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Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]

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Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
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« Je n’ai aucune intention de les renier, dit Gandalf. En vérité, je les connais tous ainsi que leur histoire ; et malgré tout votre mépris, infâme Bouche de Sauron, vous ne pouvez en dire autant. Mais pourquoi les apporter ici ? »

« Cotte de mailles naine, cape elfique, lame de l’Ouest déchu, et espion du petit pays de rats qu’on nomme Comté – non, faites-moi grâce ! nous le connaissons bien –, voilà tous les signes d’une conspiration. Maintenant, celui qui portait ces objets, peut-être était-ce une créature dont la disparition ne vous chagrinerait pas, mais peut-être que si : un ami cher, hein ? Si tel est le cas, prenez vite conseil avec le peu de jugement qu’il vous reste. Car Sauron n’aime pas les espions, et son sort repose désormais sur votre choix. »

Nul ne répondit ; mais lui, lisant la peur sur leurs visages livides et l’horreur dans leurs yeux, rit derechef, car son persiflage lui semblait faire mouche. « Bien, bien ! dit-il. Il vous était cher, à ce que je vois. Ou serait-ce que vous ne vouliez pas voir sa mission échouer ? Eh bien, c’est un échec. Il devra maintenant endurer le long tourment des années, aussi lent et pénible que le permettent les artifices de la Grande Tour ; et jamais il ne sera relâché, sauf peut-être quand il sera changé et brisé, afin qu’il vienne à vous, que vous puissiez voir ce que vous avez fait. Cela sera sûrement, à moins que vous accédiez aux conditions de mon Seigneur. »

« Nommez-les », dit Gandalf avec fermeté ; mais ceux qui se tenaient auprès de lui virent l’angoisse sur son visage, et on eût dit alors un vieil homme rapetissé, démoli, finalement vaincu. Ils ne doutaient pas qu’il accepterait.

« Ses conditions sont les suivantes, dit le Messager – et il sourit en les dévisageant à tour de rôle. La canaille du Gondor et ses alliés abusés se retireront immédiatement au-delà de l’Anduin, après avoir prêté serment de ne plus jamais assaillir Sauron par les armes, manifestes ou bien secrètes. Toutes les terres à l’est de l’Anduin seront à Sauron pour toujours, et à lui seul. Celles à l’ouest de l’Anduin, jusqu’aux Montagnes de Brume et à la Brèche du Rohan, seront tributaires du Mordor, et leurs habitants ne pourront porter les armes, mais seront libres de gouverner leurs propres affaires. Ils aideront néanmoins à reconstruire Isengard, qu’ils ont lâchement détruit ; cette place appartiendra à Sauron, et son lieutenant y prendra résidence : non pas Saruman, mais quelqu’un de plus digne de confiance. »

Regardant dans les yeux du Messager, ils devinèrent sa pensée. Lui-même serait ce lieutenant, et tous les débris de l’Ouest passeraient sous sa domination ; il serait leur tyran, et eux, ses esclaves.

Mais Gandalf dit : « Voilà qui est beaucoup demander pour la délivrance d’un seul serviteur – que votre Maître reçoive en échange ce qui, autrement, lui aurait coûté plusieurs guerres ! La bataille du Gondor aurait-elle déçu ses espoirs militaires au point de le réduire au marchandage ? Et si vraiment nous donnions un tel prix à ce prisonnier, quelle garantie aurions-nous que Sauron, Vil Maître de la Tricherie, respecterait sa part ? Où se trouve ce prisonnier ? Qu’il soit amené ici et remis entre nos mains ; alors, nous considérerons ces demandes. »

Il parut alors à Gandalf, absorbé, l’étudiant comme un homme d’épée devant un mortel adversaire, que l’espace d’une seconde, le Messager fut réduit à quia ; mais son rire éclata bientôt.

