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Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
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Le 8 mars 1971, à cinq heures du matin, nous étions devant la télé, fatigués mais excités, concentrés sur le combat du siècle : Mohamed Ali, le danseur agile, contre Joe Frazier, le technicien affuté — le contre-pouvoir contre le pouvoir, l’objecteur de conscience contre le militariste. Les quinze rounds sont féroces, dominés d’abord par le premier, ensuite par le second. Finalement, Frazier fait subir sa première défaite à Ali.

Quand Verneuil m’a soumis son personnage de bon flic chargé de dissiper la peur sur la ville, j’ai accepté pour me faire pardonner celui du Casse ! En plus, j’étais prêt au changement, comme toujours. Après avoir investi le costume de voleur, j’allais tester celui de gendarme. Sauf qu’il n’était pas question pour moi qu’il soit rigide, amidonné. Je me voyais plutôt adopter un style décontracté, à l’américaine, à l’image d’un Serpico ou d’un inspecteur Harry.

Comme ça, à ma manière, j’étais d’accord pour prendre ma carte de policier. J’étais assez mûr, à quarante et un ans, pour me sentir légitime du côté de l’ordre. D’autant que, en termes de panache, je ne perdais pas franchement au change. Le commissaire Letellier n’est pas un simple flic, mais une espèce de génie de la traque et un voltigeur émérite et téméraire.

Verneuil ne lésine pas sur les moyens : son poulet est capable de descendre suspendu à un hélicoptère et d’atterrir dans l’appartement d’une tour parisienne, en même temps qu’interviennent les types cagoulés — et authentiques — du GIGN, ou de se balader sur le toit d’un métro en marche. Toutes choses que je me suis régalé à faire, avec d’inévitables petits dérapages tels qu’une chute dans une verrière, ou un bras déchiré, parce qu’à l’entrée d’un tunnel j’ai eu le mauvais réflexe de vouloir me protéger avec les bras alors qu’une barre de fer se trouvait là.

J’avoue d’ailleurs avoir eu peur dans les séquences où le métro entrait dans les tunnels à toute blinde, m’obligeant à m’aplatir dans le noir à deux centimètres du plafond électrifié, mais aussi à Bir-Hakeim, au moment où je dois passer du toit d’un métro à celui d’un autre arrivant en sens inverse. Les séquences aériennes sont toujours plus impressionnantes.

L’intelligence des dispositifs de Verneuil, sa rigueur et son attention empêchaient les accidents. Le résultat était à la hauteur des folies consenties : l’ampleur de ses scènes.

Ce qui était appréciable avec lui, c’est que nous tournions le même film. Un bon film comme ce Peur sur la ville qui a séduit quatre millions de spectateurs !

Deux ans plus tard, Verneuil m’a confié le rôle de François Leclercq, spécialiste de blagues dans un superbe film, Le Corps de mon ennemi, avec mes vieux complices Bernard Blier, Michel Beaune et Charlot. L’histoire très sombre de cet homme sortant de prison, où une conspiration l’avait jeté alors qu’il avait pris le pouvoir, et revenant se venger dans sa ville, m’a enchanté.

Mon personnage est, avant sa chute, le patron de l’équipe de foot locale, ce qui nous a valu de tourner dans un stade et de naviguer un peu dans l’une de mes passions. Largement partagée avec mon pote Charles Gérard, entretenue par les Polymusclés, une équipe de foot amateur qui se produisait avec professionnalisme partout où on l’invitait, comme à Monaco, chaque année, pour le bal de la Croix-Rouge.

Après Peur sur la ville, le constat était qu’on m’aimait autant en flic qu’en voyou. Georges Lautner le résumait quatre ans plus tard dans Flic ou voyou. C’est Michel Audiard, avec qui j’aurai en tout collaboré sur quinze films, qui tenait à faire les présentations. Il s’étonnait que nous n’ayons jamais travaillé ensemble, alors que nous avions respectivement une inclination reconnue pour la comédie et le genre policier. Lautner avait sous le coude un roman de Michel Grisolia, L’Inspecteur de la mer, qui procédait du même mécanisme que l’intrigue de Razzia sur la chnouf, d’Henri Decoin, avec Gabin : un gentil qui infiltre les méchants en se faisant passer pour l’un d’entre eux.

