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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Georges souriait aussi.

– Qu’allais-tu lui dire? demanda-t-il.

Vous avez bien lu: M. le prince de Souzay, malgré sa timidité que vous trouvâtes ridicule, tutoyait Mlle de Clare intrépidement.

– J’allais lui dire, répondit celle-ci sans paraître chagrinée, ni même étonnée, de rester près de nous, et que nous causerions tout aussi bien devant elle. Nous n’avons rien à cacher…

– Menteuse! s’écria Georges en riant.

Elle ferma la porte avec soin. Quand elle se retourna, Georges était sur ses talons.

– Veux-tu que je t’embrasse? dit-il.

Ce fut elle qui lui jeta ses deux bras autour du cou en répondant:

– Bien vite et rien qu’une fois! Je suis sûre qu’ils nous épient.

– S’ils nous épient, répondit Georges, qui la dévorait déjà de baisers, une fois est aussi dangereuse que cent.

Elle se dégagea de son étreinte et reprit sa place en lui faisant signe de l’imiter.

– Je les connais, dit-elle tout bas, et je connais la maison. Ce n’est pas ici (elle montrait la porte par où Marguerite était sortie) qu’ils viendront écouter. Tiens-toi bien droit, mon pauvre Clément, et joue ton rôle.

– Quel rôle? demanda Georges, qui la regarda avec étonnement.

– Ne me fais pas rire, dit-elle, il faut absolument que nous soyons sérieux… à moins que tu n’aies l’idée de me persuader à moi aussi que tu es M. le prince de Souzay.

– Je ne sais plus trop moi-même… commença Georges. Elle l’interrompit, et toucha son bras droit en disant:

– Voici pourtant qui est bien à Clément!

– Oui, chérie… et cela rappelle à Clément qu’il doit la vie à sa Tilde bien-aimée.

– Des bêtises! fit Mlle de Clare avec le pur accent des fillettes de Paris.

Puis elle reprit:

– Si ça t’amuse d’être prince, je poserai en princesse. Nous n’en serons que mieux dans nos personnages… Éloigne-toi un peu, et sois plus déconcerté puisque tu fais celui qui est timide… J’en ai long à te raconter; mais convenons d’abord d’une chose: si on nous interrompt avant que j’aie fini, tu me retrouveras une demi-heure après ton départ… Voyons! où ça? Tiens! un bon endroit: au coin de la rue des Minimes.

La surprise de Georges devenait stupéfaction.

– Toi! s’écria-t-il, sortir la nuit…

– On s’habitue, répliqua-t-elle, je n’ai plus peur de rien… Ne te penche pas comme cela de mon côté, c’est trop hardi.

Elle se tenait raide et sévère en parlant ainsi. Je ne sais comment dire que la joyeuse honnêteté d’un bon cœur soulevait le masque d’emprunt qu’elle retenait à deux mains sur son charmant visage, et que l’espièglerie des enfants pétillait dans ses yeux, ni surtout, car c’est vraiment prêter trop de choses à la physionomie la plus expressive du monde, ni surtout, qu’à travers tant de vaillantes gaietés, un sentiment combattu de mélancolie perçait soudain parfois, jetant comme un voile triste sur les rayonnements de cette chère jeunesse.

Georges baissa les yeux, elle sourit disant:

– Oui, oui, je vois bien que tu me trouves plus jolie qu’autrefois, mais je ne sais pas du tout si tu m’aimes.

Et comme il voulut protester:

– Est-ce bien convenu, demanda-t-elle tout bas, pour le coin de la rue des Minimes?

Et tout de suite après, changeant de ton:

– Ah çà! pourquoi ne me disais-tu jamais bonjour? Georges ne comprenait pas.

– Là-bas, vis-à-vis, expliqua-t-elle, à la prison de la Force où tu avais de si beaux rideaux verts.

– Comment, s’écria le jeune homme au comble de la surprise, tu m’avais reconnu?

