La Reine Margot Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:
– Eh! oui, mon frère, reprit Henri, n’avez-vous pas annoncé hier que vous étiez roi de Navarre? Eh bien, les huguenots qui vous ont demandé pour roi viennent vous remercier, vous, d’avoir accepté la couronne, et le roi de l’avoir donnée. N’est-ce pas, messieurs?
– Oui! oui! crièrent vingt voix; vive le duc d’Alençon! vive le roi Charles!
– Je ne suis pas le roi des huguenots, dit François pâlissant de colère. Puis, jetant à la dérobée un regard sur Charles: Et j’espère bien, ajouta-t-il, ne l’être jamais.
– N’importe! dit Charles, vous saurez, Henri, que je trouve tout cela étrange.
– Sire, dit le roi de Navarre avec fermeté, on dirait, Dieu me pardonne, que je subis un interrogatoire?
– Et si je vous disais que je vous interroge, que répondriez-vous?
– Que je suis roi comme vous, Sire, dit fièrement Henri, car ce n’est pas la couronne, mais la naissance qui fait la royauté, et que je répondrais à mon frère et à mon ami, mais jamais à mon juge.
– Je voudrais bien savoir, cependant, murmura Charles, à quoi m’en tenir une fois dans ma vie.
– Qu’on amène M. de Mouy, dit d’Alençon, vous le saurez. M. de Mouy doit être pris.
– M. de Mouy est-il parmi les prisonniers? demanda le roi. Henri eut un mouvement d’inquiétude, et échangea un regard avec Marguerite; mais ce moment fut de courte durée. Aucune voix ne répondit.
– M. de Mouy n’est point parmi les prisonniers, dit M. de Nancey; quelques-uns de nos hommes croient l’avoir vu, mais aucun n’en est sûr.
D’Alençon murmura un blasphème.
– Eh! dit Marguerite en montrant La Mole et Coconnas, qui avaient entendu tout le dialogue, et sur l’intelligence desquels elle croyait pouvoir compter, Sire, voici deux gentilshommes de M. d’Alençon, interrogez-les, ils répondront.
Le duc sentit le coup.
– Je les ai fait arrêter justement pour prouver qu’ils ne sont point à moi, dit le duc.
Le roi regarda les deux amis et tressaillit en revoyant La Mole.
– Oh! oh! encore ce Provençal, dit-il. Coconnas salua gracieusement.
– Que faisiez-vous quand on vous a arrêtés? dit le roi.
– Sire, nous devisions de faits de guerre et d’amour.
– À cheval! armés jusqu’aux dents! prêts à fuir!
– Non pas, Sire, dit Coconnas, et Votre Majesté est mal renseignée. Nous étions couchés sous l’ombre d’un hêtre:
Sub tegmine fagi.
– Ah! vous étiez couchés sous l’ombre d’un hêtre?
– Et nous eussions même pu fuir, si nous avions cru avoir en quelque façon encouru la colère de Votre Majesté. Voyons, messieurs, sur votre parole de soldats, dit Coconnas en se retournant vers les chevau-légers, croyez-vous que si nous l’eussions voulu nous pouvions nous échapper?
– Le fait est, dit le lieutenant, que ces messieurs n’ont pas fait un mouvement pour fuir.
– Parce que leurs chevaux étaient loin, dit le duc d’Alençon.
– J’en demande humblement pardon à Monseigneur, dit Coconnas, mais j’avais le mien entre les jambes, et mon ami le comte Lérac de la Mole tenait le sien par la bride.
– Est-ce vrai, messieurs? dit le roi.
– C’est vrai, Sire, répondit le lieutenant; M. de Coconnas en nous apercevant est même descendu du sien.
Coconnas grimaça un sourire qui signifiait: Vous voyez bien, Sire!
– Mais ces chevaux de main, mais ces mules, mais ces coffres dont elles son chargées? demanda François.
