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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– C’était moi, dit Georges après un silence: je le nierais que vous ne me croiriez pas.

– Certes, je ne pourrais vous croire… mais les motifs de votre présence en ce lieu?…

Georges avait les yeux baissés; il ne répondit pas. Clotilde attendait. Son sein battait avec violence. Plusieurs fois, pendant que durait le silence, son charmant visage changea de couleur.

Il était bien manifeste que cette grande émotion ne se rapportait point aux tragiques souvenirs qu’elle venait d’évoquer. Il n’y avait qu’une pensée pour faire vibrer ainsi son cœur.

– Tu ne m’aimes pas! tu ne m’aimes pas! dit-elle, et sa voix avait des larmes, tandis que ses yeux secs interrogeaient ardemment le regard de son fiancé.

Georges lui prit la main et la porta a ses lèvres.

– Je te jure que je t’aime! dit-il.

Ils avaient oublié cette pauvre comédie qu’ils jouaient naguère de si bonne foi pour tromper la surveillance des espions invisibles. Clotilde surtout avait tout oublié. Elle s’écria en appuyant la main de Georges contre son cœur:

– Moi, je t’aime tant! Qu’ai-je besoin de ta réponse? Est-ce que je ne sais pas tout? Est-ce que je ne lis pas au-dedans de toi aussi bien et mieux que toi-même? Tu étais là-bas comme tu es ici pour obéir à cette volonté qui sera éternellement entre nous! Tu ne m’appartiens pas! Je ne viens qu’après ta mère!

Elle était si belle et tant d’amour s’exhalait de sa beauté que Georges ferma les yeux et pâlit. Son cœur lui faisait mal.

– Je te jure que je t’aime! répéta-t-il d’une voix que la passion faisait trembler maintenant, la vraie passion. Je n’ai jamais aimé que toi, jamais je n’aimerai que toi!

Elle bondit vers lui, et leurs lèvres se touchèrent, mais ce fut rapide comme l’éclair.

Quand elle retomba sur son siège, un voile de farouche tristesse était au-devant de son regard.

– Tu mens, dit-elle à voix basse, ou du moins tu te trompes, Clément, mon pauvre Clément, car tu es bien trop noble pour abuser volontairement ta petite sœur. Tu es esclave, on se sert de toi sans mesure ni pitié…

– Ne parle pas contre ma mère, murmura Georges d’un accent qui implorait, mais où se montrait déjà une nuance de sévérité.

– Oh! comme je l’adorerais! s’écria Clotilde ardemment, si je ne la sentais contre moi! y aurait-il au monde un amour comparable à celui dont j’entourerais notre mère!

– Mais c’est de la folie, dit Georges, qui détourna les yeux, si ma mère était contre toi, serais-je ici de son contentement?

– Tu es ici, répliqua la jeune fille, parce que Mme la duchesse de Clare te place au-devant de son fils chéri comme un vivant bouclier.

Georges était très pâle, il dit:

– Tais-toi, je t’en prie!

– Tu es ici, continua Clotilde, parce que ici est le danger. Elle a entamé une lutte redoutable, Mme la duchesse, mais elle est là-bas, dans son hôtel avec le duc Albert de Clare, pendant que tu restes nuit et jour, toi, sur le champ de bataille. Elle ne sait pas même comme je le sais, moi, que tu n’as rien à craindre ce soir.

Georges ne put retenir un mouvement de surprise. Clotilde continua:

– Ce matin, tu étais condamné, mais le vent a tourné, ils ont besoin de toi, ils se sont faits, ce soir, les complices de la fuite. Oserais-tu dire que Mme la duchesse de Clare savait cela quand elle t’a laissé partir?…

– Elle voulait me retenir, balbutia Georges: sur mon honneur, c’est la vérité! Elle voulait même venir avec moi…

Aux lèvres de Clotilde il y avait un sourire plein d’amertume.

– Écoute, dit-elle, tout à l’heure, tu m’as juré que tu m’aimais, veux-tu que je sois ta femme?

– Mais, répondit Georges, qui essaya de sourire, n’est-ce pas convenu?

– N’essaye pas d’éluder ma question! fit-elle presque durement. Tu sais bien ce que signifient mes paroles. Je suis seule au monde, toi aussi. Tu es jeune et fort, je suis brave. Loin d’ici, loin de ces luttes ténébreuses où nous n’avons toi ni moi aucun intérêt véritable, nous pouvons vivre heureux, tranquilles et fonder la famille qui ne manque pas plus aux pauvres gens qu’aux grands seigneurs. Tu es un faux prince de Souzay, comme je suis, moi, une fausse héritière de Clare. Ne nie pas, ce serait indigne de toi. Brisons ce double mensonge. Partons cette nuit même. Où tu voudras m’emmener, j’irai. Je m’offre à toi, veux-tu me prendre?

III Fin du tête-à-tête

Clotilde avait pris les deux mains de Georges et le regardait dans les yeux.

– Tu l’as dit tout à l’heure, murmura-t-il, je suis incapable de te tromper. Tu viens d’exprimer le vœu le plus cher de toute ma vie, tu as donné un corps à mon rêve. Vivre avec toi, tout à toi, ce serait le bonheur…

– Eh bien! fit Clotilde, qui frappa du pied.

– Je ne veux pas… Je ne peux pas abandonner ma mère… La jeune fille dégagea ses mains et dit avec dureté:

– Tu n’as pas de mère!

Georges recula comme si on l’eût frappé au visage, et Clotilde s’arrêta, effrayée.

– Je t’ai fâché, dit-elle, déjà repentante.

– Non, répliqua Georges; le tort vient de moi; j’ai manqué de confiance en toi, je ne t’ai pas dit la vérité, la voici: je suis bien réellement le fils de Mme la duchesse de Clare…

– Et Albert, alors?…

– De notre secret, murmura Georges, ne me demande que la portion qui est à moi.

Le regard de la jeune fille exprimait un étonnement profond.

– Et elle t’envoie ici? balbutia-t-elle, toi, son fils?

– Ce n’est pas Mme la duchesse de Clare qui m’a envoyé ici; j’y suis peut-être contre sa volonté.

Il y eut un silence, après lequel Clotilde reprit:

– Clément, je te crois, je te croirai toujours. Je respecte et j’aime désormais du plus profond de mon cœur celle qui est ta mère. J’espérais t’entraîner avec moi vers le bonheur; je n’ai pas pu, je reste avec toi dans le malheur. Ton combat est le mien. Mais il faut que tu saches où tu vas, Clément; il faut que tu saches où tu conduis celle à qui tu viens de dire: «Je t’aime.» Je le sais, moi, je vais te le dire.

Elle se recueillit un instant.

Ils étaient graves tous deux, et si quelqu’un les épiait maintenant du regard sans pouvoir écouter leurs paroles, c’était bien, selon les apparences, le froid entretien de deux fiancés qui se tâtent prudemment avant la lutte définitive du ménage.

– Tu connais, reprit la jeune fille, d’un ton de résignation glacée, les gens chez qui nous sommes. Avant même d’avoir entendu les révélations que je viens de te faire, tu les connaissais peut-être aussi bien que moi.

«Ce sont des malfaiteurs résolus, qui opèrent à l’abri d’un mécanisme dont l’efficacité est pour eux éprouvée, non pas une fois, mais cent fois.

«Ils méprisent les combinaisons subtiles et vont droit leur chemin dans une voie qui ne tourne pas.

«La naïveté des moyens est pour eux le comble de la science.

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