Cette fois, à l’inverse du Casse, j’étais faussement un truand pour mieux être un bon flic. Mon personnage choisissait de passer la frontière du monde des flics à celui des voyous, mais sans hésiter sur sa nature, sans ambiguïté. En plus de mon personnage qui m’allait bien, et de l’agréable facilité avec laquelle Lautner faisait ses films, j’avais le bonheur de tourner dans le Sud, aux Studios de la Victorine, avec plein de vieux camarades : Marie Laforêt, Michel Galabru, Michel Beaune, Charles Gérard, Georges Geret, Jean-François Balmer.

Vu le succès qu’il remportait à sa sortie, Flic ou voyou, nous a disposés, Audiard, Lautner et moi, à prolonger notre trio et à faire dans la foulée, avec la même bande, Le Guignolo. Nous nous sommes un peu hâtés, je crois, et avons commis quelques erreurs.

Notamment de nous être contentés d’un scénario très imparfait et d’avoir osé une affiche de mauvais goût : un homme, en l’occurrence moi, qui se balance sous un hélicoptère en caleçon à pois rouges.

En fait, nous avions surtout favorisé la rigolade et pris le film comme prétexte à une déconnade géante pendant trois mois à Venise. Nous nous permettions toutes les fantaisies, ce qui nous égarait dans un grand n’importe quoi. Le Guignolo a malgré tout eu du succès : il a amusé trois millions de spectateurs. C’était ma première fois en tant que distributeur, et j’étais satisfait.

Le public, lui, se moquait bien de mes rôles divers derrière l’écran. Il m’avait adopté en tant que voyou puis flic et me croyait désormais doté de pouvoirs surnaturels. Comme je réalisais l’impossible à l’image dans des cascades aberrantes, que j’obtenais toujours gain de cause à la fin du film dans ma quête, ou mourais, on a fini par me percevoir comme un héros, voire un demi-dieu. Dans la réalité aussi, sans plus faire la distinction entre mes personnages et moi. Alors qu’avec Laura Antonelli, nous profitions du luxe d’un voyage de trois heures à New York en Concorde, j’ai eu l’occasion d’expérimenter cette confusion.

Nous sommes tranquillement et confortablement assis quand l’avion se met à brinquebaler. Les passagers sont surpris, certains ont peur. Le pilote prend la parole pour expliquer que l’un des quatre moteurs de l’engin supersonique a cassé. Il nous encourage au calme, certifiant que trois suffisent amplement pour assurer le vol, lequel sera seulement un peu plus long puisque nous venons de passer en subsonique.

Malgré cette annonce rassurante, mon voisin de droite ne semble pas se détendre du tout. Il enchaîne les verres d’alcool, frénétiquement. Trente minutes après le premier incident technique, un second se produit. Cette fois, nous décrochons violemment et une odeur de brûlé envahit la cabine. Le pilote se manifeste à nouveau, d’une voix moins sereine que tout à l’heure, afin de nous informer qu’un deuxième moteur a cramé, qui nous obligera peut-être à nous poser quelque part avant New York. Cette fois, mon voisin est au bord de vomir, blême, les yeux écarquillés. Soudain, il se tourne vers moi, m’agrippe le bras et me hurle : « Monsieur Belmondo, faites quelque chose ! »

Je n’ai rien pu faire et nous sommes quand même arrivés sains et saufs à New York. Mais sept heures plus tard !

Lautner m’a encore sollicité pour son film Joyeuses Pâques, nostalgique de Flic ou voyou, puisque tourné aussi à Nice, avec Marie Laforêt dans le rôle de ma femme. Mais dans un genre bien différent, vaudevillesque. Nous formons avec cette dernière et ma jeune maîtresse, interprétée par Sophie Marceau, que je fais passer pour ma fille, un triangle amoureux qui sert de point de départ à une série de péripéties impliquant des cascades. En hors-bord, avec lequel je passe sur une île à travers une cabane à bateaux, et aussi en voiture, avec laquelle je vole à travers une large vitre.

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