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Le Compagnon Du Tour De France

Электронная книга - «Le Compagnon Du Tour De France». Краткое содержание книги:

Pierre Huguenin et son p?re sont compagnons. Le Comte de Villepreux les a engag?s pour qu'ils restaurent les boiseries de sa chapelle. Le Comte vit avec deux jeunes femmes: sa fille Yseult, tr?s cultiv?e et ?prise d'id?al, et la Marquise Jos?phine des Fresnays, qui est passionn?e et romantique. Pierre Huguenin quitte le manoir pour aller chercher des ouvriers capables de remplacer son p?re qui a eu un accident le rendant inapte au travail. Il ram?ne son ami nantais, le Corinthien qui abandonne son amie La Savinienne au profit de Jos?phine. Le Comte de Villepreux refuse de voir des roturiers, m?me cultiv?s, entrer dans sa famille. Il exp?die le Corinthien en Italie. Pierre et Yseult doivent, eux aussi, renoncer ? leur amour, bien qu'il soit pur et calme.
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De son côté, la femme du peuple fut frappée de la figure calme et bienveillante de la jeune châtelaine. À son vêtement simple et presque austère elle la prit pour une femme de service, et lui adressa la parole.

– Ma bonne demoiselle, lui dit-elle en arrêtant son âne devant la grille du parc, voulez-vous bien me dire si je suis encore loin du village de Villepreux?

– Vous y êtes, ma bonne dame, répondit Yseult. Vous n’avez qu’à suivre le chemin qui longe le mur de ce parc, et en moins de dix minutes vous arriverez aux premières maisons du bourg.

– Grand merci, à vous et au bon Dieu! reprit la voyageuse; car mes pauvres enfants sont bien fatigués.

En même temps Yseult vit sortir de l’autre panier de l’âne une autre tête d’enfant non moins belle que la première.

– En ce cas, dit-elle, vous pouvez entrer ici. Vous traverserez le parc en droite ligne, et vous arriverez encore cinq minutes plus tôt.

– Est-ce qu’on ne le trouvera pas mauvais? demanda la voyageuse.

– On le trouvera fort bon, répondit mademoiselle de Villepreux en venant à sa rencontre, et en prenant la bride de l’âne pour le faire entrer.

– Vous paraissez une fille de bon cœur. Faut-il suivre cette allée tout droit?

– Je vais vous conduire, car les chiens pourraient effrayer vos enfants.

– On m’avait bien dit, répliqua la voyageuse, que je trouverais ici de braves gens, et le proverbe a raison: Tel maître, tel serviteur; car, soit dit sans vous offenser, vous devez être de la maison.

– J’en suis tout à fait, répondit Yseult en riant.

– Et depuis longtemps, sans doute?

– Depuis que je suis au monde.

Les enfants n’eurent pas plutôt aperçu les beaux arbres et le vert gazon du parc, qu’ils oublièrent leur fatigue, sautèrent à bas de leur âne, et se mirent à courir joyeusement, tandis que l’âne, profitant de l’occasion, attrapait de temps en temps, à la dérobée, un rameau de verdure le long des charmilles.

– Vous avez là de bien beaux enfants, dit Yseult en embrassant la petite fille, et en prenant le petit garçon dans ses bras pour lui faire cueillir des pommes sur un pommier.

– De pauvres enfants sans père! répondit la femme du peuple. J’ai perdu mon bon mari le printemps dernier.

– Vous a-t-il au moins laissé un peu de bien?

– Rien du tout, et certes ce n’est pas sa faute: ce n’est pas le cœur qui lui a manqué!

– Et venez-vous de bien loin, comme cela, à pied?

– Je suis venue en patache jusqu’à la ville voisine. Là on m’a dit qu’il fallait prendre la traverse. On m’a indiqué assez bien le chemin, et on m’a loué ce pauvre âne pour porter mes petits.

– Et quel est le but de votre voyage?

– Je m’arrête ici, ma chère demoiselle, j’y viens passer quelque temps.

– Avez-vous des parents dans notre bourg?

