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Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
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Quelques années plus tard, un autre miséricordieux au grand cœur m’a gratifié comme elle d’un coûteux pardon. Encore plus coûteux. Car il s’agissait alors de deux lustres en verre de Murano que j’ai brisés en tout petits morceaux ! Je me trouvais alors à l’Élysée-Matignon, un club où je faisais souvent la fête dans les années 1980.

J’ai eu envie de faire l’imbécile pour amuser les potes ; alors, comme dans les films de cape et d’épée, j’ai attrapé un premier lustre, auquel je me suis suspendu et balancé jusqu’à ce que je le sente céder et me récupère sur le deuxième, lequel a lâché à son tour. En chutant, ils n’ont fort heureusement blessé personne, mais ont explosé en mille morceaux.

Quand j’ai tenté de réparer les dégâts que j’avais causés en sortant mon chéquier, Armel Issartel, le maître de la boîte, m’a expliqué que je ne lui devais rien puisque je m’étais bien marré. C’était son but, que je passe chez lui de bonnes soirées, et son plaisir.

La générosité ne s’oublie pas, parce qu’elle est inattendue. Serge Gainsbourg, que j’avais rencontré pendant les années bénies de Saint-Germain-des-Prés, était de ces hommes du beau geste, capables de faire des folies pour les autres, mais raisonnables pour eux. Comme il habitait rue de Verneuil, à deux pas de chez moi, nous étions souvent fourrés ensemble. Nous avions l’habitude de déjeuner en tête-à-tête dans un restaurant qui a disparu depuis, le Vert-Galant. Mais c’est chez Cartier qu’il m’a bouleversé. J’y cherchais un cadeau pour ma mère. Nous regardions les bijoux tout en discutant jusqu’à ce que j’en choisisse un. Alors Serge s’est éclipsé. Au moment où j’ai voulu régler, j’ai appris que c’était déjà fait.

Comme il s’agissait d’une somme importante et que nous avions bu quelques godets avant de faire des emplettes chez le bijoutier de la place Vendôme, j’ai craint que mon ami ne se soit un peu emballé. Je l’ai appelé le lendemain matin pour m’assurer que je n’avais pas profité malgré moi de son ébriété.

Il s’est fâché que j’aie pu l’imaginer. Il était le matin comme la veille, il ne variait pas en fonction de l’heure ou du jour, il était le même artiste génial et le même type adorable.

Un 24 décembre, je l’ai croisé par hasard rue de Verneuil. Il n’avait rien prévu pour Noël, alors je l’ai invité à la maison avec toute la famille. C’est l’un des meilleurs réveillons que nous ayons passés.

En rentrant du Mexique, dans l’avion, nous ne pouvions plus nous arrêter de fêter mon anniversaire, qui a finalement duré deux jours. Nous étions pourvus de bouteilles de tequila, fraîchement acquises, dont nous avons fait profiter le reste de l’avion. Mais, comme il n’y avait pas d’autres passagers que nous, grosse équipe de tournage, ce sont les hôtesses, le copilote et le pilote qui ont terminé le vol soûls comme des Polonais. Je ne sais comment nous avons pu atterrir sains et saufs à Paris. Mais nous l’avons fait. Ils l’ont fait.

Je ne regrettais pas d’avoir quarante ans.

18.

Des deux côtés et au milieu

Lui et moi, c’est le jour et la nuit. Mais, depuis nos premiers pas, nous menons des carrières en parallèle au cinéma : nous sommes révélés la même année, 1960, lui avec Plein soleil, moi avec À bout de souffle ; nous avons tous deux fait un tour par l’Italie ; nous partageons des réalisateurs comme Jean-Pierre Melville ; nous jouons souvent des personnages de gangster et/ou d’homme solitaire ; nous avons tous deux acquis une notoriété suffisante pour être en position de choisir, d’être libres ; nous sommes tous deux producteurs.

