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La Reine Margot Tome II

Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:

Sur fond de guerres sanglantes, de Saint Barthélémy ainsi que de la lutte entre Catherine de Médicis et Henri de Navarre, la première épouse de ce dernier, Marguerite de Valois, appelée la reine Margot, entretient des intrigues amoureuses notoires et violentes… Roman historique qui reste avant tout un roman, ce livre nous fait sentir l'atmosphère de cette époque et appréhender l'histoire de notre pays!
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– Ne crains rien.

– Que t’a-t-elle dit? demanda Coconnas.

– Elle m’a dit de ne rien craindre, répondit La Mole.

– Tant pis, murmura le Piémontais, tant pis, cela veut dire qu’il ne fait pas bon ici pour tous. Toutes les fois que ce mot là m’a été adressé en manière d’encouragement, j’ai reçu à l’instant même soit une balle quelque part, soit un coup d’épée dans le corps, soit un pot de fleurs sur la tête. Ne crains rien, soit en hébreu, soit en grec, soit en latin, soit en français, a toujours signifié pour moi: Gare là-dessous!

– En route, messieurs! dit le lieutenant des chevau-légers.

– Eh! sans indiscrétion, monsieur, demanda Coconnas, où nous mène-t on?

– À Vincennes, je crois, dit le lieutenant.

– J’aimerais mieux aller ailleurs, dit Coconnas; mais enfin on ne va pas toujours où l’on veut.

Pendant la route le roi était revenu de son évanouissement et avait repris quelque force. À Nanterre il avait même voulu monter à cheval, mais on l’en avait empêché.

– Faites prévenir maître Ambroise Paré, dit Charles en arrivant au Louvre.

Il descendit de sa litière, monta l’escalier appuyé au bras de Tavannes, et il gagna son appartement, où il défendit que personne le suivît.

Tout le monde remarqua qu’il semblait fort grave; pendant toute la route il avait profondément réfléchi, n’adressant la parole à personne, et ne s’occupant plus ni de la conspiration ni des conspirateurs. Il était évident que ce qui le préoccupait c’était sa maladie.

Maladie si subite, si étrange, si aiguë, et dont quelques symptômes étaient les mêmes que les symptômes qu’on avait remarqués chez son frère François II quelque temps avant sa mort.

Aussi la défense faite à qui que ce fût, excepté maître Paré, d’entrer chez le roi, n’étonna-t-elle personne. La misanthropie, on le savait, était le fond du caractère du prince.

Charles entra dans sa chambre à coucher, s’assit sur une espèce de chaise longue, appuya sa tête sur des coussins, et, réfléchissant que maître Ambroise Paré pourrait n’être pas chez lui et tarder à venir, il voulut utiliser le temps de l’attente.

En conséquence, il frappa dans ses mains; un garde parut.

– Prévenez le roi de Navarre que je veux lui parler, dit Charles. Le garde s’inclina et obéit.

Charles renversa sa tête en arrière, une lourdeur effroyable de cerveau lui laissait à peine la faculté de lier ses idées les unes aux autres, une espèce de nuage sanglant flottait devant ses yeux; sa bouche était aride, et il avait déjà, sans étancher sa soif, vidé toute une carafe d’eau.

Au milieu de cette somnolence, la porte se rouvrit et Henri parut; M. de Nancey le suivait par-derrière, mais il s’arrêta dans l’antichambre.

Le roi de Navarre attendit que la porte fût refermée derrière lui. Alors il s’avança.

– Sire, dit-il, vous m’avez fait demander, me voici.

Le roi tressaillit à cette voix, et fit le mouvement machinal d’étendre la main.

– Sire, dit Henri en laissant ses deux mains pendre à ses côtés, Votre Majesté oublie que je ne suis plus son frère, mais son prisonnier.

