Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Биографии и мемуары » Mille vies valent mieux qu'une
Mille vies valent mieux qu'une - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
1 ... 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56
Перейти на страницу:

Tout à l’heure, il ne sera pas là, mais Maman, si. Alain et Muriel aussi. Et mes enfants, Patricia, Florence et Paul. Ils seront assis dans les fauteuils du premier rang, souriants, confiants, contents. Ils attendront le lever du rideau, que je me jette du balcon avec la corde. Ils espéreront entendre ma voix et me regarder dans mon costume, magnifier les comédiens, faire le fou. Ils se lèveront à la fin pour m’applaudir le plus fort possible, les larmes aux yeux, fiers. Je les prendrai dans mes bras et je les serrerai. Nous serons heureux ; ça ne durera pas longtemps, mais ce sera bon. Très bon.

Je reviens sur mes pas, vers Paris. Demi-tour. Je ne peux pas les planter. Ni ma famille, ni mes partenaires, dont mes amis de toujours, Pierre Vernier et Michel Beaune. Il me faut faire face. Quand j’atteins le théâtre, il est dix-neuf heures. Ma fidèle habilleuse Paulette m’attend, ainsi que mon vieux camarade coiffeur Charly. Ils m’aident à me préparer. Je respire. Je vais y aller, je n’ai plus le choix maintenant. Plonger. Faire confiance au sort, qui jusqu’à présent m’a servi de bonnes cartes, et à moi. Je suis Kean.

Le fantôme de Pierre Brasseur — peut-être voisin de celui de Mounet-Sully — est là, il m’encourage, me décomplexe à occuper cet habit dans lequel je l’ai tant admiré. Celui de Papa aussi me sourit, heureux que j’aie repris un métier sérieux.

Des cent représentations prévues, nous sommes passés à trois cents. Nous ne pouvions plus nous arrêter, tant Kean était un triomphe.

Lors de la dernière, le 3 janvier 1988, la salle nous a arraché des larmes en chantant Ce n’est qu’un au revoir. En effet, deux ans plus tard, encore une fois guidé par Robert Hossein, j’ai repris le chemin du théâtre avec le rôle auquel je n’avais pas osé toucher : Cyrano, le chef-d’œuvre d’Edmond Rostand.

Tous les acteurs aiment Cyrano. C’est un grand poète, un autre Don Quichotte dont la vie est sublimée par l’échec. Il ne laisse rien derrière lui et rate même sa mort. Je pensais à ce personnage depuis longtemps. Philippe de Broca m’avait suggéré d’en faire un film. Mais je ne concevais pas un film en vers, ni un Cyrano sans vers ; alors j’avais abandonné l’idée.

Au théâtre, en tout cas dans le privé, hors subventions, il était rarement donné, compte tenu des moyens gigantesques qu’il implique : quarante-deux personnages et une multiplicité de décors. Il ne fallait pas moins de vingt techniciens et cinq costumières pour assurer les représentations — une production lourde et chère, que j’assumais avec une certaine inquiétude. J’ai de nouveau convoqué les copains et confié à Charly la délicate tâche de me confectionner un nez digne de Cyrano, assez long et visible du fond de la salle. Il m’a goupillé un nez qui pesait onze grammes et nécessitait, les premiers temps, une heure de pose.

Avec l’habitude, il a réussi à réduire l’opération à vingt-cinq minutes. Mon maître d’armes sur le tournage de Cartouche, Claude Carliez, se trouvait embauché aussi pour régler les scènes d’épée avec moi. Les répétitions ont été l’occasion de taquiner mon pote Michel Beaune, que j’empêchais d’énoncer sa réplique en enchaînant mon texte avant de m’arrêter brutalement et de lui lancer : « Michel, mon petit, ta réplique ! »

En juillet de l’année 1990, après Cyrano où il a eu le courage de tenir son rôle de Le Bret jusqu’au bout, malgré d’affreuses douleurs, il nous a joué le sale coup de nous lâcher, emporté par un cancer. Le quintette que nous formions avec lui, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Pierre Vernier et moi, se retrouve en deuil — la main privée d’un doigt. Son absence se rappelle quotidiennement à nous.