– Eh bien, dit Coconnas, est-ce que nous sommes des valets d’écurie? faites chercher le palefrenier qui les gardait.
– Il n’y est pas, dit le duc furieux.
– Alors, c’est qu’il aura pris peur et se sera sauvé, reprit Coconnas; on ne peut pas demander à un manant d’avoir le calme d’un gentilhomme.
– Toujours le même système, dit d’Alençon en grinçant des dents. Heureusement, Sire, je vous ai prévenu que ces messieurs depuis quelques jours n’étaient plus à mon service.
– Moi! dit Coconnas, j’aurais le malheur de ne plus appartenir à Votre Altesse?…
– Eh! morbleu! monsieur, vous le savez mieux que personne, puisque vous m’avez donné votre démission dans une lettre assez impertinente que j’ai conservée, Dieu merci, et que par bonheur j’ai sur moi.
– Oh! dit Coconnas, j’espérais que Votre Altesse m’avait pardonné une lettre écrite dans un premier mouvement de mauvaise humeur. J’avais appris que Votre Altesse avait voulu, dans un corridor du Louvre, étrangler mon ami La Mole.
– Eh bien, interrompit le roi, que dit-il donc?
– J’avais cru que Votre Altesse était seule, continua ingénument La Mole. Mais depuis que j’ai su que trois autres personnes…
– Silence! dit Charles, nous sommes suffisamment renseignés. Henri, dit il au roi de Navarre, votre parole de ne pas fuir?
– Je la donne à Votre Majesté, Sire.
– Retournez à Paris avec M. de Nancey et prenez les arrêts dans votre chambre. Vous, messieurs, continua-t-il en s’adressant aux deux gentilshommes, rendez vos épées.
La Mole regarda Marguerite. Elle sourit. Aussitôt La Mole remit son épée au capitaine qui était le plus proche de lui. Coconnas en fit autant.
– Et M. de Mouy, l’a-t-on retrouvé? demanda le roi.
– Non, Sire, dit M. de Nancey; ou il n’était pas dans la forêt, ou il s’est sauvé.
– Tant pis, dit le roi. Retournons. J’ai froid, je suis ébloui.
– Sire, c’est la colère sans doute, dit François.
– Oui, peut-être. Mes yeux vacillent. Où sont donc les prisonniers? Je n’y vois plus. Est-ce donc déjà la nuit! oh! miséricorde! je brûle!… À moi! à moi!
Et le malheureux roi lâchant la bride de son cheval, étendant les bras, tomba en arrière, soutenu par les courtisans épouvantés de cette seconde attaque.
François, à l’écart, essuyait la sueur de son front, car lui seul connaissait la cause du mal qui torturait son frère.
De l’autre côté, le roi de Navarre, déjà sous la garde de M. de Nancey, considérait toute cette scène avec un étonnement croissant.
– Eh! eh! murmura-t-il avec cette prodigieuse intuition qui par moments faisait de lui un homme illuminé pour ainsi dire, si j’allais me trouver heureux d’avoir été arrêté dans ma fuite?
Il regarda Margot, dont les grands yeux, dilatés par la surprise, se reportaient de lui au roi et du roi à lui.
Cette fois le roi était sans connaissance. On fit approcher une civière sur laquelle on l’étendit. On le recouvrit d’un manteau, qu’un des cavaliers détacha de ses épaules, et le cortège reprit tranquillement la route de Paris, d’où l’on avait vu partir le matin des conspirateurs allègres et un roi joyeux, et où l’on voyait rentrer un roi moribond entouré de rebelles prisonniers.
Marguerite, qui dans tout cela n’avait perdu ni sa liberté de corps ni sa liberté d’esprit, fit un dernier signe d’intelligence à son mari, puis elle passa si près de La Mole que celui-ci put recueillir ces deux mots grecs qu’elle laissa tomber:
– Mê déidé. C’est-à-dire: