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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Joffrey renversa l'image.

– Vous partirez avant nous, ma chérie. Ainsi, vous n'aurez pas à souffrir de voir disparaître peu à peu nos voiles à l'horizon.

Mais elle ne voulut pas. Elle était une femme comme les autres. Et les femmes restent sur le rivage.

Il rapprocha son visage du sien, et répéta à plusieurs reprises, les yeux clos : Ma chérie ! Ma chérie !

Le vent les arracherait l'un à l'autre irrésistiblement et ensuite, partagés et le cœur dolent, mal accoutumés à cette rupture, en manque d'une partie d'eux-mêmes, ils partiraient chacun vers une aventure désignée, une tâche en fait qu'eux seuls pouvaient accomplir et qu'ils devraient accomplir seuls, et si pour Joffrey les lignes en étaient bien tracées et qu'il pût déjà en mesurer la charge et en préparer les étapes, il s'étonnait de pressentir que c'était à Angélique qu'était dévolu le plus lourd fardeau, le plus dur combat. Alors il s'ébrouait comme un cheval qui s'éveille et de même qu'il avait aplani, dissipé en la raisonnant son inquiétude démesurée pour lui, il s'évertuait à dissiper la sienne, pour elle sans objet véritable, si ce n'était que, pour lui aussi, l'épreuve de l'absence qui les avait séparés de longues années, avait laissé dans son être des séquelles d'angoisse qui le condamnaient à n'être jamais rassuré sur son sort sauf si c'était lui qui demeurait à ses côtés pour veiller sur elle.

Angélique le vit par instants marcher de long en large avec souci. Ce n'était pas ce qu'il projetait d'exposer au roi qu'il méditait, ce qui aurait été assez dans sa manière car aussitôt investi d'une charge et d'un but à remplir, il en commençait l'approche sans attendre. Il la surprenait en lui révélant qu'il ne cessait de se demander quelle résidence était préférable pour elle en son absence.

Wapassou, n'était-ce pas trop loin, trop éloigné de la côte ? Il lui suggérait de passer l'hiver avec les enfants à Gouldsboro. Tout à coup, il se sentait comme les Anglais. Pour elle, il voulait la mer libre par laquelle on peut s'enfuir, la mer lui apparaissait une complice bienveillante à laquelle confier leurs vies précieuses.

– À l'occasion, si quelque chose arrivait, vous pourriez vous rendre à Salem, ou à New York chez M. Moline...

– Que craignez-vous ?

– Rien, en vérité... Mais à Gouldsboro, vous seriez moins seule, plus entourée.

– J'aime Wapassou. J'y suis très entourée aussi et chez moi. De plus, je crois ma présence nécessaire. C'est un poste avancé et ceux qui le tiennent ont besoin que l'un de nous soit présent parmi eux l'hiver, ne croyez-vous pas ?

De toute évidence, l'un d'eux devait demeurer en terre d'Amérique pour veiller sur la bannière des Français de Gouldsboro et de Wapassou.

Il y avait enfin que la stratégie spontanément mise en place convenait à une évolution mesurée de leurs rapports avec le roi. On commencerait par une affaire d'hommes. La femme, pomme de discorde, paraîtrait plus tard, à son heure et dans un climat apaisé.

Sous la violence de son chagrin, toutes ses défenses s'abolissaient et jamais le comte de Peyrac n'avait perçu avec autant de vérité l'intensité de son amour pour elle. Jamais ils ne furent si proches l'un de l'autre, et cela entremêlerait aux sombres jours précédant le départ, des souvenirs d'adoration, d'abandon et de tendresse jamais égalés parce que jamais osés peut-être, dont elle nourrirait les rêveries de son absence. C'était au moment où il n'y avait plus aucune barrière entre eux qu'il leur fallait se séparer. Du moins, était-ce leur sentiment, que l'injustice cruelle de la séparation les surprenait en plein bonheur, à un sommet merveilleux de leur entente. Car la connaissance mutuelle est comme la perfection du plaisir amoureux. On ne peut prétendre en atteindre les limites.

Ce qu'ils vécurent ouvrait un nouveau chapitre de l'histoire de leur vie commune, alors qu'ils croyaient fermer avec douleur une page lumineuse et sans nuage de leur amour.

