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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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À l’autre extrémité de la pièce, faisant face à la porte, était assise une femme. Ses longs cheveux, jaunes et ondulés, tombaient gracieusement sur ses épaules ; sa robe était verte, verte comme le jeune roseau, et diaprée d’argent comme la rosée perlant sur la feuille ; sa ceinture était d’or, façonnée comme une chaîne de flambes d’eau sertie de ne-m’oubliez-pas aux yeux bleu clair. À ses pieds, dans de grands vaisseaux de faïence aux reflets verts et marron, flottaient des lis d’eau au milieu desquels elle semblait trôner comme dans un étang.

« Entrez, mes bons hôtes ! » dit-elle ; et tandis qu’elle parlait, ils surent que c’était sa voix claire qu’ils avaient entendue chanter. Ils firent quelques pas timides et bientôt saluèrent en s’inclinant bien bas, étrangement surpris et embarrassés, comme des voyageurs qui, cognant à la porte d’une chaumière pour quémander un peu d’eau, se seraient trouvés face à une reine elfe, jeune et belle, vêtue de fleurs vivantes. Mais avant qu’ils aient pu rien dire, elle se dressa avec légèreté, bondissant de son siège et par-dessus les bols de lis, et accourut en riant ; et tandis qu’elle courait, sa robe bruissait doucement comme le vent sur les berges fleuries d’une rivière.

« Venez, mes chers amis ! dit-elle en prenant la main de Frodo. Riez et réjouissez-vous ! Je suis Baie-d’or, fille de la Rivière. » Puis elle s’en fut d’un pas léger pour refermer la porte, et en se retournant s’y adossa, ses bras blancs étendus en travers. « Enfermons la nuit dehors ! dit-elle. Car vous craignez encore, peut-être, la brume et l’eau profonde, l’ombre des arbres et les êtres indomptés. Ne craignez rien ! Car ce soir, vous êtes sous le toit de Tom Bombadil. »

Les hobbits la regardèrent avec émerveillement ; et elle les regarda chacun à son tour et sourit. « Baie-d’or, ô belle dame ! » dit enfin Frodo, sentant son cœur se soulever d’une joie qu’il ne comprenait pas. Il se trouvait enchanté comme il l’avait parfois été par de belles voix elfiques ; mais le charme qui opérait sur lui à présent était différent : d’une jouissance moins vive et moins transcendante, mais en même temps plus profonde et plus près du cœur des mortels ; merveilleuse mais non point étrange. « Baie-d’or, ô belle dame ! reprit-il. La joie que recelaient les chansons qui nous sont parvenues est désormais claire à mes yeux.

Ô mince comme l’osier ! Ô plus claire que l’eau claire !

Ô roseau près du vivant étang ! Belle fille de la Rivière !

Ô printemps fait été, et printemps de nouveau !

Ô vent sur la cascade, et fleurs au renouveau ! »

Soudain il s’arrêta et bafouilla, stupéfait de s’entendre dire de pareilles choses. Mais Baie-d’or rit.

« Bienvenue ! dit-elle. Je ne savais pas que les gens du Comté avaient le verbe si suave. Mais je vois que vous êtes un Ami des Elfes : l’éclat de vos yeux et le son de votre voix l’annoncent. Que voilà une joyeuse rencontre ! Asseyez-vous à présent, en attendant le Maître de maison ! Il ne tardera pas. Il est à soigner vos bêtes fatiguées. »

Les hobbits s’assirent avec plaisir dans des chaises basses à siège de jonc, tandis que Baie-d’or s’affairait autour de la table ; et ils la suivaient des yeux, car le charme gracile de ses mouvements leur procurait une intime satisfaction. Quelque part derrière de la maison montait le son d’une chanson. De temps à autre, entre divers gai dol, joli dol et autres dire-lire-leau, ils discernaient ces mots répétés :

Le vieux Tom Bombadil est un joyeux bonhomme :

D’un bleu vif est sa veste, et ses bottes sont jaunes.