« Garde-toi de répondre à la Bouche de Sauron dans ton insolence ! s’exclama-t-il. Vous sollicitez des garanties ; Sauron n’en donne aucune. Si vous en appelez à sa clémence, il faut d’abord vous plier à ses ordres. Telles sont ses conditions. Elles sont à prendre ou à laisser ! »

« Nous prendrons au moins cela ! » dit soudain Gandalf. Il rejeta sa cape, et une lumière blanche jaillit comme une épée dans cet endroit sombre. Devant sa main levée, l’infâme Messager recula, et Gandalf s’avança pour saisir et lui soutirer les signes : mailles, cape et épée. « Nous prendrons au moins cela en mémoire de notre ami, cria-t-il. Quant à vos conditions, nous les rejetons en totalité. Partez d’ici, car votre ambassade est terminée et la mort vous guette. Nous ne sommes pas venus nous perdre en tractations avec Sauron, perfide et maudit ; encore moins avec l’un de ses esclaves. Allez-vous-en ! »

Alors, le Messager du Mordor ne rit plus. Son visage se tordit de stupéfaction et de colère, comme une bête sauvage qui, en se ramassant sur sa proie, eût reçu au museau un cuisant coup de bâton. La rage le saisit et l’écume lui monta aux lèvres ; de furieux marmottages s’étranglèrent dans sa gorge. Mais il observa les visages redoutables des Capitaines et leur regard mortel, et la peur eut raison de sa colère. Il poussa un grand cri et se retourna, sauta sur sa monture et, avec son escorte, galopa éperdument vers la sécurité de Cirith Gorgor. Mais au même moment, les cors de ses soldats donnèrent le signal depuis longtemps convenu ; et avant même qu’ils fussent à la porte, Sauron fit jouer son piège.

Des tambours roulèrent et des flammes montèrent. Les battants de la Porte Noire furent grand ouverts. Une énorme armée en déferla, aussi vive qu’une rivière à l’ouverture d’une vanne.

Les Capitaines se remirent en selle et battirent en retraite, et de l’armée du Mordor s’éleva une clameur de huées. De la poussière monta dans l’air suffoqué, car non loin de là venait un contingent d’Orientais qui avait attendu le signal dans l’ombre des Ered Lithui derrière la Tour la plus éloignée. Des collines de part et d’autre de la Morannon se déversèrent d’innombrables Orques. Les hommes de l’Ouest étaient pris au piège ; bientôt, tout autour des monticules gris où ils se tenaient, des forces dix fois plus grandes, voire plus de dix fois supérieures les enfermeraient dans une mer d’ennemis. Sauron avait saisi l’appât tendu dans des mâchoires d’acier.

Il restait peu de temps à Aragorn pour ordonner sa bataille. Il occupait l’une des collines avec Gandalf ; et là, belle de désespoir, fut élevée la bannière de l’Arbre Étoilé. Sur l’autre colline, toute proche, flottaient les bannières du Rohan et de Dol Amroth, Cheval Blanc et Cygne d’Argent. Et autour de chaque éminence, on forma un anneau hérissé de lances et d’épées qui faisait face dans toutes les directions. Mais sur le front du Mordor, où s’abattrait la fureur du premier assaut, se tenaient les fils d’Elrond sur la gauche, entourés des Dúnedain, et sur la droite, le prince Imrahil avec les hommes de Dol Amroth, grands et beaux, et d’autres de la Tour de Garde triés sur le volet.

Le vent sifflait, les trompettes chantaient et les flèches piaulaient ; mais le soleil, qui grimpait maintenant au sud, était voilé par les effluves du Mordor. Il luisait au travers d’une brume menaçante, distant, d’un rouge terreux, comme si la fin du jour était venue, ou celle du monde de lumière tout entier. Et de cette sombreur grandissante surgirent les Nazgûl, criant de leurs voix glaciales des paroles de mort, et alors, tout espoir s’éteignit.

Pippin avait ployé sous le coup de l’horreur en entendant Gandalf rejeter les conditions et condamner Frodo au tourment de la Tour ; mais il s’était dominé, et il se tenait à présent au côté de Beregond sur la première ligne du Gondor avec les hommes d’Imrahil, car il lui semblait préférable de trouver une mort rapide et de mettre un terme à la pénible histoire de sa vie, puisque tout était perdu.

« J’aurais voulu que Merry soit là », s’entendit-il dire ; les pensées lui traversaient l’esprit à une vitesse folle tandis qu’il voyait l’ennemi monter à la charge. « Eh bien, maintenant en tout cas, je comprends un peu mieux le pauvre Denethor. Nous aurions pu mourir ensemble, Merry et moi, et puisqu’il faut mourir, pourquoi pas ? Mais comme il n’est pas là, eh bien, j’espère qu’il aura une fin moins pénible. Il ne me reste plus qu’à faire de mon mieux. »

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