– Veux-tu bien te taire!… Et ne nous tutoyons plus, s’il vous plaît. Dès la première fois que je vous ai vu, monsieur le prince, malgré votre cicatrice et le reste, je me suis dit: Voilà un brigand que j’ai déjà rencontré quelque part. Les fenêtres du petit salon donnent juste en face des rideaux verts, et le bon M. Buin me parlait de vous tant que je voulais. J’avais ma lorgnette de théâtre, elle est excellente et je me cachais derrière les persiennes à demi fermées… et ce pauvre cher bras qui m’a tant fait pleurer autrefois, comment ne l’aurais-je pas reconnu?

– Bonne! bonne! Clotilde! interrompit le prince, je t’en prie, embrasse-moi!

Mademoiselle Clotilde fut inflexible et refusa le baiser imploré.

– La paix! dit-elle en riant, il n’est plus temps… Ce n’est pas que j’espère beaucoup les tromper, ni surtout longtemps, mais on n’a pas besoin de six semaines pour prendre la clef des champs. Votre Altesse en sait quelque chose. Jouons serré, s’il vous plaît. Je vous donne ma parole d’honneur qu’ils sont là, quelque part, dans la muraille, au plafond ou sous le parquet. Soyez meilleur comédien ici que dans votre cellule.

– Moi qui me croyais si parfaitement déguisé! murmura Georges avec quelque dépit.

– Pour les autres, ce n’était pas trop mal, puisque le pauvre M. Buin, qui vous avait rendu visite hier, vient de causer avec vous, ce soir, et n’y a vu que du feu mais pour moi, Clément est toujours Clément, pas de déguisement qui tienne!

– Et les Jaffret?

– La haine est un peu comme l’amour. Les Jaffret ont été seulement un peu plus de temps à le reconnaître. Et puis, ma tante Marguerite a de si bons yeux!… Mais à propos, tu as eu t’air étonné quand je t’ai parlé de la rue des Minimes. Ah! écoute, c’est vrai que j’ai couru toute seule la nuit dans Paris…

– Toute seule! Et pour quoi faire?

– Ne fallait-il pas avertir le Dr Abel Lenoir?… C’est qu’il y a loin d’ici jusqu’à la rue de Bondy!

– Et tu allais ainsi, à pied?…

– Oui, la première fois, mais rien qu’une fois. Après, le docteur m’envoyait une voiture et il me ramenait à Saint-Paul, d’où je revenais avec Michelle, après la messe du matin.

– Tu as confiance en elle?

– Pas trop, mais je n’avais pas le choix, sais-tu, et tu étais condamné à mort.

– Comment!

– Tout simplement. Il y avait eu grand conseil dans le cabinet de mon oncle Jaffret. Ma tante Adèle… Mais, il faudrait d’abord te raconter ce qui se passa rue de la Victoire, la nuit du 5 janvier… Je parie que tu n’en sais pas le premier mot…

Elle s’interrompit. Sa voix avait un tremblement, et le sang s’était retiré de ses joues.

– Non, dit Georges, je n’en sais rien de rien!

– Jamais nous n’aurons le temps, reprit-elle, je les sens autour de nous. Faites-moi un compliment, mais sans élever la voix beaucoup.

– J’ai mis en vous, Clotilde, dit aussitôt le prince, les plus chers espoirs de ma vie…

– Méchant! si c’était vrai seulement! fit-elle.

– Et tout ce qu’un homme peut faire pour rendre heureuse une femme bien-aimée…

– Assez, va: moi je te réponds: j’ai peine à vous exprimer, prince, des sentiments que je ne définis pas bien moi-même. J’ai interrogé mon cœur, il m’a répondu…

«Et le reste comme tu voudras, chéri, ajouta-t-elle en baissant la voix jusqu’au murmure. Gourme-toi. Elle joua timidement de l’éventail et reprit:

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