1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
27 novembre 1942.
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Ce 10 novembre 1942, Churchill lève les bras, formant ainsi le V de Victoire, et tous les participants à ce déjeuner organisé par le lord-maire de Londres se dressent, ovationnent le Premier ministre durant plusieurs minutes.
Le silence ne s’établit que lorsque Churchill baisse les bras, met fin à cette communion, à cette célébration de la victoire d’El-Alamein remportée sur Rommel par les généraux britanniques Montgomery et Alexander, et saluant aussi le succès du débarquement américain en Afrique du Nord. Même si les combats stupides et fratricides entre Américains et Français continuent encore.
« Je n’ai jamais promis autre chose que du sang, des larmes, du labeur et de la sueur, commence Churchill. Mais voici que nous avons maintenant une expérience nouvelle. Nous avons la victoire – une victoire remarquable et définitive. Son brillant éclat illumine les casques de nos soldats, et il réchauffe et réjouit tous nos cœurs. »
On l’acclame.
« Les Allemands ont subi le même déluge de feu et d’acier qu’ils ont si souvent infligé aux autres », poursuit-il.
D’un mouvement rapide du bras, il interrompt les applaudissements qui déferlent de nouveau.
« Mais ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. En revanche, oui, c’est peut-être la fin du commencement. »
On l’applaudit. Il poursuit.
Il n’a été, dans l’opération Torch, dit-il, « que le lieutenant actif et ardent du président Roosevelt, commandant en chef des forces armées des États-Unis et instigateur de cette entreprise formidable ».
Churchill s’interrompt quelques secondes, le visage en sueur, rouge.
Il se souvient du 11 novembre 1918, de la victoire d’il y a vingt-quatre ans, à un jour près.
« À l’heure présente, reprend-il, nos pensées se tournent vers la France qui gémit sous la botte allemande. Beaucoup se demandent : “Est-ce la fin de la France ?…” Je vous déclare ici, en cette occasion mémorable, au moment même où des Français égarés ou contraints tirent sur leurs sauveurs, je vous déclare que je crois au relèvement de la France.
« Tant qu’il y aura des hommes comme le général de Gaulle et ceux qui le suivent, ainsi que des hommes comme le général Giraud, ce vaillant guerrier qu’aucune prison ne peut garder… ma confiance dans l’avenir de la France demeure inébranlable… »
Churchill ne s’est pas laissé aveugler, étourdir par les applaudissements.
Il n’a pas oublié de citer le général Giraud, ce rival de De Gaulle qu’un sous-marin anglais a transporté des côtes de France à Gibraltar, et que de là un avion anglais a transféré à Blida, au cœur de l’Algérie.
Roosevelt – et Churchill en est d’accord – veut disposer de la « carte » Giraud, qu’on pourra jouer contre l’amiral Darlan et le général de Gaulle, si « ces deux-là », le successeur désigné de Pétain et le rebelle ambitieux, ne se plient pas aux ordres de Washington et de Londres.
Giraud est le plus raisonnable. Il veut seulement se battre contre les « Boches ». Mais de Gaulle est une « prima donna », une « diva », qui irrite Roosevelt par ses prétentions.
Le général s’imagine encore que la France peut faire jeu égal avec les États-Unis et l’Angleterre. Mais que reste-t-il de la France dans cette nuit du 10 au 11 novembre 1942 ?
À 2 heures du matin, ce 11 novembre 1942, une « note verbale » avertit le gouvernement de Vichy du « débarquement immédiat des contingents allemands et italiens à Tunis et à Bizerte ».
Les parachutistes allemands sont en train de se poser tout autour de l’arsenal et prennent le contrôle de l’aérodrome de Tunis où se trouvent déjà des bombardiers de la Luftwaffe.
Les autorités militaires françaises ont oscillé au gré des messages contradictoires reçus de Pétain et de Laval, entre la résistance aux troupes de l’Axe ou la neutralité.
