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Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
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Elle m’a plu, son histoire. Ce Sam Lion avait en effet quelque chose de moi, à ce moment-là. Et quelque chose de Claude aussi. La lassitude du mec qui a tout vécu, tout eu, et ne sait plus quoi désirer.

Le tournage était un régal. D’abord, parce qu’il a fallu se débrouiller dans des séquences sportives, en haute mer, sur le voilier à bord duquel mon personnage se fait la malle. Ensuite, parce que nous avons fait le tour du monde (San Francisco, Zimbabwe, Tahiti…) avec des partenaires, comme Richard, qui étaient la douceur et la gentillesse mêmes. Enfin, parce qu’avec Lelouch il n’y avait pas d’efforts à produire pour imposer quoi que ce soit. Il disait « Action ! », et tout se passait. Souvent le meilleur.

Itinéraire d’un enfant gâté a touché un public large et nombreux. Aujourd’hui encore, il est considéré comme un « bon Lelouch ».

C’est également un rôle d’homme mûr que Lautner m’a offert deux ans après Lelouch. Dans L’Inconnu dans la maison, je campe un avocat alcoolique, ravagé par la mort de sa femme, inventé par Georges Simenon — auquel je n’ai pas eu affaire depuis L’Aîné des Ferchaux. Bernard Stora, Jean Lartéguy et Georges Lautner ont adapté son bouquin. Je retrouve mes copains Mario David et Pierre Vernier dans ce mélo qui me permet d’explorer des zones de jeu différentes et me ramène au tournage d’Un singe en hiver.

Je nous revois, ivres morts, Gabin et moi, nous marrer comme des baleines. Il n’est plus là, lui non plus, mais le Singe est toujours là, lui, si jamais j’ai besoin, un jour, de m’en souvenir. Et je fais la connaissance de jeunes actrices épatantes, Sandrine Kiberlain et Cristiana Reali, que je retrouverai quelques années plus tard au théâtre dans La Puce à l’oreille, en même temps que Béatrice Agenin, avec laquelle j’ai joué quatre pièces.

Dès lors que j’ai eu recommencé à fréquenter les planches, j’ai eu du mal à m’arrêter. Après avoir fêté en fanfare, comme le veut la coutume, mon anniversaire, mes soixante ans, je me suis follement amusé au Théâtre de Paris dans un Feydeau traité par Bernard Murat, Tailleur pour dames, et j’ai pris des initiatives pour le Théâtre des Variétés que j’avais acquis en 1991.

Je caressais depuis longtemps le projet d’avoir un théâtre où je puisse faire ce que je voulais et laisser mes copains monter les spectacles qu’ils souhaitaient. Comme je l’avais fait au cinéma avec Cerito, en produisant en 1985 le film de Robin Davis, Hors-la-loi, avec le talentueux Clovis Cornillac. Pour le théâtre, il me fallait d’abord trouver un lieu adéquat et disponible.

Quand l’occasion s’est présentée, j’ai foncé après avoir vendu Cerito à Canal Plus sur les conseils d’Alain Sarde, coproducteur de Joyeuses Pâques et de L’Inconnu dans la maison. J’ai été aidé dans cette opération financière par mon fidèle Luc Tenard, ancien banquier du Crédit Lyonnais, qui a géré avec talent les comptes de ma société de production, puis du Théâtre des Variétés, sous la houlette de son directeur, mon frère Alain.

J’étais ravi de mon investissement. Le meilleur depuis que j’étais en mesure d’investir. J’avais commencé par mettre mes sous dans le vin, contre l’avis de mon père qui m’incitait, lui, à acheter un Renoir qui était en vente à un prix accessible — ce qui s’était révélé être un placement désastreux. Ma société de production avait été, elle, bien plus intéressante en termes de revenus et de liberté.

Au Théâtre des Variétés, j’ai eu la chance de démarrer avec un énorme succès, Le Dîner de cons, écrit par Francis Veber, mis en scène par Pierre Mondy et interprété par l’inénarrable Jacques Villeret et mon copain Claude Brasseur. La pièce faisait salle comble tous les soirs, ce qui ajoutait à mon enthousiasme de cartonner dans mon Feydeau au Théâtre de Paris.

