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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Inutile de lui montrer que vous avez deviné son jeu. Restez serein. Vous n'en serez que mieux sur vos gardes !...

– Et si je me fais arrêter au port et conduire à la Bastille ?

– Les choses n'en sont pas là ! protesta Ville-d'Avray d'un ton qui laissait supposer qu'elles n'en étaient plus loin encore.

– Mais parlez franc, vous ! s'écria subitement Frontenac en sautant sur Ville-d'Avray et en le secouant par son jabot. Dites ce que vous savez.

Ville-d'Avray assura qu'il ne savait pas grand-chose. Lorsqu'il était parti en mai, et l'on était début août, ce n'était que des échos, et dans les basses sphères des ministères. Il aurait parié que le roi n'était au courant de rien, et continuait à regarder avec bienveillance du côté de ce Frontenac auquel il devait une réconciliation pleine d'espérance avec M. et Mme de Peyrac.

Mais il faut dire que les échos proliférèrent rapidement, que lui, Ville-d'Avray, s'était attardé en Acadie au Moulin de Marcelline-la-Belle. Si revenu sur la côte il s'inquiétait pour Frontenac, c'était que, premièrement, il connaissait les intentions de M. de La Vandrie et avait appris sa venue, deuxièmement, qu'il avait le nez creux, et qu'il ne s'était jamais trompé quand ce nez l'avait averti que les choses allaient mal pour l'un de ses amis.

Frontenac se tourna vers Joffrey de Peyrac comme pour attendre de lui un avis. Le comte l'encouragea à garder son attitude de gouverneur toujours en place, se rendant auprès du roi pour discuter avec lui des affaires de sa charge.

– Le roi apprécie ceux qui font leur travail en conscience et vous en faites partie. Le roi de France ne se laissera jamais priver d'un serviteur qu'il estime de valeur pour seulement complaire à des intrigants.

– Cela est vrai, reconnut Frontenac. Mais il y a ce sonnet, fit-il piteux. Je l'ai moqué et il ne me pardonnera jamais.

Puis la colère le prit en songeant à toutes les fausses accusations et sottises que ses ennemis avaient accumulées contre lui, et qui, si mesquines qu'elles fussent, pouvaient ébranler son crédit auprès d'un monarque peu disposé à l'indulgence envers lui.

– Savez-vous que pour me chercher querelle, on est allé jusqu'à me reprocher d'avoir choisi comme emblème royal et national en Nouvelle-France, le drapeau blanc à fleurs de lys d'or des Bourbons ! Je sais bien qu'il date seulement de Henri IV, et que les Français l'ont admis difficilement parce que le drapeau blanc était celui des Huguenots et rappelle le panache blanc protestant d'Henri de Navarre lorsqu'il guerroyait contre les catholiques et affamait Paris, avant de devenir Henri IV, le premier des Bourbons.

« Je n'ignore pas non plus que les Français affectionnent encore l'Oriflamme ou drapeau rouge de Saint-Denis et même le plus ancien, le bleu de la Chape de Saint-Martin. Pour ma part, je vous avouerai que j'ai une préférence pour le drapeau bleu ciel de la cavalerie auquel notre souverain Louis XIV a ajouté le soleil d'or.

« Mais en arrivant en Canada, j'ai dû me plier à d'autres considérations car je me trouvais devant un dilemme. Pour les Iroquois, le rouge représente la guerre, voire la mort. Tandis que le blanc signifie : paix et l'or : richesse.

« Il se trouvait donc que je drapeau blanc à fleur de lys d'or, rarement usité en France, représentait ici, symboliquement, beaucoup plus. C'est pourquoi je l'ai choisi.

– Et bien fîtes-vous ! Le roi ne peut vous en vouloir d'avoir mis à l'honneur pour le représenter, ainsi que la France, l'enseigne de ses ancêtres généalogiques, les Bourbons !...

– Comment le savoir ? murmura Frontenac d'un air désabusé. Mon geste a pu lui être présenté sous un autre jour... Les gens sont si méchants... et si bêtes.

« Tout est bon pour me perdre. On est allé jusqu'à dire que j'avais encouragé les Iroquois à nous faire la guerre parce que je leur avais prêté un armurier pour réparer leurs armes.

« Je possède pourtant, dit Frontenac, avec une fougue attendrissante, quantité de colliers de wampum d'une valeur inestimable qui m'ont été remis à diverses reprises par les « principaux » des Cinq Nations. Je pourrais en témoigner au roi.

