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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Le centenaire : 2005

Le millésime 2005, à sa façon, diffère en ce qui concerne la préface, parce qu’elle est surtout là pour célébrer les cent ans d’une formule qui a fait florès. Si l’on y rappelle que l’ambition du Petit Larousse a toujours été « de s’ouvrir au-delà des frontières hexagonales », le passage vibrant sur l’ouverture du français et sur la complicité établie entre les francophones a disparu. Mais, en écho aux intérêts que Philippe Merlet ressent pour les adaptations du Petit Larousse dans les autres pays du monde, la notion de francophonie est intégrée en filigrane dans la conclusion de cette préface symbolique, tout en élargissant le propos aux autres Petit Larousse. « Ce Petit Larousse est également un hommage aux millions de lecteurs francophones qui se reconnaissent dans la langue française, riche de ses diversités à préserver. Il est encore un hommage aux autres Petit Larousse dans le monde (en espagnol, en grec, en italien…) à tous ceux qui, en l’acclimatant, ont fait germer les graines de la connaissance. »

Ainsi, tout se passe comme si, en 2005, il n’était plus guère utile d’évoquer précisément la francophonie dans la préface : le vocabulaire y correspondant fait désormais spontanément partie du Petit Larousse illustré, et sans même qu’il soit besoin de le revendiquer, les mots de la francophonie sont partie prenante du renouvellement régulier de la nomenclature.

Naissance tardive de l’article

Même si le terme francophonie est né en 1871, sous la plume du géographe Onésime Reclus, il faut en réalité attendre 1960 pour qu’il prenne vraiment vie grâce à Léopold Sédar Senghor. Si, dès la première édition, en 1905, existe le francophile, « ami de la France et des Français », le francophobe faisant son entrée discrète avec le millésime 1906, il faut attendre l’édition du centenaire de la fondation de la Librairie Larousse, en 1952, pour que s’installe l’article francophone : « Qui parle le français », avec un court exemple « Les Canadiens francophones ». Cet exemple disparaît en 1960, mais pour le millésime 1971, un article est consacré à la francophonie, assimilée à la « Collectivité constituée par les peuples parlant le français : la Wallonie appartient à la francophonie  ». L’exemple disparaît pour le millésime 1981. Les exemples n’ont pas la vie longue ! C’est qu’ils sont facilement pointés du doigt.

Avec le millésime 1989, la francophonie prend du poids : quatre lignes. « Francophonie. n.f. Communauté de langue des pays francophones ; ensemble des pays francophones — Collectivité que forment les peuples parlant le français. » Définition qui franchirait le cap de la première décennie du XXIe siècle.

La 9e édition du Dictionnaire de l’Académie, multipréfacée

Francophonie n.f. XXe siècle. Dérivé de francophone.

1. Le fait de parler français. Les défenseurs de la francophonie.

2. L’ensemble des populations dont le français est la langue maternelle, officielle ou d’usage ; l’ensemble des individus pour qui le français est langue principale ou seconde. Le caractère mondial de la francophonie.

3. Avec une majuscule. Nom par lequel on désigne couramment, par abréviation, la Conférence des pays ayant le français en partage, et les diverses institutions qui s’y rattachent. Un État membre de la Francophonie.

Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, Tome 2, 2001.

Bel article que celui consacré à la francophonie, fruit des travaux de la Commission des dictionnaires, avec deux maîtres d’œuvre, Maurice Druon et son successeur en tant que Secrétaire perpétuel de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse.

La parution fractionnée et diversifiée de la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française en fascicules, volumes cartonnés, livres de poche, le tout s’échelonnant de la fin du XXe au début du XXIe siècle, a offert aux lecteurs un luxe de textes de présentation. 1986 : une Préface pour le premier fascicule. 1992 : un Avertissement pour la parution du premier volume in-quarto. 2000 : un Avant-propos pour le deuxième volume. Tous textes signés par Maurice Druon.

La préface de 1986 sera retenue dans l’histoire comme étant la première à faire référence à la francophonie. C’est par ailleurs en 1986 que se réunissait le premier Sommet des chefs d’États et de gouvernements ayant « en partage » l’usage du français, et Maurice Druon de me rappeler lors du déjeuner que cette formule « en partage » était sienne. Prêtée en quelque sorte au président de la République. Que lit-on dans cette préface : « Le français a gardé son unité, et non seulement pour la nation où il s’est formé, mais aussi pour toutes celles, anciennes ou récentes, dont il est langage usuel, ou l’un des langages principaux, ou le langage conjonctif, ou le langage de communication avec le reste du monde. La francophonie, réalité neuve, est une communauté de fait, qui peut devenir, un jour, communauté de droit. »

Quant à l’avertissement de 1992, sa conclusion est explicite et mérite d’être citée in extenso.

« Soulignons un dernier point. Préoccupation nouvelle, mais désormais permanente, la Francophonie, au long de nos travaux, est toujours présente à notre esprit. Quand nous examinons, acceptons, définissons, redéfinissons les mots, nous pensons à tous les peuples à travers la Terre qui ont la langue française en partage ; nous pensons à tous les pays qui en font usage pour tout ou partie de leurs communications et de leurs échanges ; nous pensons à ceux qui l’emploient pour rédiger leurs lois. Nous pensons aux hommes et aux femmes, par millions sans cesse croissants, qui lui confient l’expression de leurs cultures, donc un peu de leur âme. Puisse le Dictionnaire de l’Académie constituer une des pierres d’assise de cette vaste communauté fondée sur un même langage, et qui se sert des mêmes mots pour nommer ses espérances. »

C’est beaucoup plus qu’une conclusion : c’est une déclaration d’orientation.

Enfin, un seul paragraphe de l’avant-propos daté de l’an 2000 suffit à rappeler, par l’évocation du nombre d’usagers de la langue française, l’évidence de la vocation francophone du Dictionnaire de l’Académie française : « La confection d’un dictionnaire, surtout quand il doit être de référence pour des centaines de millions d’usagers d’une langue de par le monde, est une marche de longue haleine, où chaque pas rencontre une embûche, une rigole, un caillou. La langue comme la mer, toujours recommencée… »

Dans le corps du dictionnaire

C’est dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie qu’on trouvera des mots tels que l’essencerie : « Au Sénégal, poste d’essence, station de distribution de carburants pour des véhicules automobiles. Les caves d’une essencerie. Se ravitailler à une essencerie. » Ou bien encore, la débarbouillette, « (Canada). Petit carré de tissu éponge qu’on utilise pour faire sa toilette ». Déchouquer, « (Haïti) Arracher, déraciner. Déchouquer un bananier. Fig. Renverser un personnage qui s’était trop longtemps accroché à sa charge. Déchouquer un chef d’État ». Endéans, « En usage en Belgique et au Luxembourg. Dans l’intervalle de ; dans le délai de. Je viendrai vous voir endéans les huit jours. Le recours devrait être déposé endéans la quinzaine ».

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