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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– Farceur! fit-elle d’un ton caressant, volage comme la mouche à miel, et le dard! Sans le couteau, tu aurais été un parfait chérubin comme le pieux Énée ou le Dr Lenoir, mais bah! les dames n’en veulent pas, de ces anges-là; ce qu’il faut, c’est le tempérament. Tu en as, et à part la chose d’adorer le sexe, pas une habitude: ni jeu ni boisson… Une goutte de temps en temps pour l’imagination, une pipe… tu vivrais avec douze cents francs d’appointements, marquis, ma pauvre vieille!

Son regard clignotant derrière ses lunettes peignait une complaisance heureuse et un amour de soi sans bornes. C’était avec un plaisir évident et profondément savouré qu’elle poursuivait son examen de conscience.

– Mon bijou, reprit-elle, si on écrit jamais ta biographie, ça intéressera les diverses classes de la société, princesses et couturières. En as-tu joué des rôles pour sauver ce cou qui manque un peu de rondeur, c’est vrai, mais qui tient solidement aux épaules! Tu as été la Maillotte, la reine des échappées de Saint-Lazare; tu as été bedeau, cocher, directeur de commandites, maçon, marbrier, limonadier et membre du bureau de bienfaisance; tu as fait de la banque à la bourse et à la foire, des mariages, des éducations, de la gymnastique… et pas trop de bêtises, non!… Quelques-unes pourtant: le mariage d’Angèle avec le duc, prince de Souzay (pauvre brave homme!), le bras cassé de Clément… je le croyais fils d’Abel Lenoir, figurez-vous, et je voulais jouer à Angèle ce tour d’espièglerie. Il y a des moments où j’ai idée qu’il m’en cuira. Angèle! Chaque fois que je m’occupe de celle-là pour la servir ou pour lui nuire, je suis mordue; mais c’est plus fort que moi, il faut que je m’occupe d’elle toujours: je crois qu’elle est ma destinée!

Tout en parlant, car Adèle Jaffret ne pensait pas seulement toutes ces choses, elle les disait bel et bien, riant aux côtés gaillards de ses souvenirs et maugréant au reste, elle avait quitté la glace pour se rapprocher de la porte du cabinet. Elle l’ouvrit, et, à peine entrée, elle dégrafa sa belle robe de soie un peu froissée par son séjour dans la volière.

– Pas besoin de femmes de chambre, moi! dit-elle.

Et, en effet, elle s’y prenait avec beaucoup d’adresse et de prestesse.

Sa robe tombée, elle apparut en jupon court sous lequel se montraient les deux jambes d’un pantalon d’homme, relevées jusqu’au genou. D’un seul tour de main, elle abattit sa coiffure de respectables cheveux gris ornés d’un bonnet à fleurs.

Nous accolions tout à l’heure l’un à l’autre ces deux adjectifs: grotesque et terrible. Il en faudrait ici deux autres du même genre, mais plus forts. La vue de ce crâne absolument chauve et montueux, surmontant un déshabillé de femme d’où sortaient par en bas deux jambes osseuses, maigres, énergiquement masculines, prêtait à la fois à rire et à trembler.

Adèle les caressa, ces longs jarrets, l’un après l’autre, et se campa en coq.

– Tenue du chevalier de Faublas! dit-elle; don Juan français! Richelieu moderne! qui prend le temps de séduire sa petite Lirette, tout en portant à bout de bras une montagne d’affaires… et directeur, avec ça, d’une entreprise d’intérêt général!

Il ou elle éclata de rire en s’approchant du bureau pour y prendre une pipe courte et noire, encore mieux réussie que celle de M. Noël, autrement dit Piquepuce. La pipe fut bourrée selon l’art, avec le coup de pouce par-dessus, et allumée.

Puis le jupon tomba à son tour, et nous ne pouvons plus parler d’Adèle Jaffret qu’au passé, comme de la chrysalide d’où venait de jaillir l’affreux papillon, Cadet-l’Amour, dans tout l’éclat de sa laideur épique.

Il chaussa ses bottes et revêtit une longue lévite, au côté gauche de laquelle, dans la doublure, était une gaine de cuir où il glissa un couteau tout ouvert. Son crâne dénudé disparut sous un chapeau mou coiffé de travers. Il saisit un gros rotin qu’il fit tournoyer autour de sa tête et revint vers la glace, devant laquelle il se campa le poing sur la hanche, déclamant comme un acteur qui parle en public:

– Cadet-l’Amour, rôle de Fra Diavolo! coqueluche de l’autre sexe, supérieur aux difficultés les plus compliquées, met les camarades dans sa poche et va-t-en ville! Enfoncé le colonel!

Il s’envoya un dernier baiser et sortit d’un pas vainqueur par la porte qui avait donné passage à M. Noël.

V Les intrigues d’Échalot

Eugène Sue fit un jour la plus hardie de toutes les excursions connues à travers les souterrains de Paris. Bien des gens purent croire qu’il avait mesuré, et même exagéré les profondeurs de l’abîme comme ce puissant trouveur, Jules Verne, quand il nous mène, à l’ombre des forêts de champignons, jusqu’au noyau de la terre, ou qu’il voyage, sans parapluie, à trois mille brasses au-dessous du niveau de la mer.

Ceux qui crurent cela se trompaient. Une imagination comme celle d’Eugène Sue lui-même aurait beau se tendre et s’allonger, jamais elle ne saurait atteindre le fond de notre civilisation ou de notre barbarie.

Un seul phénomène paraît démontré, un seul fait certain, et ici, c’est encore la fantaisie de Jules Verne qui a raison. Quand on creuse un puits sous Paris et qu’on y descend, la lanterne à la main, l’horreur espérée est tout aussitôt vaincue par le grotesque: plus de grands chênes aux ombrages menaçants, rien que des champignons pour faire le paysage.

En suivant cet ordre d’idées, par exemple, le voyageur n’est jamais à bout de découvertes et de surprises, surtout dans ces prodigieuses pénombres, où grouillent les gens et les choses de l’art déclassé. Ce n’est pas le peuple, entendons-nous bien, qui végète là-bas, ni même une partie du peuple; c’est un peuple à part composé d’homoncules semblables à celui qui jaillit un soir du fourneau du Dr Faust. Seulement, le Dr Faust n’est pas de chez nous, et les chimistes qui ont créé nos hommes cryptogames font leur cuisine dans les caves théâtrales.

Ils n’ont jamais été, ces créateurs, dans leurs mixtures, beaucoup au-delà du thé de Mme Gibou; leurs fils, qui caricaturent nos héroïsmes et nos bassesses au fond de l’égout, participent d’eux, et forment cette étrange catégorie des charlatans forains, troupeau plus ignorant, plus superstitieux, plus «gobeur» que la cohue même qui le contemple.

Nos faubourgs commencent à se moquer du mélodrame; la foire y croit encore, et au milieu du déniaisement universel, la famille de Bilboquet vit d’illusions mangées aux vers. Elle cherche «le secret», elle attend «le trésor»; pour elle, il semble qu’une lessive de comique effréné, mais plaintif, déteigne sur tout et ne laisse rien de vrai à la surface du globe.

S’il y avait un poète assez audacieux pour montrer au public dans sa réalité invraisemblable ce monde, ce pauvre monde des douleurs cocasses et des hallucinations hébétées, notre siècle aurait son épopée immortelle, au moins en ce qui concerne le ruisseau.

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