Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
- Автор: Земмур Эрик
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- Жанр: Публицистика
Электронная книга - «Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)». Краткое содержание книги:
La victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981 les avait secrètement soulagés ; ils ne seraient pas renvoyés. Rassérénés sur leur sort, ils devinrent menaçants : « On ne veut plus voir de flics dans la ZUP », crièrent quelques jeunes Maghrébins des Minguettes, en lançant un cocktail Molotov sur la voiture du dernier gardien de la paix qui logeait dans le quartier. Le policier déménagea.
L’État réagit. Le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, menaça d’envoyer les émeutiers dans des camps. Le ministre de la Justice, Robert Badinter, s’y opposa. Le Premier ministre, Pierre Mauroy, arbitra. Tout finit dans des camps… de vacances, sous la houlette de Gentils Organisateurs du club Méditerranée qui initièrent les « garnements » à la randonnée et à la varappe. La leçon ne fut pas perdue. La violence n’était plus réprimée, mais récompensée. Les talentueux communicants socialistes habillèrent cette capitulation des oripeaux scintillants de la « politique de la ville », bien qu’il n’y eût pas de politique, et que cela ne concernât pas la ville. Banlieue, délinquance juvénile et immigration : ces trois domaines naguère distincts étaient désormais rassemblés sous un chapeau administratif commun. Cette création de la gauche fut adoptée par la droite. Celle-ci s’était résignée à la présence des Maghrébins, tandis que la gauche avait renoncé au « droit à la différence » ; le consensus « républicain » s’établit autour de « l’intégration », compromis ambigu et fumeux entre la bonne vieille assimilation républicaine – qui avait pourtant bien mérité de la patrie et conservait les faveurs populaires – et le multiculturalisme anglo-saxon, qui faisait rêver nos élites modernistes et protégeait la pérennité des us et coutumes des derniers arrivants.
La « politique de la ville » en serait le fer de lance technocratique, gros pourvoyeur en sigles administratifs abscons (ZEP, DSQ, CNPD, DIV, VVV, PNRU ; ZFU dans les ZRU et ZRU dans les ZUS) et en lignes budgétaires versées à des associations aussi inutiles que revendicatives. Cela devint une habitude, un réflexe : à chaque flambée de violence, son sigle, son déploiement d’experts, ses fonds publics débloqués. Après les émeutes de Vaux-en-Velin en 1990, François Mitterrand annonçait la création d’un ministère chargé de la Ville : dans la logique étatique française, une consécration. Sauf que c’était pour symboliser l’abandon par l’État de son « monopole de la violence légitime », sa conversion à la discrimination positive territoriale, le renoncement solennel de la République à l’égalité républicaine, pour tenter d’acheter la paix sociale, retarder l’échéance. Encore une minute, monsieur le bourreau…
En 2003, Jean-Louis Borloo, ministre centriste du président Chirac, entreprit d’abattre son adversaire principal, la cause de tous les maux : la Charte d’Athènes ! Il reprenait ainsi en les rationalisant et les radicalisant les antiennes des sociologues depuis trente ans sur le nécessaire « retour de la rue » et les incantations de l’ancien Premier ministre socialiste, Michel Rocard, sur la rénovation des cages d’escalier. Il ne sortait pas du raisonnement urbanistique et refusait, comme les autres – en tout cas publiquement –, de reconnaître que le sujet n’était pas le territoire mais la population. On abattit les tours. On cassa, on détruisit, on reconstruisit, on relogea. La machine technocratique exultait sous l’ampleur de la tâche ; les associations avaient trouvé un nouvel objet – inlassable – de réclamations et d’exigences : les objectifs du PNRU n’étaient pas – ne seraient jamais – atteints ; la Cour des comptes évaluait et tançait ; les médias se goinfraient de chiffres et d’images spectaculaires de tours dynamitées.
En privé, le sémillant ministre se félicitait d’avoir « évité – ou retardé – la guerre civile ».
