Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Il existe d’autres maux, qui viendront peut-être ; car Sauron n’est lui-même qu’un serviteur ou un émissaire. Il ne nous appartient pas, cependant, de régler toutes les fortunes du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années où nous sommes placés, d’extirper le mal dans les champs que nous connaissons, afin que ceux qui vivront après aient une terre saine à cultiver. Quel temps ils auront, beau ou mauvais, il ne nous revient pas d’en décider.
« Or Sauron sait tout cela, et il sait que le précieux objet qu’il a perdu a été retrouvé ; mais il ignore encore où il se trouve, du moins l’espérons-nous. Ainsi, un grand doute l’assaille. Car si nous avons trouvé cette chose, il en est parmi nous qui ont la force d’en faire usage. Cela aussi, il le sait. Car n’ai-je pas raison de croire, Aragorn, que vous vous êtes montré à lui dans la Pierre d’Orthanc ? »
« Oui, juste avant de quitter la Ferté-au-Cor, répondit Aragorn. Je jugeai que le temps était mûr, et que la Pierre était venue à moi précisément dans ce dessein. Dix jours s’étaient écoulés depuis que le Porteur de l’Anneau était passé à l’est du Rauros, et il fallait, pensai-je, attirer l’Œil de Sauron hors de son territoire. Nous ne l’avons défié que trop rarement depuis qu’il a regagné sa Tour. N’empêche, si j’avais su la rapidité avec laquelle il déclencherait sa riposte, peut-être aurais-je hésité à me montrer. Il me laissa à peine le temps de venir à votre secours. »
« Mais comment cela ? demanda Éomer. Tout est vain, dites-vous, s’il a l’Anneau. Pourquoi ne trouverait-il pas vain de nous assaillir, si nous l’avons ? »
« Il n’en est pas encore certain, dit Gandalf, et il n’a pas bâti sa puissance en attendant que ses ennemis soient prêts, comme nous l’avons fait. Et même si nous avions l’Anneau, nous ne pourrions apprendre à maîtriser son plein pouvoir en une journée. D’ailleurs, il ne peut servir qu’un maître à la fois, un seul ; et Sauron s’attendra à une période de dissensions avant que l’un des plus puissants d’entre nous se rende maître des autres et les réduise à la soumission. Durant cette période, l’Anneau pourrait l’aider, si Sauron décidait de nous surprendre.
« Il observe. Il voit et entend bien des choses. Ses Nazgûl rôdent toujours. Ils ont survolé ce champ avant le lever du soleil, bien que peu de gens, fatigués ou endormis, s’en soient avisés. Il étudie les signes : l’Épée qui l’a privé de son trésor à nouveau reforgée, le vent de la fortune tournant en notre faveur et l’échec inattendu de son premier assaut, la chute de son grand Capitaine.
« Le doute grandit en lui, alors même que je vous parle. Son Œil est concentré sur nous, quasi aveugle à toute autre chose qui se meut. C’est ainsi qu’il faut le garder. Tout notre espoir est là. Mon conseil est donc celui-ci. Nous n’avons pas l’Anneau. Acte de sagesse ou immense folie, il a été envoyé pour être détruit, afin qu’il ne nous détruise. Sans lui, nous ne pouvons par la force écraser celle de Sauron. Mais nous devons à tout prix détourner son Œil du véritable danger qui le guette. Nous ne pouvons le vaincre par les armes, mais par les armes nous pouvons donner au Porteur de l’Anneau sa seule chance, si ténue soit-elle.
« Aragorn a montré la voie, et il nous faut continuer. Il faut pousser Sauron à jouer son dernier coup de dés. Il faut débusquer la force qu’il tient cachée, afin qu’il vide son territoire. Il faut marcher incontinent à sa rencontre. Il faut être l’appât, ses mâchoires dussent-elles se refermer sur nous. Il saisira cet appât, avec espoir et convoitise ; car dans cet acte de témérité, il croira voir la hardiesse du nouveau Seigneur de l’Anneau, et il dira : “Tiens donc ! il tend le cou trop tôt et trop loin. Qu’il vienne : alors, j’aurai pour lui un piège dont il ne pourra s’échapper. Là, je le détruirai, et ce qu’il a pris dans son insolence m’appartiendra, de nouveau et pour toujours.”
