Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
– À nos moutons! qui sont malheureusement des loups. Nous sommes ici dans un coupe-gorge plus noir que ceux de la forêt de Bondy.
– Je le sais, dit Georges en saluant, comme si on lui eût dit une chose charmante.
Il se baissa en même temps pour baiser une main qu’on ne réussit pas à retirer.
– Es-tu assez gentil! murmura-t-elle. Pour arriver jusqu’à toi, il faudra qu’ils me coupent en morceaux… Donc, dans le cabinet de mon oncle, le conseil de famille, comme ils s’appellent entre eux quelquefois, réforma d’avance l’arrêt de la cour d’assises qui ne devait te donner que les galères à perpétuité: tu fus condamné à mort. Mme Jaffret combina une comédie d’évasion où le rôle principal était confié à un employé de la prison, nommé M. Noël…
– Alors, interrompit Georges, c’était de toi, la lettre! Et comme Mlle de Clare ne répondait pas, il continua:
– La lettre où l’on me disait que les deux montants de l’échelle avaient chacun son trait de scie à trente pieds au-dessus du sol…
– Parbleu! fit-elle comme un petit homme. Puis elle ajouta d’un air consterné:
– Tu n’avais donc pas pensé que c’était moi?
– Dame! comment voulais-tu que je devine?
Une larme vint aux cils de Mlle de Clare pendant qu’elle murmurait:
– Oh! le méchant qui n’aime pas sa petite sœur! Moi, je te devine toujours, même quand ce n’est pas toi!
Deuxième partie Clément-le-Manchot
I La nuit du 5 janvier
Autour de Georges et de Clotilde, dans ce vaste salon où la lumière du lustre et celle des lampes s’absorbaient dans les tentures sombres, arrachant çà et là une étincelle à l’or terni des portraits de famille et aux émaux des vieux écussons, régnait un silence profond.
Aucun bruit ne venait de cette autre salle où nous vîmes pour la première fois les intimes de la maison Jaffret réunis autour de la corbeille, et où la collation avait lieu à cette heure même, ni du cabinet de travail servant aux «affaires» de maman Jaffret.
C’était ce côté surtout que surveillait l’oreille de mademoiselle Clotilde; je dis l’oreille et non pas l’œil, car la jeune fille s’était arrangée de manière à masquer deux fois, pour tout regard venant de là, son visage et celui de Georges.
Une fois par la position qu’ils avaient prise, le dos tourné à la porte du cabinet suspect, une autre fois par la plus belle et la plus grande de toutes les volières du bon Jaffret, qui se trouvait entre eux et la porte.
Elle représentait un temple indien, cette superbe volière, et aucun amateur d’oiseaux n’aurait pu la voir sans la désirer.
Sa place ordinaire était au centre du salon. Mais pour la cérémonie de la lecture du contrat, on avait dû la rouler à l’écart, et elle occupait maintenant le coin entre la dernière fenêtre et la porte du cabinet.
Du haut en bas, elle était recouverte d’un fourreau d’étoffe, à l’abri duquel les chers captifs du bon Jaffret avaient écouté le chef-d’œuvre de maître Isidore Souëf, sans donner aucune marque d’approbation, ni de blâme.
Nous devons dire pourtant qu’au moment où mademoiselle Clotilde s’était élancée sur les pas de la comtesse Marguerite pour se bien assurer que la chambre voisine était vide, un bruit sourd, une sorte d’effervescence s’était produite dans la nuit de la cage monumentale.
Ce bruit n’avait point échappé à Clotilde.
En revenant de son expédition au-dehors, elle avait continué sa battue, éprouvant d’abord la porte du cabinet de travail qui se trouva très bien fermée et faisant ensuite le tour de la volière, assez grande pour dissimuler derrière sa masse, non seulement un, mais plusieurs observateurs.
Une autruche en bas âge l’avait habitée autrefois, et Jaffret la pleurait encore.
La cachette était si bonne, en vérité, que Mlle de Clare fut étonnée de n’y trouver personne.
