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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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« Mieux vaut que je vous place », dit Za.

Il fit mine d’attraper une nouvelle fois Gurgeh par le poignet, mais ce dernier leva brusquement la main pour lisser sa barbe, et Za manqua son coup. D’un hochement de tête, Gurgeh lui fit signe d’avancer.

« Après vous », dit-il.

Za cligna de l’œil et s’éloigna à grandes enjambées. Ils atteignirent l’arrière du petit groupe qui se tenait devant le trône.

« Je vous rends votre pupille, Péquil », annonça Za à l’apical manifestement inquiet, avant de s’écarter de quelques pas.

Gurgeh se retrouva au côté de Péquil ; Flère-Imsaho flottait derrière lui, à hauteur de hanche, en bourdonnant consciencieusement.

« Monsieur Gurgee, nous commencions à nous faire du souci, murmura Péquil en jetant un coup d’œil nerveux en direction de l’escalier.

« Ah bon ? répliqua Gurgeh. Comme c’est rassurant. »

Péquil n’eut pas l’air d’apprécier. Gurgeh se demanda s’il s’était encore trompé sur la manière dont on devait s’adresser à un apical.

« J’ai de bonnes nouvelles pour vous, Gurgee, reprit Péquil en regardant Gurgeh, qui feignit la curiosité du mieux qu’il put. J’ai réussi à obtenir que vous soyez personnellement présenté à Son Altesse Royale l’Empereur-régent Nicosar !

« J’en suis extrêmement honoré, sourit Gurgeh.

« Je crois bien ! Je crois bien ! C’est en effet un honneur des plus exceptionnels ! s’étrangla Péquil.

« Alors vous n’avez pas intérêt à merder », commenta à voix basse Flère-Imsaho derrière lui.

Gurgeh baissa les yeux sur la machine.

Le même fracas se fit à nouveau entendre, et tout à coup une vague d’individus vêtus de couleurs criardes déferla dans l’escalier ; descendant vers la salle, ils en emplirent bientôt toute la largeur. Gurgeh présuma que le premier d’entre eux, qui portait une longue hampe, devait être l’Empereur – ou l’Empereur-régent, comme l’avait appelé Péquil –, mais une fois parvenu au pied de l’escalier, l’apical en question fit un pas de côté et s’écria :

« Son Altesse Impériale du Collège de Candsev, prince de l’Espace, Défenseur de la Foi, duc de Groasnachek, Maître des Feux d’Echronédal, l’Empereur-régent Nicosar Ier ! »

L’Empereur était vêtu de noir des pieds à la tête ; c’était un apical de taille moyenne à l’air pénétré dont la tenue n’était pas particulièrement chamarrée. Il était entouré d’Azadiens de tous sexes fabuleusement accoutrés parmi lesquels on remarquait des mâles vêtus d’uniformes qui, par rapport aux autres, paraissaient relativement conservateurs, ainsi que des gardes apicaux arborant d’énormes sabres et de minuscules armes à feu : l’Empereur était précédé d’une collection d’animaux de grande taille et de toutes les couleurs, à quatre ou six pattes et portant collier et muselière ; ils étaient tenus en laisse au bout d’une chaîne incrustée d’émeraudes et de rubis par des mâles obèses et quasiment nus dont la peau huilée luisait comme de l’or pailleté sous les lustres de la salle de bal.

L’Empereur s’arrêta pour adresser la parole à quelques personnes (qui s’agenouillèrent à son approche), à l’autre bout de la haie d’honneur et du côté opposé, puis revint avec sa suite vers le côté où se tenait Gurgeh.

Dans la salle, le silence était presque total. Gurgeh perçut le souffle rauque de quelques-uns des carnivores apprivoisés. Péquil était en nage. Une veine battait trop vite au creux de son cou.

Nicosar s’approcha encore. Gurgeh songea que l’Empereur avait un visage d’une dureté et d’une détermination peut-être un peu moins impressionnantes que celui de l’Azadien moyen. Il était légèrement voûté, et, même lorsqu’il s’adressa à un individu situé à deux ou trois mètres de lui, Gurgeh ne put saisir que les réponses de ce dernier. Gurgeh trouva Nicosar un peu plus jeune qu’il ne s’y était attendu.

