Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
– Je la croyais, en ce temps-là, dit Clotilde, les enfants sont crédules; je le croirais peut-être encore sans toi et sans ce pauvre Échalot, qui parlait dès qu’un verre de vin lui chatouillait la cervelle…
Elle s’interrompit brusquement et eut un geste de colère contre elle-même.
– Mais bon Dieu! dit-elle, de quoi vais-je m’occuper? Voilà bien des minutes perdues qui étaient précieuses. Trois mois bientôt se sont écoulés depuis la soirée du 5 janvier. Tu sais qu’au moment du meurtre j’étais seule, seule avec un homme dans la maison des demoiselles Fitz-Roy. Tu étais là, puisque tu as été arrêté. Étais-tu là pour moi?
– Non, répondit Georges, qui baissa les yeux.
– Et après trois mois, ta première pensée n’est pas d’exiger une explication au sujet de la présence de cet homme auprès de celle que tu prétends aimer!
Il y avait dans son regard une tristesse profonde qui la faisait mille fois plus belle.
– Tiens! ajouta-t-elle avec colère et découragement, tu n’es même pas jaloux de moi!
Et, avant que Georges pût répondre, elle s’écria dans l’amertume de son cœur:
– Ah! celui-là m’aimait! Il m’aimait à genoux! jusqu’à en mourir! Et que je voudrais l’aimer, moi aussi! L’explication que vous ne me demandez pas, Clément, la voici: C’est un jeu bien étrange qui se joue autour de l’héritage de Clare. D’un côté, des gens honnêtes, du moins, je le pense, puisque vous êtes avec eux; de l’autre, des bandits. Un motif très puissant empêche sans doute les gens honnêtes dont je parle de s’adresser aux tribunaux, et j’avoue que cela me donne un peu de défiance contre eux. Ils cachent leur nom quand ils tombent entre les mains de la loi, par hasard; ils se laissent condamner plutôt que de parler franc et tête levée; s’ils s’évadent…
– Tu ne parles pas comme tu penses, ma pauvre bonne Tilde, murmura Georges avec douceur. Tu cherches à te venger de moi…
– Oh! c’est vrai! c’est vrai! s’écria-t-elle: je cherche à me venger… Je te fais pitié, n’est-ce pas! Et comme tu as raison de me plaindre, puisque tu ne peux pas m’aimer!
– Mais je t’aime!
– Tu mens! par bonté de cœur. Il n’y a rien au monde de si bon, de si noble que toi… Mais laisse-moi achever: les honnêtes gens et les bandits, assis en face les uns des autres des deux côtés du tapis vert, connaissent mutuellement leurs cartes; ils jouent à jeu découvert comme au whist quand il y a un mort. Et ils essayent de tricher tout de même! Pendant qu’on vous recevait ici, il y a trois mois, comme mon fiancé, vous, le faux prince de Souzay, on attirait rue de la Victoire le vrai duc de Clare…
– Albert!
– Albert, qui me disait: «Je meurs de mon amour pour vous!» Georges courba la tête.
Si Clotilde avait su ce qui se passait dans le cœur de son fiancé, elle eût donné tout son sang pour retenir sa dernière parole. Georges demanda:
– Était-ce pour le même but qu’on attirait Albert là-bas? Était-ce pour un mariage?
– Non, répondit Clotilde. Ai-je besoin d’ajouter que j’ai compris cela plus tard seulement: il y avait guet-apens… Vous frémissez? Et pourtant, vous connaissez bien les gens qui avaient arrangé cette sanglante comédie. Si leur plan avait réussi, ce soir même où nous sommes, votre cadavre eût été trouvé demain sur le pavé d’une des cours de la Force…
«Je continue:
«Le duc Albert venait de me quitter. Non seulement je lui avais enlevé tout espoir, mais aussi je l’avais mis en garde contre les dangers qui l’entouraient! Quand il voulut descendre l’escalier, il perdit du temps à ouvrir la porte de derrière, qu’il avait trouvée ouverte lors de son arrivée et qui était maintenant fermée. Ce n’était certes point par hasard. Je voulus l’aider. La porte de ma chambre, qui me séparait de lui depuis un instant seulement, se trouvait également fermée, et seulement aussi depuis un instant, de sorte que je l’entendais sans pouvoir le rejoindre.
«Une chambre me séparait de l’appartement des demoiselles Fitz-Roy, que j’appelais mes tantes et que j’aimais tendrement.
«Il me sembla distinguer un bruit, un cri plaintif, et reconnaître la voix de l’aînée, ma tante Mathilde.
«Je pénétrai dans la pièce voisine qui donnait par une porte vitrée sur la chambre à coucher de ma tante Mathilde. On ne criait plus, c’était déjà fini.
«La première figure que je vis au travers des carreaux fut celle d’une servante qui était à la maison depuis quinze jours à peine.
«Quelqu’un lui comptait de l’argent sur le guéridon de la chambre à coucher, éclairé par la lampe de nuit qui pendait au plafond. Je ne me doutais pas encore qu’il y avait eu un meurtre dans la maison, et, pourtant, une angoisse horrible me tenait.
«La personne qui comptait l’argent était dans l’ombre. Une voix enrouée appela je ne sais d’où: «Eh! l’Amour!» et la personne qui comptait l’argent releva la tête.
«Je crus rêver: c’était le visage de ma tante Jaffret…
– Ah!… fit Georges, qui écoutait la poitrine serrée et retenant son souffle.
– Je faillis tomber à la renverse, reprit Clotilde, car en ce moment même j’apercevais ma tante Mathilde jetée en travers sur son propre lit et dont la tête pendait si bas que ses cheveux blancs balayaient le plancher. J’aurais voulu crier que je n’aurais pas pu. L’idée me venait que j’étais en proie au plus effrayant de tous les cauchemars.
«Deux hommes entrèrent, en ce moment, par la porte du fond qui donnait sur la chambre de la cadette des demoiselles Fitz-Roy. «Ils portaient un autre corps qu’ils jetèrent au pied du lit.
«Quoique la tête de ce second cadavre fût entamée d’un large coup de hache, le bon vieux sourire de ma tante Émilie restait encore autour des lèvres.
«Un des deux porteurs n’avait qu’un bras. Sa face hideuse et stupide ricanait. C’était lui qui avait crié: «Eh! l’Amour!» Les autres l’appelaient Clément-le-Manchot. Ils étaient cinq en tout, y compris la servante qui recevait sans doute le prix du sang.
«Quand celle-ci eut recompté son argent, Mme Jaffret lui caressa le menton d’un geste égrillard, et la servante la repoussa, disant: «As-tu fini, vieux Rodrigue?»
«Et je m’aperçus seulement alors que ma tante Jaffret n’avait plus ses habits de femme.
«Elle portait une longue redingote d’ouvrier endimanché, avec un foulard, noué autour du cou, et son crâne complètement dénudé n’avait plus une seule mèche de cheveux gris.
«- Le cœur n’a pas vieilli, coquinette, dit-elle ou plutôt, dit-il, car je crois bien que c’est un homme. Qu’est-ce que tu vas faire de tout cet argent-là? Si tu veux le placer chez moi, je vaux mieux que la Caisse d’épargne!»
II Mademoiselle de Clare
– Ce qui surtout me faisait douter du témoignage de mes sens, poursuivit Clotilde, c’était le calme extraordinaire qui entourait cette scène de mort.