« Il faut nous jeter dans ce piège, sciemment, avec courage, mais sans guère d’espoir pour nous-mêmes. Car, messeigneurs, il se pourrait bien que nous disparaissions tout entiers dans une noire bataille loin des terres vivantes ; ainsi, même si Barad-dûr était renversée, nous ne serions plus là pour voir un nouvel âge. Mais c’est là, je crois, notre devoir. Et mieux vaut finir ainsi que de mourir de toute manière – ce qui ne manquera pas d’arriver si nous restons ici : mourir en sachant qu’un nouvel âge ne viendra jamais. »
Ils restèrent un moment silencieux. Enfin, Aragorn prit la parole. « J’ai montré la voie et je vais continuer. Nous arrivons au bord du gouffre, où espoir et désespoir ne font qu’un. Hésiter, c’est tomber. Que nul n’écarte à présent les conseils de Gandalf : ses longs labeurs contre Sauron en viennent à leur ultime épreuve. Sans lui, tout serait depuis longtemps perdu. Pour l’heure, cependant, je ne prétends commander à quiconque. Que les autres choisissent comme ils l’entendent. »
Elrohir dit alors : « Nous sommes venus du Nord dans ce dessein ; et d’Elrond notre père, nous apportions ce même conseil. Nous n’allons pas rebrousser chemin. »
« Quant à moi, dit Éomer, je n’ai guère l’intelligence de ces choses profondes ; mais je n’en ai que faire. Une chose m’est évidente, et elle me suffit : c’est que, autant mon ami Aragorn est venu à mon aide et au secours des miens, autant je l’aiderai s’il m’appelle. J’irai. »
« Pour ma part, dit Imrahil, je considère le seigneur Aragorn comme mon suzerain, qu’il y prétende ou non. Son désir est pour moi un ordre. J’irai aussi. Je dois néanmoins, pour un temps, servir d’Intendant au Gondor, et il m’appartient de songer d’abord à son peuple. Il faut encore avoir égard à la prudence. Car nous devons parer à toute éventualité, au meilleur comme au pire. Or, il se peut que nous triomphions, et le Gondor doit être protégé tant que cet espoir est permis. Je ne voudrais pas, revenant de la victoire, trouver une Cité en ruine et une contrée ravagée derrière nous. Et voici que les Rohirrim nous informent qu’une armée non combattue se trouve encore sur notre flanc nord. »
« C’est vrai, dit Gandalf. Je ne vous conseille pas de laisser la Cité dépourvue d’hommes. Du reste, la force que nous mènerons à l’est ne doit pas permettre une attaque en règle contre le Mordor ; pourvu qu’elle suffise à provoquer le combat. Et elle doit partir très bientôt. Aussi demandé-je aux Capitaines : combien d’hommes pouvons-nous rassembler et mettre en mouvement d’ici deux jours au plus tard ? Des hommes hardis et volontaires, conscients du péril auquel ils s’exposent. »
« Tous sont fatigués, un grand nombre souffrent de blessures légères ou graves, dit Éomer, et nous avons perdu beaucoup de chevaux, ce qui est difficile à compenser. S’il faut partir bientôt, je n’espère même pas en réunir deux mille, sachant qu’il faudra en laisser autant pour la défense de la Cité. »
« Il ne faut pas compter seulement avec ceux qui se sont battus ici, dit Aragorn. Une nouvelle force doit nous parvenir des fiefs du Sud, maintenant que les côtes sont délivrées. Il y a deux jours, à Pelargir, j’ai envoyé quatre mille hommes marcher à travers le Lossarnach : Angbor l’intrépide chevauche à leur tête. Si nous partons d’ici deux jours encore, ils seront à nos portes avant le départ. Et d’autres ont été enjoints de me suivre sur le Fleuve dans toute embarcation à leur disposition. Avec un tel vent, ils ne tarderont pas à arriver : plusieurs navires, en fait, sont déjà parvenus au Harlond. J’estime que nous pourrions partir avec sept mille hommes de cheval et de pied, tout en laissant la Cité mieux défendue qu’elle ne l’était au commencement de l’assaut. »