La Reine Margot Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:
– Oh! murmura Charles, quand je devrais faire donner la torture à tout le monde, je saurai qui a donné ce livre à Henriot.
Et, la sueur au front, les mains crispées, la poitrine haletante, Charles demeura les yeux fixés sur le cadavre de son chien.
Dix minutes après, le Florentin heurta timidement, et non sans inquiétude, à la porte du roi. Il est de certaines consciences pour lesquelles le ciel n’est jamais pur.
– Entrez! dit Charles.
Le parfumeur parut. Charles marcha à lui l’air impérieux et la lèvre crispée.
– Votre Majesté m’a fait demander, dit René tout tremblant.
– Vous êtes habile chimiste, n’est-ce pas?
– Sire…
– Et vous savez tout ce que savent les plus habiles médecins?
– Votre Majesté exagère.
– Non, ma mère me l’a dit. D’ailleurs, j’ai confiance en vous, et j’ai mieux aimé vous consulter, vous, que tout autre. Tenez, continua-t-il en démasquant le cadavre du chien, regardez, je vous prie, ce que cet animal a entre les dents, et dites-moi de quoi il est mort.
Pendant que René, la bougie à la main, se baissait jusqu’à terre, autant pour dissimuler son émotion que pour obéir au roi, Charles, debout, les yeux fixés sur cet homme, attendait avec une impatience facile à comprendre la parole qui devait être sa sentence de mort ou son gage de salut.
René tira une espèce de scalpel de sa poche, l’ouvrit, et, du bout de la pointe, détacha de la gueule du lévrier les parcelles de papier adhérentes à ses gencives, et regarda longtemps et avec attention le fiel et le sang que distillait chaque plaie.
– Sire, dit-il en tremblant, voilà de bien tristes symptômes.
Charles sentit un frisson glacé courir dans ses veines et pénétrer jusqu’à son cœur.
– Oui, dit-il, ce chien a été empoisonné, n’est-ce pas?
– J’en ai peur, Sire.
– Et avec quel genre de poison?
– Avec un poison minéral, à ce que je suppose.
– Pourriez-vous acquérir la certitude qu’il a été empoisonné?
– Oui, sans doute, en l’ouvrant et en examinant l’estomac.
– Ouvrez-le; je veux ne conserver aucun doute.
– Il faudrait appeler quelqu’un pour m’aider.
– Je vous aiderai, moi, dit Charles.
– Vous, Sire!
– Oui, moi. Et, s’il est empoisonné, quels symptômes trouverons-nous?
– Des rougeurs et des herborisations dans l’estomac.
– Allons, dit Charles, à l’œuvre. René, d’un coup de scalpel, ouvrit la poitrine du lévrier et l’écarta avec force de ses deux mains, tandis que Charles, un genou en terre, éclairait d’une main crispée et tremblante.
– Voyez, Sire, dit René, voyez, voici des traces évidentes. Ces rougeurs sont celles que je vous ai prédites; quant à ces veines sanguinolentes, qui semblent les racines d’une plante, c’est ce que je désignais sous le nom d’herborisations. Je trouve ici tout ce que je cherchais.
– Ainsi le chien est empoisonné?
– Oui, Sire.
– Avec un poison minéral?
– Selon toute probabilité.
– Et qu’éprouverait un homme qui, par mégarde, aurait avalé de ce même poison?
– Une grande douleur de tête, des brûlures intérieures, comme s’il eût avalé des charbons ardents; des douleurs d’entrailles, des vomissements.
– Et aurait-il soif? demanda Charles.
– Une soif inextinguible.
– C’est bien cela, c’est bien cela, murmura le roi.
– Sire, je cherche en vain le but de toutes ces demandes.
– À quoi bon le chercher? Vous n’avez pas besoin de le savoir. Répondez à nos questions, voilà tout.
– Que Votre Majesté m’interroge.
– Quel est le contre-poison à administrer à un homme qui aurait avalé la même substance que mon chien? René réfléchit un instant.
– Il y a plusieurs poisons minéraux, dit-il; je voudrais bien, avant de répondre, savoir duquel il s’agit. Votre Majesté a-t-elle quelque idée de la façon dont son chien a été empoisonné?
– Oui, dit Charles; il a mangé une feuille d’un livre.
– Une feuille d’un livre?
– Oui.
– Et Votre Majesté a-t-elle ce livre?
– Le voilà, dit Charles en prenant le manuscrit de chasse sur le rayon où il l’avait placé et en le montrant à René.
René fit un mouvement de surprise qui n’échappa point au roi.
– Il a mangé une feuille de ce livre? balbutia René.
– Celle-ci. Et Charles montra la feuille déchirée.
– Permettez-vous que j’en déchire une autre, Sire?
– Faites.
René déchira une feuille, l’approcha de la bougie. Le papier prit feu, et une forte odeur alliacée se répandit dans le cabinet.
– Il a été empoisonné avec une mixture d’arsenic, dit-il.
– Vous en êtes sûr?
– Comme si je l’avais préparée moi-même.
– Et le contre-poison?… René secoua la tête.
– Comment, dit Charles d’une voix rauque, vous ne connaissez pas de remède?
– Le meilleur et le plus efficace est des blancs d’œufs battus dans du lait; mais…
– Mais… quoi?
– Mais il faudrait qu’il fût administré aussitôt, sans cela…
– Sans cela?
– Sire, c’est un poison terrible, reprit encore une fois René.
– Il ne tue pas tout de suite cependant, dit Charles.
– Non, mais il tue sûrement, peu importe le temps qu’on mette à mourir, et quelquefois même c’est un calcul. Charles s’appuya sur la table de marbre.
– Maintenant, dit-il, en posant la main sur l’épaule de René, vous connaissez ce livre?
– Moi, Sire! dit René en pâlissant.
– Oui, vous; en l’apercevant vous vous êtes trahi.
– Sire, je vous jure…
– René, dit Charles, écoutez bien ceci: Vous avez empoisonné la reine de Navarre avec des gants; vous avez empoisonné le prince de Porcian avec la fumée d’une lampe; vous avez essayé d’empoisonner M. de Condé avec une pomme de senteur. René, je vous ferai enlever la chair lambeau par lambeau avec une tenaille rougie, si vous ne me dites pas à qui appartient ce livre.
Le Florentin vit qu’il n’y avait pas à plaisanter avec la colère de Charles IX, et résolut de payer d’audace.
– Et si je dis la vérité, Sire, qui me garantira que je ne serai pas puni plus cruellement encore que si je me tais?
– Moi.
– Me donnerez-vous votre parole royale?
– Foi de gentilhomme, vous aurez la vie sauve, dit le roi.
– En ce cas, ce livre m’appartient, dit-il.
– À vous! fit Charles en se reculant et en regardant l’empoisonneur d’un œil égaré.
– Oui, à moi.
– Et comment est-il sorti de vos mains?