J’apprécie tant cet auteur que je me glisserai en 1996, chez moi, aux Variétés, dans La Puce à l’oreille, avec Bernard Murat à la manœuvre. Là encore, nous avons reçu l’approbation des spectateurs. Alors que j’avais prévu un taux de remplissage de 90 % pour amortir les coûts de production, j’ai eu la bonne surprise de le voir grimper à 100 % à chaque représentation, pendant un an. Ce qui m’a donné envie de collaborer à nouveau avec Murat — une dernière sur les planches pour moi, en 1996, dans l’œuvre d’Éric-Emmanuel Schmitt, à Marigny, Frédérick ou le Boulevard du Crime.

En attendant, je joue Tailleur pour dames et bénéficie du carton du Dîner de cons. Je suis ravi. J’ai le sentiment que tout me sourit, que le Destin m’arrange. Mais ça ne dure pas. Ma sérénité de sexagénaire comblé s’interrompt violemment. Sur un coup de fil à six heures du matin.

Un dimanche, le 31 octobre 1993. Ma petite chérie, ma fille Patricia, n’a pas eu le temps d’avoir quarante ans. Son appartement de la rue de Rennes a été la proie des flammes. Ma petite fille est morte. Elle qui faisait ma joie, travaillant comme moi dans le cinéma, mais derrière la caméra, mon enfant, je ne la prendrai plus dans mes bras.

Le médecin qui vient me voir ce matin-là m’exhorte à aller au théâtre, comme d’habitude, et à jouer. Il me dit : « Si vous ne jouez pas maintenant, vous ne jouerez plus jamais. »

Je l’ai écouté. Je suis monté sur scène cet après-midi-là, je suis resté jusqu’au bout.

On ne peut pas perdre un enfant. C’est interdit, contre-nature. On meurt avant ses enfants : c’est ce sens que le cours des événements doit suivre. Sinon, on devient fou. Cette peine-là ne se porte pas, elle vous porte. Elle est irrémédiable, absolue. Ce chagrin-là ne se dépasse pas, il demeure. Heureusement, je ne suis pas seul.

Mes enfants Florence et Paul, mon ex-femme, Élodie, mes potes de toujours, Charles Gérard en tête, et ma nouvelle compagne, Natty, essaient de m’épauler dans la souffrance qu’ils partagent. Mes proches en rangs serrés, je peux faire front. Continuer de vivre, imaginer un avenir sans ma fille.

Ma fiancée me témoigne une attention touchante. J’ai rencontré Nathalie Tardivel dans des circonstances autrement plus marrantes que celles qui nous rapprochent maintenant.

C’était à Roland-Garros, où je venais avec mes potes et Maya, un yorkshire dont j’avais hérité dans la séparation d’avec Carlos Sotto Mayor. Je me suis assis à ma place, où ma voisine avait posé son chien, la copie conforme du mien, que je n’ai pas vu et sur lequel j’ai failli m’asseoir. Nous devions avoir davantage en commun que les chiens pour nous être mariés et avoir eu ensemble en 2003 une petite fille, Stella, qui est mon rayon de soleil.

Pour ne pas rester inactif après le décès de Patricia, et parce que j’aime son travail, j’ai rejoint l’énorme équipe que Lelouch avait réunie pour ses Misérables.

J’y étais un Jean Valjean crédible, parce que blessé. J’ai ensuite repris le théâtre, comme un entraînement intense qui m’aiderait à dormir, et le cinéma aussi.

Néanmoins, j’avais ralenti le rythme des tournages. D’abord, parce que je commençais à fatiguer un peu. Légitimement, je suppose, après quatre-vingts films. Et puis parce que, après avoir joué dans Peut-être, une comédie fantaisiste et réjouissante d’un jeune réalisateur doué, Cédric Klapisch, dans un mauvais Broca, Amazone, et figuré dans le film de Bertrand Blier, Les Acteurs, j’ai eu de sérieux problèmes de santé. Victime d’une attaque qui m’a laissé à moitié paralysé, il a fallu que je consacre mon énergie à récupérer une partie de ma motricité, ma faculté de parler, mes réflexes.

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