La Reine Margot Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:
– Dame! Sire, demandez à René; on empoisonne bien avec des gants…
Charles fronça le sourcil; puis peu à peu sa figure se dérida.
– Oui, oui, dit-il, comme s’il se parlait à lui-même; c’est dans la nature des êtres créés de fuir la mort. Pourquoi donc l’intelligence ne ferait-elle pas ce que fait l’instinct?
– Eh bien, Sire, demanda Henri, Votre Majesté est-elle contente de ma franchise, et croit-elle que je lui aie tout dit?
– Oui, Henriot, oui, et tu es un brave garçon. Et tu crois alors que ceux qui t’en voulaient ne se sont point lassés, que de nouvelles tentatives auraient été faites.
– Sire, tous les soirs, je m’étonne de me trouver encore vivant.
– C’est parce qu’on sait que je t’aime, vois-tu, Henriot, qu’ils veulent te tuer. Mais, sois tranquille; ils seront punis de leur mauvais vouloir. En attendant, tu es libre.
– Libre de quitter Paris, Sire? demanda Henri.
– Non pas; tu sais bien qu’il m’est impossible de me passer de toi. Eh! mille noms d’un diable, il faut bien que j’aie quelqu’un qui m’aime.
– Alors, Sire, si Votre Majesté me garde près d’elle, qu’elle veuille bien m’accorder une grâce…
– Laquelle?
– C’est de ne point me garder à titre d’ami, mais à titre de prisonnier.
– Comment, de prisonnier?
– Eh! oui. Votre Majesté ne voit-elle pas que c’est son amitié qui me perd?
– Et tu aimes mieux ma haine?
– Une haine apparente, Sire. Cette haine me sauvera: tant qu’on me croira en disgrâce, on aura moins hâte de me voir mort.
– Henriot, dit Charles, je ne sais pas ce que tu désires, je ne sais pas quel est ton but; mais si tes désirs ne s’accomplissent point, si tu manques le but que tu te proposes, je serai bien étonné.
– Je puis donc compter sur la sévérité du roi?
– Oui.
– Alors, je suis plus tranquille… Maintenant qu’ordonne Votre Majesté?
– Rentre chez toi, Henriot. Moi, je suis souffrant, je vais voir mes chiens et me mettre au lit.
– Sire, dit Henri, Votre Majesté aurait dû faire venir un médecin; son indisposition d’aujourd’hui est peut-être plus grave qu’elle ne pense.
– J’ai fait prévenir maître Ambroise Paré, Henriot.
– Alors, je m’éloigne plus tranquille.
– Sur mon âme, dit le roi, je crois que de toute ma famille tu es le seul qui m’aime véritablement.
– Est-ce bien votre opinion, Sire?
– Foi de gentilhomme!
– Eh bien, recommandez-moi à M. de Nancey comme un homme à qui votre colère ne donne pas un mois à vivre: c’est le moyen que je vous aime longtemps.
– Monsieur de Nancey! cria Charles. Le capitaine des gardes entra.
– Je remets le plus grand coupable du royaume entre vos mains, continua le roi, vous m’en répondez sur votre tête.
Et Henri, la mine consternée, sortit derrière M. de Nancey.
XXII Actéon
Charles, resté seul, s’étonna de n’avoir pas vu paraître l’un ou l’autre de ses deux fidèles; ses deux fidèles étaient sa nourrice Madeleine et son lévrier Actéon.
– La nourrice sera allée chanter ses psaumes chez quelque huguenot de sa connaissance, se dit-il, et Actéon me boude encore du coup de fouet que je lui ai donné ce matin.
En effet, Charles prit une bougie et passa chez la bonne femme. La bonne femme n’était pas chez elle. Une porte de l’appartement de Madeleine donnait, on se le rappelle, dans le cabinet des Armes. Il s’approcha de cette porte.
Mais, dans le trajet, une de ces crises qu’il avait déjà éprouvées, et qui semblaient s’abattre sur lui tout à coup, le reprit. Le roi souffrait comme si l’on eût fouillé ses entrailles avec un fer rouge. Une soif inextinguible le dévorait; il vit une tasse de lait sur une table, l’avala d’un trait, et se sentit un peu calmé.
Alors il reprit la bougie qu’il avait posée sur un meuble, et entra dans le cabinet.
À son grand étonnement, Actéon ne vint pas au-devant de lui. L’avait-on enfermé? En ce cas, il sentirait que son maître est revenu de la chasse, et hurlerait.
Charles appela, siffla; rien ne parut.
Il fit quatre pas en avant; et, comme la lumière de la bougie parvenait jusqu’à l’angle du cabinet, il aperçut dans cet angle une masse inerte étendue sur le carreau.
– Holà! Actéon; holà! dit Charles. Et il siffla de nouveau. Le chien ne bougea point. Charles courut à lui et le toucha; le pauvre animal était raide et froid. De sa gueule, contractée par la douleur, quelques gouttes de fiel étaient tombées, mêlées à une bave écumeuse et sanglante. Le chien avait trouvé dans le cabinet une barrette de son maître, et il avait voulu mourir en appuyant sa tête sur cet objet qui lui représentait un ami.
À ce spectacle qui lui fit oublier ses propres douleurs et lui rendit toute son énergie, la colère bouillonna dans les veines de Charles, il voulut crier; mais enchaînés qu’ils sont dans leurs grandeurs, les rois ne sont pas libres de ce premier mouvement que tout homme fait tourner au profit de sa passion ou de sa défense. Charles réfléchit qu’il y avait là quelque trahison, et se tut.
Alors il s’agenouilla devant son chien et examina le cadavre d’un œil expert. L’œil était vitreux, la langue rouge et criblée de pustules. C’était une étrange maladie, et qui fit frissonner Charles.
Le roi remit ses gants, qu’il avait ôtés et passés à sa ceinture, souleva la lèvre livide du chien pour examiner les dents, et aperçut dans les interstices quelques fragments blanchâtres accrochés aux pointes des crocs aigus.
Il détacha ces fragments, et reconnut que c’était du papier.
Près de ce papier l’enflure était plus violente, les gencives étaient tuméfiées, et la peau était rongée comme par du vitriol.
Charles regarda attentivement autour de lui. Sur le tapis gisaient deux ou trois parcelles de papier semblable à celui qu’il avait déjà reconnu dans la bouche du chien. L’une de ces parcelles, plus large que les autres, offrait des traces d’un dessin sur bois.
Les cheveux de Charles se hérissèrent sur sa tête, il reconnut un fragment de cette image représentant un seigneur chassant au vol, et qu’Actéon avait arrachée de son livre de chasse.
– Ah! dit-il en pâlissant, le livre était empoisonné. Puis tout à coup rappelant ses souvenirs:
– Mille démons! s’écria-t-il, j’ai touché chaque page de mon doigt, et à chaque page j’ai porté mon doigt à ma bouche pour le mouiller. Ces évanouissements, ces douleurs, ces vomissements!… Je suis mort!
Charles demeura un instant immobile sous le poids de cette effroyable idée. Puis, se relevant avec un rugissement sourd, il s’élança vers la porte de son cabinet.
– Maître René! cria-t-il, maître René le Florentin! qu’on coure au pont Saint-Michel, et qu’on me l’amène; dans dix minutes il faut qu’il soit ici. Que l’un de vous monte à cheval et prenne un cheval de main pour être plus tôt de retour. Quant à maître Ambroise Paré, s’il vient, vous le ferez attendre.
Un garde partit tout courant pour obéir à l’ordre donné.