Un jeune homme d’une trentaine d’années, habitant de Trappes, se plaignit un jour à des journalistes de Libération et du Monde : « Tout est reconstruit, tout est neuf. Mais nous qui sommes là, on a été oubliés. On en a marre que les politiques veuillent blanchiser la ville. »
En 1983, une « marche pour l’égalité », vite surnommée « marche des beurs », était partie de Vénissieux. Sous le prétexte traditionnel des violences policières, elle avait enflammé tout le pays et obligé François Mitterrand à créer une carte de résident de dix ans, qui supprimait les ultimes contraintes professionnelles et géographiques instaurées par l’administration française pour lui permettre de réguler vaille que vaille les flux venus du Sud. À sa tête, se trouvait Toumi Djaïdja, à la foi musulmane frémissante. En 1983, il ne jurait que par les manières pacifistes de Gandhi. Au fil des décennies, il devint un des principaux prédicateurs islamistes de la région lyonnaise. À ses côtés, le père Christian Delorme, surnommé « le curé des Minguettes », soutenait le mouvement au nom de son engagement passé dans la guerre d’Algérie ; ayant depuis compris qu’il avait été circonvenu et floué, il peut méditer aujourd’hui, mais en silence, sur sa part de naïveté.
À chaque fois que l’État tenta de reprendre le contrôle de ces territoires, des émeutes déclenchées pour un prétexte quelconque le firent reculer rapidement. Le parti communiste conserva la maîtrise de beaucoup de ces municipalités, grâce à la qualité de ses associations clientélistes, un discours victimaire, et l’abstention électorale massive des populations immigrées qui ne s’intéressent guère à la vie politique française. C’est un pouvoir factice qui, s’effaçant devant l’alliance des caïds et des imams, n’a plus de prise sur la réalité de ces quartiers, si ce n’est par la manne d’argent public qu’elle parvient encore à déverser sur les populations.
Incroyable destin de la banlieue rouge qui aura été la transition historique entre le christianisme (la cathédrale de Saint-Denis) et l’islam. Livrées comme les places fortes des nouveaux « protestants », qui avaient troqué Luther pour Staline, elles se transformèrent au fil des ans en d’innombrables La Rochelle islamiques qui enserrent, encerclent et menacent nos grandes métropoles. À l’époque du siège par Richelieu, on surnommait La Rochelle « La Mecque du protestantisme. » Chateaubriand avait été prophète en 1840 : « Détruisez le christianisme et vous aurez l’islam. »
12 août 1981
Du PC au PC
Quand on disait alors le PC, on parlait du parti communiste. Puis, le terme changea de sens. On s’habitua. À dire l’IBM PC, et puis, plus simplement, le PC, sans comprendre ou retenir que ces initiales signifient personal computer. Précision inutile. On avait bien remarqué que ces ordinateurs-là ne ressemblaient pas du tout aux énormes armoires vues dans 2001, l’odyssée de l’espace. Les hippies chevelus élevés dans les campus californiens des années 1960 avaient trouvé l’arme technologique qui briserait le monde standardisé et hiérarchisé de leurs parents ; les gigantesques ordinateurs de l’industrie d’après-guerre centralisés dans des salles immenses seraient remplacés par les ordinateurs individuels reliés en réseaux. Les esprits les plus poétiques songeaient à Lautréamont et à l’union improbable d’une machine à écrire et d’un téléviseur. Les différentes étapes de la gestation du beau bébé nous avaient échappé : en 1971, l’invention par Intel du premier microprocesseur, l’Intel 4004 ; la création du premier ordinateur vendu à des particuliers, l’Altaïr 8800, en 1975 ; le lancement de l’Apple II en 1977 ; et puis, en ce 12 août 1981, l’IBM PC, qui deviendrait, à force de millions d’exemplaires de multiples compatibles, le patron de nos bureaux.