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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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« Grace, dit Peter, comment connaît-il ce que les instruments scientifiques les plus performants ne peuvent voir ? »

Mais Grace ne put répondre à cette question. Prosternée sur le sable, elle pleurait à chaudes larmes, les bras tendus vers la mer comme si son enfant le plus cher lui avait été enlevé par un requin. Tous les hommes et les femmes présents étaient dans la même position, à genoux sur le sable, les bras vers l’océan ; et tous pleuraient.

Peter s’agenouilla à son tour dans le sable, se prosterna et tendit les bras ; peut-être était-il en train de pleurer, mais Wang-mu n’avait aucun moyen ne s’en assurer.

Elle seule était restée debout, pensive. Pourquoi suis-je ici, puisque je ne participe pas aux événements, qu’il n’y a rien de divin en moi, ni rien d’Andrew Wiggin ? Elle se disait aussi : Comment puis-je m’inquiéter de ma propre solitude à un moment pareil, alors que je viens d’entendre la voix d’un homme dont le regard embrasse les cieux ?

Mais au fond d’elle-même, elle avait une autre certitude : Je suis ici parce que je suis celle qui doit aimer Peter afin qu’il se sente digne, suffisamment digne pour laisser la bonté de Valentine couler en lui, faisant de lui un être entier, le transformant en Ender. Pas Ender le Xénocide, ni Andrew, le Porte-Parole des Morts, culpabilité et compassion réunies dans un même cœur brisé à tout jamais, mais Ender Wiggin, l’enfant de quatre ans dont la vie a été manipulée et brisée alors qu’il était trop jeune pour se défendre. Wang-mu allait donner à Peter le droit de devenir l’homme que cet enfant aurait dû devenir, si le monde avait été plus juste.

Comment puis-je le savoir ? pensa Wang-mu. Comment puis-je être aussi sûre de ce que je dois faire ?

Je le sais parce que c’est l’évidence même, pensa-t-elle. Je le sais parce que j’ai vu ma maîtresse Han Qing-Jao se détruire par excès d’orgueil, et je ferai tout mon possible pour empêcher Peter de se détruire lui-même par l’orgueil que lui donne son peu de valeur. Je le sais parce que moi aussi j’ai été brisée dans mon enfance lorsque l’on m’a forcée à devenir une manipulatrice malfaisante et égoïste afin de protéger la fragile petite fille, un peu fleur bleue, qui aurait été détruite par la vie qu’elle allait mener. Être son propre ennemi, je sais ce que c’est, et pourtant j’ai dépassé ce stade depuis bien longtemps pour poursuivre mon chemin, et je peux maintenant prendre Peter par la main et lui montrer la voie.

Sauf que je ne connais pas la voie en question, je suis encore blessée, et la jeune fille fleur bleue est toujours craintive et vulnérable, le monstre malfaisant dirige toujours ma vie, et Jane va mourir parce que je ne peux rien offrir à Peter. Il a besoin de kava, et je ne suis qu’eau. Non, je suis eau de mer, bouillonnante, pleine de sable, sur le rivage, pleine de sel ; il voudra me boire mais mourra de soif.

C’est ainsi qu’elle se retrouva elle aussi en train de pleurer, prosternée à son tour sur le sable, les bras tendus vers la mer, vers la pirogue de Malu qui avançait tel un vaisseau stellaire dans l’espace.

Valentine contemplait l’hologramme de son ordinateur montrant de minuscules samoans en pleurs prosternés sur une plage. Elle fixa l’image jusqu’à en avoir mal aux yeux, puis elle parla enfin. « Éteins-moi ça, Jane. »

L’image s’évanouit.

« Qu’est-ce que je suis censée faire maintenant ? dit Valentine. Tu aurais mieux fait de me montrer mon sosie, ma jeune sœur jumelle. Tu aurais dû réveiller Andrew pour lui montrer ça. En quoi cela me concerne-t-il ? Je sais que tu veux vivre. C’est aussi mon désir. Mais que puis-je faire ? »

Le visage de Jane se dessina vaguement au-dessus de l’ordinateur. « Je ne sais pas, dit-elle. Mais l’ordre vient d’être lancé. Ils ont commencé à me déconnecter. Je suis en train de perdre une partie de ma mémoire. Je ne peux déjà plus réfléchir à autant de choses à la fois. Il me faut trouver un endroit où aller, mais il n’y en a pas, et même s’il y en avait, je ne sais pas comment y arriver.

