Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
— Oui, je sais.
Baley se souvenait que Gladïa le lui avait dit elle-même, alors qu’il se trouvait encore à la ferme aux fœtus.
— L’ordre que vous aviez donné aux robots pour qu’ils me tinssent à vue s’énonçait ainsi, suivant vos propres mots : « Ne le laissez pas (c’est-à-dire, ne me laissez pas, moi) lancer un appel de stéréovision à d’autres humains que moi-même (c’est-à-dire, vous, Elijah) ou à d’autres robots que vous trois, ou s’adresser en personne à un humain. »
« Néanmoins, Elijah, votre ordre ne leur interdisait pas de me laisser accepter une communication en stéréovision provenant d’un humain, ou d’autres robots. Vous voyez la nuance ?
Baley poussa un grognement pour toute réponse.
— Il n’est nul besoin de vous désoler, Elijah. L’omission incluse dans vos ordres a été l’instrument même de votre salut, puisque de cette façon j’ai pu me trouver à temps sur les lieux.
« Voyez-vous, lorsque Mme Delmarre m’a contacté, les robots gardiens n’ont pu que me laisser accepter la communication. Elle s’enquit de vous et je lui répondis, avec la plus grande sincérité, que j’ignorais tout de vos déplacements, mais que je pouvais essayer de me renseigner. Elle semblait extrêmement désireuse que je le fasse sur-le-champ.
Je lui ai dit, alors, qu’il était possible que vous ayez momentanément quitté la maison et que j’allais m’en informer. Je lui ai demandé de bien vouloir, sur ces entrefaites, ordonner aux robots qui se tenaient avec moi dans la pièce de vérifier, par toute la maison, si vous vous y trouviez.
— Ne se montra-t-elle pas étonnée que vous ne donniez pas vous-même cet ordre aux robots ?
— Je crois lui avoir donné l’impression que moi, un Aurorain, je n’avais pas, comme elle, l’habitude de commander à des robots, qu’en conséquence il lui était loisible de donner lesdits ordres avec une autorité plus marquée, entraînant une obéissance plus prompte. Les Solariens, c’est visible, s’enorgueillissent de leur habileté à manier les robots et manifestent un souverain mépris pour les capacités des habitants d’autres planètes en ce domaine. Ne partagez-vous pas cette opinion, Elijah ?
— Elle leur a donc ordonné de quitter la pièce ?
— Non sans difficulté. Ils opposèrent les ordres antérieurement reçus, mais, bien entendu, ne purent en préciser la nature et l’objet puisque vous-même leur aviez fait interdiction de communiquer à qui que ce fût ma véritable identité. Mme Delmarre passa donc outre à leurs protestations, bien qu’elle ait été contrainte de vociférer avec colère pour se faire enfin obéir.
— Et vous, alors, vous êtes parti ?
— C’est ce que j’ai fait, Elijah.
« Bien dommage, en vérité, pensa Baley, que Gladïa n’ait pas mesuré l’importance de cet épisode et ne lui en ait pas fait part, lors de leur communication. »
— Vous avez mis bien du temps à me découvrir, Daneel, dit-il seulement.
— Les robots de Solaria ont un réseau d’information qui les relie entre eux par liaison d’ondes courtes. Un Solarien bien entraîné eût été capable d’obtenir les renseignements désirés sur-le-champ. Mais, comme ils étaient relayés par des millions de machines individuelles, quelqu’un comme moi, sans expérience de la question, devait patienter un certain temps avant d’être en mesure de découvrir un seul fait. Il me fallut plus d’une heure pour obtenir les renseignements afférents à vos déplacements. Je perdis également du temps à visiter l’endroit où travaillait le Dr Delmarre, alors que vous en étiez déjà parti.
— Qu’est-ce que vous êtes allé y faire donc ?
— J’ai effectué des recherches personnelles. Je regrette d’avoir été contraint de les faire en votre absence, mais les exigences de l’enquête ne me laissaient pas d’autre solution.