Les assistants échangèrent un regard de commisération, et Ville-d'Avray fit la moue.

– Je doute fort que le roi et M. Colbert comprennent l'importance de ces trophées inconnus.

– Pourtant ils représentent la paix en Amérique du Nord. La paix avec l'Iroquoisie. La route ouverte du Mississipi...

– En tout cas, voici des subtilités qu'il est nécessaire d'expliquer de vive voix à Sa Majesté et à M. Colbert, dit M. d'Avrensson.

– Et par une bouche dont ni l'un ni l'autre ne seraient disposés à prendre en suspicion les propos, dit le marquis. En tout cas, moi, malgré l'affection que je vous porte, je ne m'en charge pas. Je suis brûlé depuis l'affaire des postiches chinoises de Monsieur.

– Mais je me défendrai.

– Il faudrait donc démolir une à une ses attaques.

Ce qui ulcérait Frontenac, c'est qu'on pût l'accuser de se débattre pour la bonne marche de son gouvernement afin de faire fortune. Pour le Canada, il avait entamé sa cassette personnelle.

– Si l'on me cherche noise sur ce point, je ne me gênerai pas pour dénoncer le commerce des Jésuites...

Puis, comprenant que ces ragots indisposeraient le roi, d'autant plus qu'à la Cour les Jésuites n'étaient jamais loin et œuvraient en sous-main activement, il se tut.

– Non ! Non ! s'écria-t-il soudain avec un geste qui faillit balayer son hanap qu'un valet proche retint de justesse. Non, je ne peux entreprendre une si importante mission avec si peu d'atouts si peu d'aides efficaces, diligentes, sincères. Des atouts ? Que dis-je ! En ai-je seulement un ? J'arrive bardé de calomnies comme d'autant de flèches. Le terrain préparé par des factieux qui n'ont de nos travaux et de nos périls en ces territoires sauvages, pas la moindre idée, gardant juste celle de me nuire, et si, de plus, chaque fois que j'ouvrirai la bouche pour plaider la cause du Canada devant le roi, flotte entre lui et moi le souvenir de mes bévues, quelle espérance puis-je avoir de m'en faire écouter ? Quel résultat attendre ?

« Et pourtant, dit-il tristement, je n'ai en vue que le salut et la grandeur de la Nouvelle-France sur laquelle flotte sa bannière à fleurs de lys.

S'appuyant du coude sur la table, il laissa tomber son front dans sa main et resta pensif.

– Il le faut, l'entendit-on répéter à plusieurs reprises, il le faut ! Il n'y a pas d'autres solutions. Sinon ce voyage ne sera qu'un échec, une mascarade.

Il releva la tête, l'air décidé, les yeux brillants de désespoir et l'incertitude avait disparu de ses traits.

– Qu'importe que cela paraisse une manœuvre hardie, une ruse. J'en suis coutumier, et le roi ne déteste pas d'être pris par surprise du moment que c'est pour la réussite de ses ambitions et dans l'intention de le servir. Or, ma conviction est faite. Un seul homme, à mes côtés, parlant pour moi, peut le détourner d'attacher trop d'importance à ma personne et à mes fredaines d'antan, un seul homme peut retenir son attention et faire dériver sa mémoire, peut se faire écouter de lui, parce que seul capable, par une énonciation des faits, clairs et sans passion, d'éveiller l'intérêt de Sa Majesté pour ces questions coloniales qui l'ennuient et même l'exaspèrent, d'autant plus que nul, dans son entourage, ne peut, ou ne veut jamais, lui en débrouiller le mystère, un seul homme, dis-je. Et c'est vous, M. de Peyrac.

Debout, il resta un long moment à fixer un point devant lui, Comme si son regard se perdait dans le miroitement rouge du vin à travers le cristal.

Puis, levant son verre et se tournant vers son hôte :

– Monsieur de Peyrac de Morrens d'Irrustru, frère de mon pays, dit-il, au nom de l'amitié qui nous lie, des services que nous nous sommes mutuellement rendus, au nom des vastes et beaux projets que nous avons formés pour le bienfait et la paix des peuples de ces contrées auxquelles nous sommes attachés, je vous le demande instamment, je vous le demande humblement, je vous en conjure : ACCOMPAGNEZ-MOI !

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