Mais, par le fait, elle put s’assurer que les trois fauteuils masqués derrière la cage étaient vides, et je crois même qu’elle poussa la précaution jusqu’à regarder dessous.
Clotilde ne reprit sa place qu’après avoir tâté de la main tout le tour de la volière et interrogé chaque pli de l’étoffe qui la recouvrait.
Ses inquiétudes, nous le savons, ne s’étaient pas endormies pour cela. Elle se sentait épiée d’en haut, d’en bas, de côté, enfin de quelque part; mais du moins, elle était bien certaine que sa physionomie seule et celle de Georges pouvaient trahir le sens de leur entretien, poursuivi à voix basse.
De là le soin qu’elle mettait à monter sa naïve comédie, et, en dépit de tout, la médiocre confiance que lui inspirait son effort.
– Non, reprit-elle, riant à travers ses larmes, tu ne m’aimes pas comme je t’aime, Clément, il y a longtemps que je le crains.
– Mais si, je t’aime et de tout mon cœur, chérie…
– Ce n’est pas assez!
– Que dis-tu?
– Ah! je t’aime bien plus que de tout mon cœur.
– Tu es folle!
– Justement! Et je te voudrais fou, toi aussi. Veux-tu que je te dise, quelque jour, tu en aimeras une autre comme je t’aime, moi, tu perdras la tête… et peut-être que c’est déjà fait!
Elle plongeait son regard au fond du sien si ardemment qu’il fut attiré vers elle comme si deux bras puissants eussent courbé sa taille tout à coup.
Le baiser pendait sur ses lèvres, Clotilde ferma les yeux et pâlit.
Mais elle n’attendit pas que le baiser tombât; elle se rejeta en arrière.
– Tiens-toi droit, dit-elle avec un regret stoïque. J’essaye de t’aimer un peu moins, mais je ne peux pas. Tu es toujours pour moi le pauvre petit martyr qui avait été mutilé par un tigre à face humaine et que j’emportai tout sanglant dans mes bras…, car je t’ai porté, mon Clément, toute enfant que j’étais, je t’ai porté, tu étais presque un jeune homme déjà, et je ne te trouvais pas lourd. D’où me venait cette force?… Écoute! il y a quelque chose entre nous, quelque chose de malheureux et de douloureux. Te souviens-tu? La première fois que tu vins à moi, tu fis appel à des souvenirs qui ne m’appartenaient pas, Tu me prenais pour la Tilde du cimetière, la pauvre petite enfant qui avait froid et faim auprès d’une tombe, Et moi, esclave déjà, je répondais oui à tout ce que tu me disais. J’avais peur de t’éclairer. Je pensais, il me dira: «Ah! ce n’est donc pas toi la Tilde que je réchauffai, à qui je donnai mon pain!» Et je te voyais te détourner de moi, car je le sais bien, va, c’est elle que tu cherches…
– Et ne sais-tu pas aussi pourquoi je la cherche, interrompit Georges avec reproche.
– Si fait, répondit Clotilde qui songeait, c’est vrai, je le sais, tu es devenu comme moi-même un instrument dans la main d’autrui; mais, à la différence de moi, tu aimes tes maîtres… Tu vins une fois, de la part de ces gens-là, et c’est alors que je t’avouai la vérité; tu vins fouiller tout au fond de ma mémoire. Tu me parlas d’une prière latine qu’on avait fait entrer de force dans mon souvenir quand j’étais toute petite…
– Et tu me répondis, murmura Georges tout pensif aussi: «D’autres que toi me l’ont déjà demandée, cette prière, mais je ne la sais pas, je ne l’ai jamais sue.» Et alors, tu me racontas la pauvre histoire de ton passé. On t’avait prise dans une ferme dont les maîtres n’étaient même pas tes parents; Mme Jaffret t’avait dit: «Je suis votre tante, vous êtes l’héritière d’une grande fortune: ne sachez rien de plus et restez obscure pour échapper aux méchants qui vous ont faite orpheline…»