– J’y ai des amis… c’est-à-dire, ajouta la voyageuse, comme si elle eût craint de ne pas s’exprimer avec assez de réserve, des amis de mon défunt mari qui m’ont écrit que je pourrais m’occuper, et qui m’ont promis de me chercher de la clientèle.

– Que savez-vous faire?

– Coudre, blanchir et repasser le linge fin.

– C’est à merveille. Il n’y a pas de lingère ici. Vous aurez la pratique du château, et ce sera de quoi vous occuper toute l’année.

– Vous me la ferez avoir?

– Je vous la promets!

– C’est le bon Dieu qui m’a fait vous rencontrer. Je ne suis pas intéressée; mais, voyez-vous, je n’ai que mon travail pour nourrir ces enfants-là.

– Tout ira bien, je vous en réponds. Est-ce qu’on vous attend chez vos amis?

– Mon Dieu, pas sitôt, je pense! Ils m’ont écrit la semaine dernière, et, au lieu de leur répondre, je suis arrivée tout de suite. Voyez-vous, ma bonne fille, j’étais Mère de Compagnons; mais vous ne connaissez peut-être pas ces affaires-là?

– Je vous demande pardon, je connais des compagnons qui m’ont expliqué ce que c’est. Vous avez donc quitté vos enfants?

– Ce sont mes enfants qui m’ont quittée. Ils n’ont pas pu tenir la ville; et comme je n’avais pas de quoi monter un autre établissement, je n’ai pas pu les suivre. C’est un chagrin, allez, d’avoir une grande famille comme cela, et d’être ensuite toute seule. Il me semble que je n’ai plus rien à faire, et cependant j’ai ces petits-là à élever. J’ai eu tant de peine à m’en aller, que je me suis dépêchée d’en finir. Nous pleurions tous; et, quand j’y pense, j’en pleure encore.

– Allons, nous tâcherons de vous les faire oublier. Nous voici dans la cour du château. Chez qui allez-vous? Trouverez-vous à vous loger chez vos amis?

– Je ne pense pas; mais il y a bien une auberge dans ce bourg?

– Pas trop bonne; en voici une meilleure. Si vous voulez, on vous y logera jusqu’à ce que vous ayez trouvé à vous établir.

– Dans ce château? Mais on ne voudra pas me recevoir!

– On vous y recevra très bien. Venez avec moi.

– Mais, mon enfant, vous n’y songez pas; on me prendra pour une mendiante.

– Non, et vous verrez que les gens de la maison sont fort honnêtes.

– S’ils sont tous comme vous, je le crois bien. Sainte Vierge Marie! c’est ici comme dans le paradis!

Yseult conduisit la Savinienne et sa famille à un antique pavillon qu’on appelait la Tour carrée, où un logement fort propre était destiné à l’hospitalité. Elle appela un petit garçon de ferme qui vint prendre l’âne, et une servante qui alla chercher aux enfants et à leur mère de quoi souper. Yseult avait dressé tout son monde à cette sorte de charité qu’elle pratiquait, et qui se dissimulait sous l’aspect de l’obligeance.

La voyageuse était fort surprise de cette façon d’agir, qui lui ôtait tout souci et semblait vouloir la dispenser de toute reconnaissance. Le langage concis et les allures droites et franches d’Yseult repoussaient toute phrase louangeuse et toute reconnaissance emphatique. La femme du peuple le sentit, et n’en fut que plus touchée. – Allons, allons, dit-elle en embrassant mademoiselle de Villepreux un peu fort, mais avec une expansion dont Yseult se sentit tout attendrie, malgré la résolution qu’elle avait prise de ne jamais faire à la misère l’outrage de la pitié, je vois bien que le bon Dieu ne m’a pas encore abandonnée.

– Maintenant, dit Yseult en surmontant son émotion, dites-moi les noms des amis que vous avez dans notre village; je vais leur faire annoncer votre arrivée, et ils viendront vous voir ici.

La voyageuse hésita un instant, puis elle répondit:

– Il faudrait faire dire à mon fils Villepreux, l’Ami-du-trait, autrement Pierre Huguenin, que la Savinienne vient d’arriver.

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