintre. Quant à l'odorat, le parfum des poires, au pied du mur des cent marches, contre lequel le roi a fait planter cinquante poiriers en espaliers, ce parfum lorsqu'il s'exhale dans la tiédeur d'une fin d'été, a de quoi faire défaillir d'une volupté aussi délicieuse qu'innocente une personne de votre complexion.

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