Alain Delon et moi, malgré nos différences substantielles, avons beaucoup en commun. Jusqu’alors, nous n’avions pas eu d’occasion sérieuse d’un tête-à-tête à l’écran. En 1957, nous avions tous deux participé au Sois belle et tais-toi d’Allégret, mais nous n’étions alors que des seconds rôles, des jeunes premiers. Puis nous nous étions revus en 1965, dans Paris brûle-t-il ? Mais jamais de confrontation majeure.

En 1969, Alain y a remédié. Il rêvait pour nous d’un duo aussi mythique et vivant que celui formé par Paul Newman et Robert Redford dans Butch Cassidy et le Kid, filmé par Jacques Deray, avec lequel il en parlait. Il se documentait sur les gangsters en potassant des bouquins sur le Milieu comme celui d’Eugène Saccomano, Bandits à Marseille. C’est ainsi qu’il est tombé sur l’histoire de Carbone et Spirito, caïds majeurs des années 1930, figures de la French Connection qui avait mis les États-Unis sous perfusion d’héroïne.

Emballé, il m’en a touché un mot, convaincu qu’il venait de rencontrer nos personnages. D’abord réticent, j’ai changé d’avis à la lecture qu’il m’a faite du scénario, écrit par Jean-Claude Carrière, à partir d’un script de Jean Cau et Claude Sautet.

Les rôles avaient été conçus pour nous et l’histoire de ces deux loulous, ennemis puis amis, qui se hissent à la tête de la pègre marseillaise, me semblait accrocheuse et intéressante à raconter.

Nous avons rejoint Marseille pour le tournage où, très vite, les ennuis ont commencé. Des figurants ou des techniciens qui avaient été recrutés se désistaient du jour au lendemain, sans raison.

Manifestement, la famille Carbone avait conservé des restes de pouvoir dans la cité phocéenne et ne cautionnait pas l’idée que Delon mette le nez dans la légende de leur héros et fasse un film dans le titre duquel leur nom figurait. Car le film s’appelait d’abord « Carbone et Spirito ». Pour pacifier la situation et faciliter le tournage, après une entrevue avec l’un des rejetons du clan, Alain l’a rebaptisé Borsalino et a modifié nos noms dans le film.

Avec moi aussi, il était capable de discuter et de s’arranger. Comme nous n’avions définitivement pas la même manière d’aborder le plateau, lui en se concentrant, moi en me déconcentrant, nous avons opté pour une séparation temporaire avant l’action. J’allais faire le con plus loin avec les copains, qui logeaient avec moi dans un hôtel marseillais, et lui pouvait rester sur place à réfléchir à son jeu en silence. Ça fonctionnait comme ça. Il savait que j’étais un trublion et que, en dehors du travail, il m’arrivait de faire n’importe quoi. Comme d’oser, avec Mario David, faire plonger un flic dans l’eau froide du port de Marseille, tout habillé, en képi et armé, en échange de cent balles !

Les limites, Delon les connaissait aussi, lui qui frayait depuis son enfance pauvre et vagabonde avec toutes sortes de gens plus ou moins recommandables. Il s’intéressait aux truands, aux vrais, aux méchants de la mafia. Au point de lui prêter des amitiés avec ces infréquentables.

Pendant le tournage de Borsalino, parfois, débarquaient des types à la mine patibulaire et aux chaussures de parrain. Ils venaient jeter un œil sur un film qui les concernait de près ou de loin. Les Guérini rôdaient aussi dans les parages. Pour les besoins du film, Alain était obligé de faire avec.

Des années après Borsalino, un jour, il m’a proposé de passer boire des coupes de champagne au casino de Nice, alors que je résidais, comme d’habitude, au Negresco. Parmi les invités, un mafieux s’est pris de passion pour moi. Il voulait absolument m’emmener dans sa voiture au stade Louis-II, à Monaco, voir un combat de boxe où tout le monde se rendait.

J’avais beau décliner son invitation, il insistait lourdement. Mais, comme je déteste que l’on me force à faire quoi que ce soit, j’ai continué de refuser. Il s’est découragé en faisant la grimace, il a tourné les talons et il est parti tout seul. Sauf qu’il n’est jamais arrivé, puisqu’on l’a tué en chemin, au volant de sa voiture, sur la Promenade des Anglais.

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