Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
Il faut Pétrarque à l’amour des âmes, Shakespeare aux enchantements du jeune bonheur; l’honneur ne se dresse bien à toute sa taille que dans le vers géant de Corneille; Dieu enfin, Dieu lui-même n’éclate avec tous ses éblouissements redoutables qu’au choc de l’énorme parole de Bossuet ou au cri surhumain de Lacordaire.
Mais l’or! Rien ne le grandit, rien ne le rehausse; c’est lui qui est parce qu’il est: Dieu de tous ceux qui n’ont plus de Dieu! Et ici, je vous parle si vrai (ô mes frères!) que l’or des poètes vous n’y croyez pas, il vous fait sourire, ce n’est pas là votre or. Le bon or, le seul qui ait le titre et qui sonne, donnant aux enfants des cruautés d’homme et rendant le frisson ardent de l’adolescence au sang qui s’attarde dans la veine des vieillards, c’est l’or bête, l’or lourd et grossier servi tout cru, sans fleurs ni style, dans la prose plate des agents de change et des notaires!
Si vous voulez qu’il brille, allumant tout son incendie et répandant tous ses vertiges, ne lui élevez pas un temple, il n’y serait pas chez lui; ne le mettez même plus à la cave où il se plaisait autrefois, roulant et ruisselant sous l’œil affolé de l’avare.
Non: quatre cloisons, un treillage derrière lequel on voit les choses qui sont des hommes puisqu’elles ont des redingotes, une caisse de fer et des papiers tachés de chiffres, voilà le domicile de l’or moderne, son mobilier et les mites qu’il engendre dans sa boutique ou dans son étude…
Au contrat, il y avait encore quatre ou cinq numéros enflant l’apport du «futur époux». Maître Souëf les détailla pieusement, l’assistance les écouta en proie à des effarements attendris. Adèle essuyait à chaque instant ses lunettes que la fièvre de sa dévotion couvrait d’une buée.
Elle allait répétant sans savoir qu’elle parlait:
– Très bien! très bien! ah! je n’ai jamais rien entendu de si beau!
Et le bon Jaffret se frottait les mains en extase, chantant rrriqui huick tout au fond de son doux cœur.
Le Dr Samuel s’était mis dans un coin, il songeait. La comtesse Marguerite était très pâle et ses paupières demi-baissées cachaient mal l’éclair de ses yeux.
Maître Souëf reprit, après un silence qui avait ponctué le dernier chiffre, et pendant lequel il avait joui en artiste de l’effet produit par son grand air:
«- Article quatrième: La future épouse apporte en mariage et se constitue en dot:
«1e Personnellement, ses effets mobiliers, linge, hardes et bijoux.
«2e Du fait de ses parents et amis ci-après dénommés, une rente de 25 000 francs que s’engagent à payer solidairement par quartiers Mme la comtesse Joulou du Bréhut de Clare, née Marguerite Sadoulas, M. Jaffret (Jean-Baptiste), rentier, M. le comte de Comayrol (Stanislas-Auguste) et M. Samuel-Meyer, sujet prussien, docteur-médecin des facultés de Paris et d’Iéna, soussignés.
«3e Ses droits actuels et liquides, mais subordonnés à la production des titres à la succession de feu son père, M. Morand Fitz-Roy Stuart (Etienne-Nicolas) et à celle de feu sa mère Marie Gordon de Wangham, évaluées ensemble à la somme de (mémoire).
«4e Ses droits actuels et liquides, etc., aux successions de demoiselle Désirée-Mathilde Fitz-Roy Stuart de Clare et de demoiselle Mathilde-Émilie Fitz-Roy Stuart de Clare, décédées en leur hôtel de la rue de la Victoire, le 5 janvier dernier, lesdites successions évaluées ensemble à la somme de un million trois cent trente mille francs, biens, immeubles et valeurs.
