Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Le grand vizir ne fit pas attendre le sultan: il vint même avec une si grande précipitation que ni lui ni ses gens ne firent réflexion, en passant, que le palais d’Aladdin n’était plus à sa place. Les portiers même, en ouvrant la porte du palais, ne s’en étaient pas aperçu.
En abordant le sultan: «Sire, lui dit le grand vizir, l’empressement avec lequel Votre Majesté m’a fait appeler m’a fait juger que quelque chose de bien extraordinaire était arrivé, puisqu’elle n’ignore pas qu’il est aujourd’hui jour de conseil et que je ne devais pas manquer de me rendre à mon devoir dans peu de moments. – Ce qui est arrivé est véritablement extraordinaire, comme tu dis, et tu vas en convenir. Dis-moi, où est le palais d’Aladdin? – Le palais d’Aladdin, sire! répondit le grand vizir avec étonnement; je viens de passer devant, il m’a semblé qu’il était à sa place. Des bâtiments aussi solides que celui-là ne changent pas de place si facilement. – Va voir au cabinet, répondit le sultan, et tu viendras me dire si tu l’auras vu.»
Le grand vizir alla au cabinet ouvert, et il lui arriva la même chose qu’au sultan. Quand il se fut bien assuré que le palais d’Aladdin n’était plus où il avait été, et qu’il n’en paraissait pas le moindre vestige, il revint se présenter au sultan. «Hé bien, as-tu vu le palais d’Aladdin? lui demanda le sultan. – Sire, répondit le grand vizir, Votre Majesté peut se souvenir que j’ai eu l’honneur de lui dire que ce palais, qui faisait le sujet de son admiration avec ses richesses immenses, n’était qu’un ouvrage de magie et d’un magicien; mais Votre Majesté n’a pas voulu y faire attention.»
Le sultan, qui ne pouvait disconvenir de ce que le grand vizir lui représentait, entra dans une colère d’autant plus grande qu’il ne pouvait désavouer son incrédulité, «Où est, dit-il, cet imposteur, ce scélérat, que je lui fasse couper la tête? – Sire, reprit le grand vizir, il y a quelques jours qu’il est venu prendre congé de Votre Majesté; il faut envoyer lui demander où est son palais, il ne doit pas l’ignorer. – Ce serait le traiter avec trop d’indulgence, repartit le sultan; va donner ordre à trente de mes cavaliers de me l’amener chargé de chaînes.»
Le grand vizir alla donner l’ordre du sultan aux cavaliers, et il instruisit leur officier de quelle manière ils devaient s’y prendre, afin qu’il ne leur échappât pas. Ils partirent et ils rencontrèrent Aladdin à cinq ou six lieues de la ville, qui revenait en chassant. L’officier lui dit en l’abordant que le sultan, impatient de le revoir, les avait envoyés pour le lui témoigner, et revenir avec lui en l’accompagnant.
Aladdin n’eut pas le moindre soupçon du véritable sujet qui avait amené ce détachement de la garde du sultan; il continua de revenir en chassant. Mais quand il fut à une demi-lieue de la ville, ce détachement l’environna, et l’officier, en prenant la parole, lui dit: «Prince Aladdin, c’est avec grand regret que nous vous déclarons l’ordre que nous avons du sultan de vous arrêter et de vous mener à lui en criminel d’état; nous vous supplions de ne pas trouver mauvais que nous nous acquittions de notre devoir et de nous le pardonner.»
Cette déclaration fut un sujet de grande surprise à Aladdin, qui se sentait innocent. Il demanda à l’officier s’il savait de quel crime il était accusé, à quoi il répondit que ni lui ni ses gens n’en savaient rien.
Comme Aladdin vit que ses gens étaient de beaucoup inférieurs au détachement, et même qu’ils s’éloignaient, il mit pied à terre. «Me voilà, dit-il, exécutez l’ordre que vous avez. Je puis dire néanmoins que je ne me sens coupable d’aucun crime, ni envers la personne du sultan, ni envers l’état.» On lui passa aussitôt au cou une chaîne fort grosse et fort longue dont on le lia aussi par le milieu du corps, de manière qu’il n’avait pas les bras libres. Quand l’officier se fut mis à la tête de sa troupe, un cavalier prit le bout de la chaîne, et en marchant après l’officier, il mena Aladdin, qui fut obligé de suivre à pied, et dans cet état il fut conduit vers la ville.
Quand les cavaliers furent entrés dans le faubourg, les premiers qui virent qu’on menait Aladdin en criminel d’état ne doutèrent pas que ce ne fût pour lui couper la tête. Comme il était généralement aimé, les uns prirent le sabre et d’autres armes, et ceux qui n’en avaient pas s’armèrent de pierres, et ils suivirent les cavaliers. Quelques-uns, qui étaient à la queue, firent volte-face en faisant mine de vouloir les dissiper; mais bientôt ils grossirent en si grand nombre que les cavaliers prirent le parti de dissimuler, trop heureux s’ils pouvaient arriver jusqu’au palais du sultan sans qu’on leur enlevât Aladdin. Pour y réussir, selon que les rues étaient plus ou moins larges, ils eurent grand soin d’occuper toute la largeur du terrain, tantôt en s’étendant, tantôt en se resserrant. De la sorte ils arrivèrent à la place du palais, où ils se mirent tous sur une ligne en faisant face à la populace armée, jusqu’à ce que leur officier et le cavalier qui menait Aladdin fussent entrés dans le palais, et que les portiers eussent fermé la porte pour empêcher qu’elle n’entrât.
Aladdin fut conduit devant le sultan, qui l’attendait sur un balcon, accompagné du grand vizir; et sitôt qu’il le vit il commanda au bourreau, qui avait eu ordre de se trouver là, de lui couper la tête, sans vouloir l’entendre ni tirer de lui aucun éclaircissement.
Quand le bourreau se fut saisi d’Aladdin, il lui ôta la chaîne qu’il avait au cou et autour du corps, et après avoir étendu sur la terre un cuir teint du sang d’une infinité de criminels qu’il avait exécutés, il l’y fit mettre à genoux et il lui banda les yeux. Alors il tira son sabre, il prit sa mesure, pour donner le coup, en s’essayant et en faisant flamboyer le sabre en l’air par trois fois, et il attendit que le sultan lui donnât le signal pour trancher la tête d’Aladdin.
En ce moment, le grand vizir aperçut que la populace qui avait forcé les cavaliers et qui avait rempli la place venait d’escalader les murs du palais en plusieurs endroits et commençait à les démolir pour faire brèche. Avant que le sultan donnât le signal, il lui dit: «Sire, je supplie Votre Majesté de penser mûrement à ce qu’elle va faire. Elle va courir risque de voir son palais forcé, et si ce malheur arrivait, l’événement pourrait en être funeste. – Mon palais forcé! reprit le sultan. Qui peut avoir cette audace? – Sire, repartit le grand vizir, que Votre Majesté jette les yeux sur les murs du palais et sur la place, elle connaîtra la vérité de ce que je lui dis.»