— Et Klorissa Cantoro, demanda Baley, l’avez-vous vue en personne ou seulement contactée par stéréovision ?
— Par stéréovision, mais d’une autre pièce des bâtiments de la ferme, non d’un salon de notre demeure propre. Il y avait là des archives que je tenais à étudier. En temps ordinaire, j’aurais pu compulser ces documents par stéréovision, mais, dans le cas présent, demeurer sur notre domaine risquait d’entraver mon enquête puisque trois robots connaissaient ma véritable nature et pouvaient facilement me contraindre de nouveau à l’impuissance.
Baley se sentait maintenant presque en forme. Il sortit ses jambes du lit et s’aperçut qu’il était revêtu d’une sorte de chemise de nuit. La considérant avec répugnance : « Amenez-moi mes vêtements », ordonna-t-il.
Daneel obéit.
Tout en s’habillant, Baley demanda :
— Où est Mme Delmarre ?
— Assignée à résidence chez elle, Elijah.
— Hein ! Et sur l’ordre de qui ?
— Par mon ordre. Elle est consignée dans sa chambre sous la surveillance de robots. Son droit à enjoindre, sauf pour la satisfaction de besoins strictement personnels, a été neutralisé.
— Neutralisé par vous ?
— Les robots de ce domaine ne sont pas informés de ma véritable identité.
Baley achevait de s’habiller.
— Je sais bien comment se présente cette affaire si l’on prend Gladïa comme coupable, dit-il. Elle a eu l’occasion, une occasion meilleure encore que nous ne le pensions de prime abord : elle ne s’est pas précipitée sur les lieux au bruit du cri poussé par son mari comme elle l’avait prétendu. Non, elle se trouvait là antérieurement au meurtre.
— Avoue-t-elle avoir assisté au meurtre ? Prétend-elle avoir vu le meurtrier ?
— Non. Elle ne se souvient de rien qui ait pu se passer au moment crucial. Oh ! ça arrive, vous savez. Mais il se révèle aussi qu’elle avait un motif de le tuer.
— Quel était-il, Elijah ?
— Un motif que, dès le début, j’avais envisagé comme possible. Je m’étais dit alors : Supposons que nous soyons sur Terre, que le Dr Delmarre ait été réellement tel qu’on nous l’avait décrit et que Gladïa Delmarre soit vraiment telle qu’elle paraît être. J’oserais dire qu’elle était éprise de lui, ou l’avait été, mais que, lui, ne nourrissait d’autre affection que pour lui-même. Mais l’ennui était de savoir si les Solariens pourraient éprouver de l’amour ou réagir à un sentiment amoureux de la même façon que les Terriens. Je ne pouvais pas faire confiance à mes idées a priori, en ce qui concernait leurs émotions ou leurs réactions émotives. C’est pourquoi il fallait que je voie, en chair et en os, quelques Solariens, et non leur image tridimensionnelle.
— Je m’avoue incapable de saisir votre propos, Elijah.
— Je ne sais pas si je puis vous l’expliquer, en fait. Vous voyez, ces gens, dès avant leur naissance, ont leurs possibilités génétiques soigneusement estimées. On vérifie le schéma général réel immédiatement après leur naissance.
— Oui, je savais cela.
— Mais, malheureusement, les gènes ne sont pas tout. Le milieu a son importance aussi. Et leur milieu social suffit à transformer en véritable psychose ce qui, du point de vue de la génétique pure, n’était qu’une tendance. Aussi, vous avez remarqué l’intérêt particulier que Gladïa porte à la Terre ?
— Je m’en suis rendu compte, en effet, Elijah, et j’ai estimé que ce n’était qu’un intérêt fallacieux, qui lui permettrait d’influencer vos points de vue.
— Mais si nous supposons que c’est un intérêt véritable, et même plus, une sorte de fascination ? Supposons qu’il y ait quelque chose, dans les foules de la Terre, qui la passionne. Supposons toujours qu’elle se sente attirée, malgré elle, par quelque chose que son éducation lui fait considérer comme obscène. Il y a là une possibilité d’anomalie.