« Belle dame ! dit encore Frodo au bout d’un moment. Dites-moi, si ma question ne vous paraît pas bête, qui est Tom Bombadil ? »

« C’est lui », dit Baie-d’or, suspendant ses vifs mouvements et lui souriant.

Frodo la regarda d’un air interrogateur. « C’est lui, tel que vous l’avez vu, dit-elle en réponse à son regard. C’est lui le Maître du bois, de l’eau et de la colline. »

« Alors tout cet étrange pays lui appartient ? »

« Oh, non ! répondit-elle, et son sourire s’évanouit. Ce serait vraiment un fardeau, ajouta-t-elle à voix basse, comme pour elle-même. Les arbres et les herbes et toutes choses qui poussent ou qui vivent dans le pays n’appartiennent qu’à eux-mêmes. Tom Bombadil est le Maître. Personne n’a jamais pris le vieux Tom marchant dans la forêt, pataugeant dans l’eau, gambadant sur le dos des collines, de jour comme de nuit. Il n’a aucune peur. Tom Bombadil est maître. »

Une porte s’ouvrit et Tom Bombadil entra. Il allait maintenant sans chapeau, et son épaisse chevelure brune était couronnée de feuilles automnales. Il rit, puis, allant trouver Baie-d’or, lui prit la main.

« Voici ma belle dame ! dit-il, s’inclinant devant les hobbits. Voici ma Baie-d’or, toute de vert-argent vêtue et portant fleurs à sa ceinture ! La table est-elle prête ? Je vois crème jaune et rayons de miel, pain blanc et beurre ; lait, fromage, herbes vertes, et baies mûres réunis. Cela nous suffit-il ? Le souper est-il prêt ? »

« Il l’est, dit Baie-d’or ; mais peut-être nos hôtes ne le sont-ils pas ? »

Tom claqua des mains et s’écria : « Tom, Tom ! tes invités sont las et tu manques d’oublier ! Venez, joyeux amis, Tom vous rafraîchira ! Mains crasseuses vous laverez, et baignerez vos visages ; manteaux boueux vous ôterez, lisserez votre pelage ! »

Il ouvrit la porte, et ils le suivirent le long d’un court passage se terminant par un coude. Ils arrivèrent dans une pièce basse au toit incliné (un appentis, semblait-il, rattaché au côté nord de la maison). Ses murs étaient de pierre brossée, mais partout recouverts de tentures vertes et de rideaux jaunes. Le sol était dallé, et parsemé de joncs fraîchement cueillis. Quatre épais matelas, avec chacun une pile de couvertures blanches, étaient disposés par terre d’un côté de la pièce. Sur un long banc accolé au mur opposé se trouvaient de larges bassins de faïence ; des aiguières brunes étaient posées tout près, les unes pour l’eau froide, les autres remplies d’eau fumante. De douces pantoufles vertes attendaient à côté de chaque lit.

Lavés et rafraîchis, les hobbits furent bientôt assis à table, deux de chaque côté, tandis que Baie-d’or et le Maître occupaient les extrémités. Ce fut un long et joyeux repas. Les hobbits mangèrent comme seuls le peuvent des hobbits affamés, mais personne ne manqua de rien. La boisson dont ils remplissaient leurs bols semblait être de l’eau claire et fraîche, pourtant elle leur monta au cœur comme du vin et libéra leurs voix. Les invités s’aperçurent soudain qu’ils chantaient joyeusement, comme si le chant était plus facile et plus naturel que la parole.

Enfin, Tom et Baie-d’or se levèrent et débarrassèrent vivement la table. On pria les invités de s’asseoir tranquillement dans des fauteuils, chacun pourvu d’un tabouret où reposer ses pieds endoloris. Un feu brûlait dans le grand âtre devant eux, et il s’en dégageait une odeur suave, comme s’il était fait de bois de pommier. Quand la pièce fut remise en ordre, on éteignit toutes les lumières, sauf une lampe et une paire de bougies posées à chaque extrémité du manteau de la cheminée. Puis Baie-d’or vint à eux, tenant une chandelle ; et elle souhaita à chacun une bonne nuit et un sommeil réparateur.

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