– Ah! ah! c’est vrai, dit Charles; merci de me l’avoir rappelé. Il y a plus, il me souvient que vous m’avez promis, lorsque nous serions en tête-à-tête, de me répondre franchement.

– Je suis prêt à tenir cette promesse. Interrogez, Sire.

Le roi versa de l’eau froide dans sa main, et posa sa main sur son front.

– Qu’y a-t-il de vrai dans l’accusation du duc d’Alençon? Voyons, répondez, Henri.

– La moitié seulement: c’était M. d’Alençon qui devait fuir, et moi qui devais l’accompagner.

– Et pourquoi deviez-vous l’accompagner? demanda Charles; êtes-vous donc mécontent de moi, Henri?

– Non, Sire, au contraire; je n’ai qu’à me louer de Votre Majesté; et Dieu qui lit dans les cœurs, voit dans le mien quelle profonde affection je porte à mon frère et à mon roi.

– Il me semble, dit Charles, qu’il n’est point dans la nature de fuir les gens que l’on aime et qui nous aiment!

– Aussi, dit Henri, je ne fuyais pas ceux qui m’aiment, je fuyais ceux qui me détestent. Votre Majesté me permet-elle de lui parler à cœur ouvert?

– Parlez, monsieur.

– Ceux qui me détestent ici, Sire, c’est M. d’Alençon et la reine mère.

– M. d’Alençon, je ne dis pas, reprit Charles, mais la reine mère vous comble d’attentions.

– C’est justement pour cela que je me défie d’elle, Sire. Et bien m’en a pris de m’en défier!

– D’elle?

– D’elle ou de ceux qui l’entourent. Vous savez que le malheur des rois, Sire, n’est pas toujours d’être trop mal, mais trop bien servis.

– Expliquez-vous: c’est un engagement pris de votre part de tout me dire.

– Et Votre Majesté voit que je l’accomplis.

– Continuez.

– Votre Majesté m’aime, m’a-t-elle dit?

– C’est-à-dire que je vous aimais avant votre trahison, Henriot.

– Supposez que vous m’aimez toujours, Sire.

– Soit!

– Si vous m’aimez, vous devez désirer que je vive, n’est-ce pas?

– J’aurais été désespéré qu’il t’arrivât malheur.

– Eh bien, Sire, deux fois Votre Majesté a bien manqué de tomber dans le désespoir.

– Comment cela?

– Oui, car deux fois la Providence seule m’a sauvé la vie. Il est vrai que la seconde fois la Providence avait pris les traits de Votre Majesté.

– Et la première fois, quelle marque avait-elle prise?

– Celle d’un homme qui serait bien étonné de se voir confondu avec elle, de René. Oui, vous, Sire, vous m’avez sauvé du fer.

Charles fronça le sourcil, car il se rappelait la nuit où il avait emmené Henriot rue des Barres.

– Et René? dit-il.

– René m’a sauvé du poison.

– Peste! tu as de la chance. Henriot, dit le roi en essayant un sourire dont une vive douleur fit une contraction nerveuse. Ce n’est pas là son état.

– Deux miracles m’ont donc sauvé, Sire. Un miracle de repentir de la part du Florentin, un miracle de bonté de votre part. Eh bien, je l’avoue à Votre Majesté, j’ai peur que le ciel ne se lasse de faire des miracles, et j’ai voulu fuir en raison de cet axiome: Aide-toi, le ciel t’aidera.

– Pourquoi ne m’as-tu pas dit cela plus tôt, Henri?

– En vous disant ces mêmes paroles hier, j’étais un dénonciateur.

– Et en me les disant aujourd’hui?

– Aujourd’hui, c’est autre chose; je suis accusé et je me défends.

– Es-tu sûr de cette première tentative, Henriot?

– Aussi sûr que de la seconde.

– Et l’on a tenté de t’empoisonner?

– On l’a tenté.

– Avec quoi?

– Avec de l’opiat.

– Et comment empoisonne-t-on avec de l’opiat?

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