« À peine réunis, nous voici séparés », se plaignait Angélique, ce qui était quelque peu injuste car une longue période de plusieurs années leur avait été accordée à vivre l'un près de l'autre, mais elle traduisait son sentiment de n'avoir pu encore savourer assez le miracle de leurs retrouvailles, son regret d'avoir mis trop de temps à guérir de sa méfiance envers lui au début, et de n'avoir pas goûté assez pleinement chaque jour, chaque heure.

Mais si, pourtant ! Chaque heure, chaque jour de ces années qu'ils venaient de vivre au Nouveau Monde avaient tissé la trame de leur amour plus solide, plus chatoyante, plus indestructible.

*****

Le dernier soir les trouva, dans le refuge du fort, debout devant le rouge du ciel, s'embrassant comme des fous, comme des noyés, se répétant que c'était la dernière épreuve qui était exigée d'eux, que chacun allait gagner l'un pour l'autre le droit de rester à jamais l'un près de l'autre, qu'ils ne se quitteraient pas et se soutiendraient par la pensée.

Cette fois, lui disait-il, en caressant ses cheveux, en couvrant de baisers son front pour la calmer, cette fois, si elle le voulait, ils ne seraient pas séparés. Si elle le voulait, elle pourrait l'aider, non seulement en demeurant ici en Amérique, en veillant sur Gouldsboro et Wapassou, mais en restant reliée à lui par son amour dont il voyait enfin toute l'ampleur. C'est ce qu'ils avaient oublié de faire jadis, c'est ce qu'ils ignoraient encore la première fois. Ils ne s'aimaient pas assez.

L'absence avait rompu le fil d'argent de leur passion. Ils s'étaient trouvés devant le vide, hurlant de désir frustré, de déception qu'ils croyaient définitive, mutilés d'une perte qu'ils croyaient irréparable comme des enfants au jouet brisé.

Alors qu'ils auraient pu se soutenir mutuellement. Mais ne l'avaient-ils pas fait ? Le grand amour hurlant n'était-ce pas lui qui finalement les avait ramenés l'un vers l'autre, l'un à l'autre ? « La force de l'Amour, nous y croyons maintenant. » Ne nous laissons plus abuser par des craintes injustifiées, des peurs sans fondements, des méfiances qui ne sont que broutilles.

C'est la nostalgie de la présence, la soif des retrouvailles, l'ennui de cette absence qui prive notre chair d'une partie de nous-mêmes, qui forgera les liens, la force d'attraction entre nous. Cette attirance, elle n'est pas seulement lien qu'on ne peut rompre, elle est notre soutien, la multiplication de nos pouvoirs, de notre résistance dans les luttes qui nous seront demandées.

– Je penserai sans cesse à vous, mon amour, disait-il. Comme jadis. Avec le regret de vos beaux yeux. Mais, non comme jadis, avec crainte et méfiance, prêtant à la femme que j'adorais, parce que je l'avais perdue, indifférence et légèreté, l'oubli propre à toutes les femmes.

« Je connais maintenant celle que vous êtes. Vous êtes vous. Et j'aime tout de vous. Je ne crains rien de vous. Je vous veux vous. C'est tout ce qui m'enchante. J'ai appris, et cela par votre don de chaque jour, que je suis la flamme de votre vie, comme vous êtes la flamme de la mienne. Rien ne peut éteindre ce feu, et c'est ce qui m'importe.

« Soyez forte, mon amour, soyez vous-même, soyez la joie des yeux et du cœur de tous nos peuples et de tous nos royaumes. Vivez, riez, chantez, entraînez autour de vous la joie de vivre, inspirez à tous, à votre seule vue, la joie d'aimer, de rire, de bâtir. Telle je vous vois, telle je vous aime. Telle je vous connais, telle je vous approuve. Pour moi, vous n'avez pas de failles et vous n'avez jamais failli. Vous êtes mon trésor, vous êtes mon univers, vous êtes ma vie. Continuez de vivre, continuez d'être, continuez de rassembler vos amis autour de vous, de soigner, de cueillir vos « simples » pour soulagez, continuez d'écouter le récit des légendes, de parler avec tous, et vous verrez. Le vent soufflera dans nos voiles sans tempête et je serai bientôt de retour. Ce n'est qu'un hiver à passer.

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