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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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En introduisant pour la neuvième édition une information étymologique ajoutée pour chaque mot, les mots relevant de la francophonie hors de France prennent alors une épaisseur historique qui leur confère une légitimité supplémentaire dans le cadre d’un lexique en partage. Par exemple, pour le verbe québécois enfarger, entraver, on en découvre avec plaisir l’origine : « XIIe siècle. Mot du Centre et de l’Ouest, puis du Canada. Variante de l’ancien français enfergier, charger d’entraves, qui remonte au latin ferrea, chaînes, entraves. » Ainsi introduits, expliqués historiquement et synchroniquement, les mots de la francophonie, nés ou maintenus hors de la France, prennent racine pour toute la communauté francophone.

Le mot « enfarger » plaisait beaucoup à Maurice Druon qui le donnait souvent en exemple d’un enrichissement stimulant de la langue française grâce à la francophonie. Au point que, au moment où une étudiante chargée à mes côtés de l’organisation du Colloque de 1994 butait sur le tapis de l’entresol, Maurice Druon ne manqua pas de lui lancer, avec cette grandiloquence qu’il jouait avec un plaisir gourmand : « Il s’en fallut de peu que vous vous enfargeassiez, mademoiselle ! »

G

G. Septième lettre de l’Alphabet, cinquième des consones. Le G chez les Anciens signifiait 400. Suivant ce vers : G quadringentos demonstrtiva tenebit. Quand cette lettre estoit chargée d’un titre, elle signifoit quarante mille.

Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, 1690.

GÉANT. Audacieux, terre-nez, meschants, ossus, qui ont gros ossements, typheans, foudroiés, impiteux, outrecuidés, monstrueux, grands, lourds […] Les anciens ont cru que les Géants ont esté hommes de fort grande hauteur, aïant les pieds de dragon…

Maurice de La Porte, Épithètes, 1571.

Être la gaufre dans une affaire : « Se trouver entre deux extrémités fâcheuses, entre deux personnes redoutables & opposées. »

Dictionnaire de l’Académie française, Première édition, 1694.

Genre

AUTOMOBILE. Se dit d’appareils qui se meuvent d’eux-mêmes. Voiture qui marche à l’aide d’un moteur à vapeur, à l’électricité, à pétrole, à air comprimé, à gaz, etc. : une voiture automobile. N. m. : un automobile.

Petit Larousse illustré, 1905.
Couvert ou couverte ?

Je venais d’acheter, déniché au fond d’un carton, en brocante, un Petit Larousse illustré. En mauvais état, mais c’était un millésime qui manquait à la collection. Belle prise donc. 1910. Je le feuilletai. Et je tombai sur cette planche émouvante, faisant écho à l’article automobile. Je la connaissais et prenais plaisir une fois de plus à y retrouver des automobiles de course d’un autre âge et le tricycle à pétrole. Ce dernier classé donc dans les « automobiles ». Mais, quel dommage, pensai-je en retrouvant cette planche, que l’un des lecteurs du Petit Larousse en question ait rageusement ajouté au gros crayon bleu une lettre aux différentes légendes. Quelle lettre ? Le e du féminin. Et là je découvrais qu’effectivement, si j’avais dès le millésime 1905, en ma possession, bien repéré l’« automobile électrique », premier véhicule présenté à côté du « canot automobile », je n’avais pas en réalité lu attentivement les légendes imprimées sous chaque gravure : « Automobile couvert (Omnibus) », « Automobile découvert (tonneau) ». « Automobile découvert (voiturette) ». Automobile au masculin.

J’avais oublié que ce mot avait changé de genre. Quand exactement ? Sans doute à partir du moment où la « voiture automobile » prenant la vedette sur tous les autres véhicules « automobiles », le mot automobile fut perçu comme l’abréviation de « voiture automobile », avant d’être abrégé en « auto ». Si le moment précis où le féminin « une automobile » s’est installé dans l’usage est pour ainsi dire impossible à déterminer, faute d’un Big Brother façon 1984, le passage progressif au féminin peut néanmoins être repéré. Quand le Petit Larousse a-t-il en effet enregistré le féminin ? Pour le millésime 1919, premier Petit Larousse à proposer en effet le choix : « un ou une automobile ».

Simultanément et de manière révélatrice, la planche changeait de nature. Plus d’« automobile électrique (coupé) » ou d’« automobile découvert (tonneau) », tonneau qualifiant toute voiture à caisse basse dans laquelle on pénétrait par l’arrière, mais des automobiles plus achevées, le « Double phaéton », le « Taximètre », encore un mot oublié qui, abrégé deviendrait vite un taxi, la « Limousine », le « Landaulet électrique », et la « Voiture de livraison ». Au passage, quel bandeau publicitaire pouvait-on lire sur le flanc de cette camionnette ? Une auto-publicité (sans jeu de mots) : « Librairie Larousse » surmonté de quatre dictionnaires dessinés. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Une squelette dans un armoire

Au moment de la rédaction du Dictionnaire de citations de la langue française, conformément au projet qui incluait des extraits de dictionnaires anciens, pour chaque mot retenu je consultais quelques dictionnaires choisis d’hier. Ce fut l’occasion non programmée de découvrir ou de redécouvrir des changements de genre. Plus que je ne l’imaginais et notamment signalés par Émile Littré.

En réalité, c’est un sujet auquel Littré était très sensible. Le fait même que, prioritairement, c’était en effet l’histoire de la langue française qui le passionnait trouve ici sa pleine illustration. Comme nous l’avons déjà constaté pour cyclone, on le surprend à rappeler systématiquement les changements de genre intervenus au cours des siècles pour tel ou tel mot. Dès la lettre A, comme armoire. « Le genre de ce mot a été longtemps incertain, si bien que Ménage le tenait pour masculin et féminin. Aujourd’hui, l’usage est fixé au féminin. » Comme le mot arme, que d’aucuns, parmi les étymologistes, qui ne sont pas là unanimes, pensent être à l’origine du meuble, où auraient été rangées jadis les armes.

C’est aux adjectifs que l’on perçoit parfois le changement de genre quand les dictionnaires manquent pour en témoigner. Qui dirait « le principal étude de ma vie » ? Montaigne. Dans les Essais : « Et des principaux estudes de ma vie… » En tant que fait d’étudier, étude a effectivement été longtemps masculin, comme le signale Malherbe dans ses Commentaires sur Desportes : « Étude pour un lieu où l’on étudie est féminin ; étude pour le travail d’étudier est masculin ; qui fait au contraire [à l’inverse] n’y entend rien. »

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