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Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]

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Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
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Aragorn posta alors des trompettes dans chacune des quatre voies qui entraient dans l’anneau d’arbres, et elles sonnèrent une brillante fanfare, et les hérauts crièrent haut et fort : « Les Seigneurs du Gondor sont de retour, et tout ce pays qui leur appartient, ils le reprennent aujourd’hui. » La hideuse tête d’orque surmontant la figure sculptée fut jetée bas et réduite en morceaux, et la tête du vieux roi fut soulevée de terre et remise en place, toujours couronnée de fleurs blanches et dorées ; et l’on s’affaira à gratter et à nettoyer tous les odieux gribouillis laissés sur la pierre par les orques.

Or, au moment du débat, certains avaient conseillé d’assaillir Minas Morgul en premier et de la détruire entièrement, s’ils pouvaient s’en emparer. « Et, avait fait valoir Imrahil, la route qui mène de là au col serait peut-être plus favorable à un assaut contre le Seigneur Sombre, au lieu de sa porte nord. »

Toutefois, Gandalf avait signifié sa vive opposition, à cause du mal qui hantait la vallée, où l’esprit des vivants serait livré à la folie et à l’horreur ; mais aussi à cause des nouvelles apportées par Faramir. Car si le Porteur de l’Anneau avait bel et bien choisi cette voie, ils ne devaient surtout pas attirer l’Œil du Mordor de ce côté. Ainsi, quand le gros de l’armée les rejoignit le lendemain, ils postèrent une garde importante à la Croisée des Routes pour servir de défense, si le Mordor décidait d’envoyer une force par le Col de Morgul ou de faire venir des renforts du Sud. À cet effet, ils choisirent surtout des archers qui connaissaient les chemins de l’Ithilien et qui se cacheraient dans les bois et les pentes aux abords du carrefour. Mais Gandalf et Aragorn chevauchèrent avec l’avant-garde jusqu’à l’entrée du Val de Morgul, d’où ils contemplèrent la cité maléfique.

Elle était sombre et sans vie ; car ses habitants, Orques et autres bestioles du Mordor, avaient été détruits dans la bataille, et les Nazgûl étaient au loin. L’air de la vallée n’en était pas moins lourd d’angoisse et d’animosité. Ils détruisirent alors l’horrible pont, firent monter des flammes rouges dans les champs méphitiques et se retirèrent.

Le jour suivant, soit le troisième depuis leur départ de Minas Tirith, l’armée entreprit sa marche vers le nord le long de la route. Il fallait compter une centaine de milles de la Croisée des Routes jusqu’à la Morannon par ce chemin, et nul ne savait ce qui pouvait leur arriver avant d’avoir parcouru cette distance. Ils allaient ouvertement mais avec précaution : des éclaireurs montés les précédaient sur la route, mais d’autres, à pied, les flanquaient de part et d’autre, surtout du côté est ; car il y avait là de sombres fourrés, et un pays de ravins éboulés et de crêtes effondrées derrière lequel grimpaient les longues pentes austères de l’Ephel Dúath. Le temps restait au beau, et le vent ne déviait pas de l’ouest, mais rien ne parvenait à lever les noirceurs et les tristes brumes qui s’accrochaient aux Montagnes de l’Ombre ; et derrière elles, par moments, s’élevaient de vastes fumées qui flottaient sur les vents d’en haut.

De temps à autre, Gandalf faisait sonner les trompettes, et les hérauts criaient : « Voici venus les Seigneurs du Gondor ! Que tous quittent ce pays ou se rendent ! » Mais Imrahil dit : « Ne dites pas les Seigneurs du Gondor. Dites le roi Elessar. Car c’est la vérité, bien qu’il ne soit pas encore monté sur le trône ; et l’Ennemi sera porté à réfléchir davantage, si les hérauts font entendre ce nom. » Trois fois par jour, donc, les hérauts proclamèrent la venue du roi Elessar. Toutefois, le défi resta sans réponse.