C’est cette dernière qui l’emporte.
Des dizaines de milliers d’hommes (250 000 !), Allemands et Italiens, commencent à débarquer à Bizerte, à occuper la Tunisie.
Rommel, quand il l’apprend, est révolté, amer ; ces soldats-là sont ceux qui lui ont manqué quand il n’était qu’à une centaine de kilomètres du Caire. Ils auraient permis d’atteindre le Nil.
Mais le Führer s’était refusé à lui envoyer des renforts, ces hommes qui aujourd’hui occupent la Tunisie, afin, dit la « note verbale » adressée au gouvernement de Vichy, « de pouvoir faire obstacle de là à l’occupation américaine de l’Afrique du Nord, de libérer ces territoires et de compléter, à leur côté, les forces armées françaises »…
À 5 h 30 du matin, ce même 11 novembre 1942, une lettre de Hitler est transmise au maréchal Pétain.
Elle annonce l’entrée des troupes allemandes en zone libre.
Il s’agit, selon Hitler, de prendre les devants, car les « prochains objectifs de l’invasion américaine sont la Corse et le midi de la France ».
Et Hitler conclut cette lettre brutale et hypocrite :
« Je voudrais vous assurer que vous pourrez, monsieur le Maréchal, vous et votre gouvernement, vous déplacer désormais librement sans aucune entrave dans toute la France. »
Avant 7 heures du matin, ce 11 novembre, les unités de la Wehrmacht franchissent la ligne de démarcation.
L’Armée de l’armistice est paralysée.
À 8 h 30, le ministre de la Guerre du gouvernement de Vichy, le général Bridoux, interdit aux troupes de quitter leurs lieux de garnison.
Or il était prévu que ces régiments, ces divisions, gagneraient les hauts plateaux du Massif central afin d’y créer des foyers de résistance.
Seul le général de Lattre tentera de gagner le plateau des Corbières, il sera arrêté et emprisonné à la prison militaire de Toulouse. Et les Allemands n’auront qu’à cerner les casernes, à chasser les soldats, à s’emparer de leurs armes.
L’occupation de la zone libre ne rencontre donc aucun obstacle. Le gouvernement de Vichy n’a plus ni territoire ni armée.
Ce 11 novembre 1942, une heure après l’ordre du général Bridoux (qui équivaut à dire : « Laissez-vous prendre au piège » ou : « Livrez vos armes et votre honneur aux nazis »), un train blindé allemand se présente à la sortie de Moulins et demande le passage en direction de Vichy.
À son bord, le maréchal von Runstedt qui est chargé par le Führer d’informer officiellement le maréchal Pétain de l’invasion de la zone libre.
À 10 h 30, le maréchal von Runstedt se présente en grande tenue à l’hôtel du Parc.
Pétain, revêtu de son uniforme de Verdun, et portant pour toute décoration la médaille militaire, le reçoit, l’écoute, puis, la voix plus tremblante encore qu’à l’ordinaire, lit très lentement sa protestation.
Son entourage a veillé à ce qu’elle ne soit que « juridique ».
Laval, par téléphone depuis Munich, a insisté pour que rien ne puisse suggérer qu’on incite à la résistance, sinon les « représailles contre la population française seraient effroyables ».
Pétain a approuvé les propos de Laval. Il lit :
« J’ai reçu cette nuit une lettre du Führer m’annonçant qu’en raison des nécessités militaires, il était dans l’obligation de prendre des mesures qui ont pour effet de supprimer, en fait, les données premières et les fondements de l’armistice.
« Je proteste solennellement contre ces décisions incompatibles avec les conventions d’armistice. »
Pétain semble avoir retrouvé de l’énergie.
Il exige que cette protestation soit diffusée sur les ondes. Il se heurte à Marion, le secrétaire d’État à l’information, qui ne veut mécontenter ni Laval ni Hitler.