Comme pour Kean, le théâtre Marigny a connu pour Cyrano une remarquable affluence. Notre succès était à la hauteur de notre investissement, même au-delà, et nous procurait un plaisir renouvelable chaque soir. Au théâtre, on peut ne jamais s’arrêter, prolonger, et re-prolonger encore.

Au cinéma, quand un tournage est achevé, que les caméras et les costumes sont rangés, le réalisateur déjà occupé au montage, il ne reste que la nostalgie. À l’inverse, sur les planches, on peut revivre tous les jours la joie, d’une manière différente. Car, évidemment, pas une représentation n’est semblable à la précédente. Le théâtre est perpétuelle régénérescence.

Nous avons emmené Cyrano en tournée dans toute l’Europe, y compris dans des pays non francophones comme l’Italie et l’Autriche, et nous avons achevé notre circuit par le Japon, où nous avons joué la pièce une dernière fois.

Comme si le personnage de Cyrano trouvait une résonance à cette époque-là, Jean-Paul Rappeneau s’en est aussi saisi pour en réaliser un long métrage avec Gérard Depardieu. La coïncidence m’amusait, moi qui avais vu les premiers pas de l’acteur devant la caméra d’Alain Resnais dans Stavisky.

Nous avions même une scène ensemble que nous avions peiné à enregistrer, perdus dans nos répliques et secoués par des fous rires. Nous avions ainsi passé l’après-midi à en venir à bout.

Au crépuscule, j’avais laissé échapper un : « Voilà une journée qui m’a coûté cher », alors que j’avais soigneusement dissimulé mon rôle de producteur pour que personne ne se sente surveillé, et que Resnais puisse faire son job sans entraves.

Je suis toujours touché par les jeunes acteurs, comme j’ai pu l’être par Daniel Auteuil à qui j’ai ouvert ma porte. Je me revois, bien sûr, en eux.

Dans un type comme Jean Dujardin, qui rend hommage au Magnifique dans OSS 117, je vois du talent et des ressemblances avec ce que j’ai pu être au même âge.

En 2001, j’ai rencontré un jeune acteur doué en tournant dans une version télévisée de L’Aîné des Ferchaux, Samy Naceri. Son énergie m’a frappé. Il était très à l’aise et moi, j’appréciais d’être avec lui sur un plateau. Sur le petit écran, j’étais presque aussi novice que lui ! Je n’avais goûté à ce genre qu’une seule fois jusqu’alors : 1959, avec Claude Barma dans Les Trois Mousquetaires.

C’est cette transmission, ce lien d’une génération d’acteurs à une autre, qui a émergé dans une scène jouée avec Richard Anconina, dans le film pour lequel Claude Lelouch m’a engagé entre Kean et Cyrano : Itinéraire d’un enfant gâté.

Le réalisateur est une vieille connaissance, qui a commencé par tourner un documentaire sur moi pour Unifrance, me filmant à 200 kilomètres à l’heure dans mon Aston Martin avant de me faire tourner en compagnie d’Annie Girardot dans son Histoire d’aimer, devenue Un homme qui me plaît, en 1969, après mon expérience avec Truffaut dans La Sirène du Mississipi.

Nous avons voyagé pour les besoins du film aux États-Unis, où les syndicats du cinéma nous emmerdaient, nous obligeant à recruter autant de techniciens locaux que français dans notre équipe, me privant en conséquence de mon chauffeur.

Sur le plateau, au contraire de la rigidité américaine, Lelouch avançait, comme Godard, sans scénario, à tâtons, dans l’improvisation, dans le noir — qui ressemblait à la lumière. Il arrivait avec un pitch et, après, il suffisait de lui faire confiance.

Pour Itinéraire d’un enfant gâté, il s’est contenté d’un : « J’ai un personnage qui va t’aller comme un gant. C’est l’histoire d’un mec qui en a ras le bol et quitte tout. »

1 ... 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)