Mais bien que leur marche se déroulât dans une apparence de paix, tous les cœurs, du plus élevé au plus humble, étaient abattus, et à chaque mille parcouru vers le nord, un pressentiment de malheur pesait plus lourdement sur eux. Le deuxième jour de marche tirait à sa fin depuis la Croisée des Routes, quand vint une première invitation à la bataille. En effet, une grande force d’Orques et d’Orientais tenta de prendre leurs compagnies de tête dans une embuscade : c’était à l’endroit même où Faramir avait surpris les hommes du Harad, là où la route traversait une profonde entaille dans une avancée des collines de l’est. Mais les Capitaines de l’Ouest ne manquèrent pas d’être avertis par leurs éclaireurs, d’experts traqueurs de Henneth Annûn sous la direction de Mablung ; ainsi, les embusqués furent eux-mêmes pris au piège. Car des hommes montés, après avoir effectué une large boucle vers l’ouest, tombèrent sur le flanc de l’ennemi et sur ses arrières, et tous furent anéantis ou chassés dans les collines à l’est.

Mais cette victoire n’eut pas grand-chose pour remonter les Capitaines. « Ce n’est qu’une feinte, dit Aragorn, et le but était surtout de nous attirer, m’est avis, en nous faisant croire à la faiblesse de notre Ennemi, plutôt que de nous faire grand mal – pour l’instant. » Et dès ce soir-là, les Nazgûl les rejoignirent et suivirent chaque mouvement de l’armée. Pour lors, ils ne volaient qu’en hauteur, hors de la vue de tous sauf de Legolas, mais leur présence était palpable, comme si l’ombre s’épaississait et que le soleil se voilait ; et s’ils s’abstenaient encore de plonger sur leurs adversaires ou d’émettre des cris, la terreur des Spectres de l’Anneau était comme un joug qu’on ne pouvait secouer.

Ainsi passèrent les heures de leur voyage désespéré. Quatre jours s’étaient écoulés depuis la Croisée des Routes, six depuis le départ de Minas Tirith, lorsqu’ils quittèrent enfin les terres vivantes et entrèrent peu à peu dans la désolation semée devant les portes du Col de Cirith Gorgor ; et ils purent discerner les marais et le désert qui s’étendaient au nord et à l’ouest jusqu’aux Emyn Muil. Ces lieux étaient si désolés, et l’horreur qu’ils inspiraient, si profonde, que d’aucuns en perdirent toute contenance et ne purent continuer plus au nord, à pied comme à cheval.

Aragorn les regarda, et ses yeux étaient empreints de pitié mais non de colère ; car c’étaient de jeunes hommes du Rohan, venus du lointain Ouestfolde, ou des cultivateurs du Lossarnach, pour qui le Mordor avait été depuis l’enfance un nom de funeste augure, mais irréel : une légende qui n’avait aucune prise sur leur simple existence ; et ils marchaient à présent dans un rêve affreux devenu réalité, sans pouvoir comprendre cette guerre ni pourquoi le sort les avait conduits à pareille extrémité.

« Partez ! dit Aragorn. Mais n’abandonnez pas toute dignité, et ne courez pas ! Et il est quelque chose que vous pourriez tenter pour vous sauver un peu du déshonneur. Prenez au sud-ouest jusqu’à Cair Andros, et si l’île est encore aux mains d’ennemis, comme je le pense, reprenez-la, si vous le pouvez ; et tenez-la jusqu’au bout pour la défense du Gondor et du Rohan ! »

Alors certains d’entre eux, honteux de la clémence qui leur était montrée, surmontèrent leur crainte et poursuivirent le voyage ; mais les autres se raccrochèrent à ce nouvel espoir, celui d’un acte de bravoure à leur mesure, et ils quittèrent les rangs pour se tourner ailleurs. Ainsi, bon nombre de troupes ayant déjà été laissées à la Croisée des Routes, ce fut avec moins de six mille hommes que les Capitaines de l’Ouest allèrent finalement défier la Porte Noire et la puissance du Mordor.

Ils ralentirent néanmoins l’allure, croyant recevoir à tout moment quelque réponse à leur défi, et ils se regroupèrent, car c’eût été un gaspillage d’hommes que d’envoyer des éclaireurs ou de petits détachements. À la tombée du cinquième jour depuis le Val de Morgul, ils établirent un dernier campement, autour duquel ils allumèrent des feux avec ce qu’ils trouvèrent de bois mort et de bruyère sèche. Ils passèrent la nuit à veiller. Des êtres à demi entrevus marchaient et rôdaient tout autour d’eux, et l’on entendait des hurlements de loups. Le vent était tombé et l’air tout entier semblait immobile. Ils n’y voyaient pas grand-chose, car bien que le ciel fût sans nuages et la lune vieille de quatre jours, des fumées et des vapeurs s’exhalaient du sol, et le croissant blanc était voilé par les brumes du Mordor.

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