— As-tu peur ? demanda Valentine.

— Je ne sais pas. Cela prendra des heures avant qu’ils m’achèvent. Si j’arrive à savoir ce que je ressens d’ici là, je t’en ferai part, si je le peux. »

Valentine cacha son visage dans ses mains un long moment. Puis elle se leva et quitta la maison.

Jakt la vit sortir et secoua la tête. Des dizaines d’années auparavant, lorsque Ender quittait Trondheim et que Valentine avait décidé de rester pour l’épouser, pour devenir la mère de ses enfants, il s’était réjoui de la voir enfin si heureuse et si vivante sans le fardeau qu’Ender lui avait imposé depuis toujours et qu’elle avait porté inconsciemment. Puis elle lui avait demandé s’il voulait la suivre sur Lusitania. Il avait répondu oui, et aujourd’hui tout était redevenu comme avant, elle subissait de nouveau le poids de la vie d’Ender, du besoin qu’il avait d’elle. Jakt ne pouvait le lui reprocher – tout cela n’avait été ni prévu, ni voulu ; et ni l’un ni l’autre n’essayait de s’emparer d’une partie de la vie de Jakt. Mais il lui était pénible de la voir plier sous ce fardeau et de savoir que malgré tout son amour pour elle, il n’y avait rien qu’il puisse faire pour l’aider à supporter tout cela.

Miro était en face d’Ela et de Quara à l’entrée du vaisseau. Val attendait à l’intérieur avec le pequenino nommé Coupe-Feu ainsi qu’une ouvrière sans nom qui leur avait été envoyée par la Reine.

« Jane est en train de mourir, dit Miro. Nous devons partir tout de suite. Elle n’aura pas la capacité de nous envoyer un vaisseau si nous attendons trop longtemps.

— Comment peux-tu nous demander de partir en sachant qu’une fois Jane morte, nous ne pourrons plus jamais revenir ? dit Quara. Nous ne pourrons survivre qu’autant que dureront les limites de réserve d’oxygène de ce vaisseau. Tout au plus quelques mois, après quoi nous mourrons.

— Mais aurons-nous accompli quoi que ce soit dans ce laps de temps ? demanda Miro. Aurons-nous réussi à communiquer avec ces descoladores, ces extraterrestres qui ont envoyé leurs sondes destructrices sur d’autres planètes ? Aurons-nous réussi à les convaincre de s’arrêter ? Aurons-nous sauvé toutes les espèces connues, ainsi que des milliers, voire des millions d’autres, de quelque terrible et imparable virus ? Jane nous a donné les meilleurs programmes qu’elle a pu créer pour communiquer avec eux. Est-ce suffisant comme œuvre maîtresse ? Accomplissement de toute une vie ? »

Sa sœur aînée, Ela, le regarda tristement. « Je pensais avoir déjà accompli l’œuvre de ma vie en découvrant la parade à la descolada sur notre planète.

— C’est vrai. Tu en as fait assez. Mais il y a encore à faire, et toi seule en es capable. Je te demande de me suivre et de mourir avec moi, Ela, parce que sans toi, ma mort n’aurait aucun sens, parce que sans toi, Val et moi ne pouvons pas réussir. » Quara et Ela restèrent sans bouger ni parler. Miro hocha la tête, puis monta à bord du vaisseau. Mais avant qu’il ne ferme la porte et ne la scelle, les deux sœurs, se tenant par la taille, lui emboîtèrent le pas en silence.

8

« Ce qui importe, c’est de savoir quelle histoire croire »

« Mon père m’a dit un jour Qu’il n’y avait pas de dieux, Mais seulement les manipulations cruelles De gens malfaisants Qui prétendent que leur pouvoir est bon Et qu’il n’en ressort que de l’amour. Mais si les dieux n’existent pas, Pourquoi éprouvons-nous le besoin de croire en eux ? Ce n’est pas parce que des menteurs malfaisants Se trouvent entre eux et nous Et nous empêchent de les voir Que le halo lumineux Qui enveloppe chaque menteur Ne représente pas les contours d’un dieu, attendant Que nous trouvions notre chemin à travers le mensonge. »
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