«5e Ses droits actuels et liquides, etc., à la succession de dame Louise-Sophie-Mathilde Schwartz, née Fitz-Roy Stuart de Rothsay, en son vivant veuve et légataire universelle de M. Antoine-Jean Schwartz, associé de la maison de banque baron J. -B. Schwartz et Co, ladite succession évaluée, biens meubles et immeubles, à la somme de cinq millions quatre cent soixante mille francs…»
Arrêtons-nous.
Au total, les apports réunis dépassaient de beaucoup vingt millions.
Le reste du contrat présentait peu d’intérêt, il ressemblait à tous les autres, et, malgré la valeur que le talent de maître Souëf prêtait aux phrases consacrées, la fin de sa lecture fut couverte par les conversations.
On signa en cérémonie, puis l’entretien devint immédiatement général.
C’étaient, en vérité, de bien bons amis de cette noble maison de Clare, ceux qui se trouvaient là réunis aujourd’hui, car on n’entendait de toutes parts que joyeuses félicitations. Maître Souëf allait de groupe en groupe, quêtant les compliments qui lui étaient libéralement accordés.
– J’ai voulu, disait-il, que ce contrat fût mon chef-d’œuvre. Je l’ai voulu: ai-je réussi? c’est aux deux familles de répondre. Dans ma carrière si laborieuse et si bien remplie, je ne crois pas qu’on pût trouver un autre exemple de si importants apports réunis dans les circonstances si délicates. Enfin, je crois en être venu à mon honneur. Le gain matériel ici est bien peu de chose, et, d’ailleurs, je puis dire que je suis au-dessus de ces détails. Ma véritable récompense, je la trouverai dans la satisfaction des deux familles.
M. Buin était allé s’asseoir auprès de Georges.
Malgré l’énergie avec laquelle le malheureux directeur avait défendu qu’on lui parlât de sa mésaventure, il ne tarissait pas sur ce sujet; et le prince Georges, chose qui assurément aurait pu sembler singulière, l’écoutait avec une attention soutenue.
Un groupe d’auditeurs curieux se forma autour d’eux. M. Buin, vieux et très habile fonctionnaire, à l’aide des renseignements recueillis de tous côtés dans la soirée, avait reconstruit si parfaitement l’histoire de l’évasion qu’aucun détail n’y manquait.
Bien entendu, il exagérait un peu, comme c’était son intérêt, la perfection, l’abondance des moyens employés et surtout l’importance des forces mises en œuvre.
Selon lui, dans cette diabolique soirée, le quartier tout entier avait été au pouvoir d’une puissante et mystérieuse occupation.
– Moi, disait-il, je n’ai pas l’esprit romanesque, et, dans notre état, on ne se monte guère l’imagination, mais les faits sont les faits. Ce Clément était protégé par des personnes considérables. Je ne les accuse pas, mais je m’étonne et j’en ai bien le droit. Qui peut-il être? Voudriez-vous me faire croire que, pour ouvrir les portes de la Force à un vulgaire assassin, on a mis en ligne une armée capable de prendre le donjon de Vincennes?
– Le fait est, dit Samuel, qu’il y a là une énigme. Adèle perça le groupe et ajouta:
– C’est évident! Pauvre ami, je vous ai annoncé que nous causerions. J’ai des détails. Notre glacier demeure auprès du Gymnase. L’employé qui accompagnait les rafraîchissements, car on va vous offrir une petite collation bien gentille… toute simple, bien entendu: ce n’est pas nous qui sommes les millionnaires… L’employé du glacier m’a fait savoir que la mécanique s’étendait tout le long du boulevard jusqu’au Château-d’Eau. Et je vous signale un des vôtres, chez M. Buin, le seul qui ait poussé sa pointe hors du quartier. Celui-là est un bon!
«Au moment où il allait atteindre le fiacre, le fiacre dont vous venez de parler et qui emportait le condamné, il a été entouré, battu, renversé par une véritable émeute. Mon glacier est de ceux qui ont aidé à le relever tout meurtri. On lui a demandé son nom et je vous le donne: c’est un de vos gardiens, M. Noël. Mettez-le sur vos tablettes.