Bien que Péquil lui ait annoncé qu’il serait personnellement présenté, Gurgeh ressentit néanmoins une légère surprise lorsque l’apical en noir s’immobilisa devant lui.

« À genoux », crissa Flère-Imsaho.

Gurgeh mit un genou en terre. Le silence parut s’épaissir.

« Oh, merde ! » fit tout bas la machine bourdonnante.

Péquil laissa échapper un gémissement.

L’Empereur baissa les yeux sur Gurgeh, puis fit un petit sourire.

« Monsieur Un-Genou, vous devez être notre ami étranger. Nous vous souhaitons bonne chance au jeu. »

Gurgeh se rendit compte de son erreur et posa l’autre genou en terre, mais l’Empereur agita sa main baguée en disant :

« Non, non… Nous admirons l’originalité. À l’avenir, c’est sur un seul genou que vous nous saluerez.

« Merci, Altesse », fit Gurgeh en s’inclinant légèrement.

L’Empereur hocha la tête et fit demi-tour afin de poursuivre son chemin.

Péquil poussa un soupir hoquetant.

L’Empereur parvint à l’estrade et au trône, et la musique retentit : on se mit tout à coup à parler, et les deux rangées jumelles se défirent. Tous jacassaient et gesticulaient en même temps. Péquil semblait au bord de l’apoplexie. Il restait sans voix.

Flère-Imsaho s’éleva dans les airs.

« Je vous en prie, commença-t-il. Ne faites plus jamais une chose pareille. »

Gurgeh fit la sourde oreille.

« Au moins a-t-il réussi à parler, éructa tout à coup Péquil en saisissant d’une main tremblante un verre sur un plateau. Au moins a-t-il réussi à parler, n’est-ce pas, machine ? (Il s’exprimait très vite ; Gurgeh avait du mal à suivre. Puis il vida son verre.) La plupart des gens se figent sur place. Moi, c’est ce que j’aurais fait, je crois. C’est ce que font beaucoup de gens. Un genou ou deux, quelle importance, hein ? Quelle importance ? (Péquil chercha des yeux le mâle porteur du plateau de boissons, puis reporta son regard sur le trône, où l’Empereur avait pris place. Ce dernier s’entretenait pour l’instant avec quelques-uns des membres de son escorte.)

« Quelle présence ! Quelle majesté ! s’exclama Péquil.

« Pourquoi dit-on de lui qu’il est l’« Empereur-régent » ? demanda Gurgeh à l’apical en sueur.

« Son Altesse a dû reprendre la Chaîne Royale suite au regrettable décès de l’Empereur Molsce, il y a de cela deux ans. En tant que deuxième meilleur joueur du tournoi précédent, Notre Idolâtré Nicosar est monté sur le trône. Mais je ne doute pas qu’il y restera ! »

Gurgeh avait appris la mort de Molsce au fil de ses lectures, mais ignorait que Nicosar n’était pas considéré comme Empereur de plein droit. Il hocha la tête et, contemplant l’accoutrement extravagant des êtres et des bêtes qui entouraient l’estrade impériale, se demanda quelles splendeurs supplémentaires Nicosar aurait donc méritées s’il avait effectivement remporté le tournoi.

« Je vous demanderais bien cette danse, mais ici on désapprouve les hommes qui dansent ensemble », déclara Shohobohaum Za en s’approchant du pilier auquel Gurgeh était adossé.

Il prit sur une petite table voisine une assiette de pâtisseries enveloppées de papier et la tendit à Gurgeh, qui déclina en secouant la tête. Za s’en fourra deux ou trois dans la bouche tandis que Gurgeh observait le ballet complexe de motifs récurrents qui répandait ses remous de chair et d’étoffe colorée de part et d’autre de la salle de bal. Flère-Imsaho vint les rejoindre. Son caisson crépitant d’électricité statique était parsemé de morceaux de papier.

« Ne vous en faites pas pour ça, dit Gurgeh à Za. Je ne m’en sentirai pas insulté.

« Tant mieux. Vous passez un bon moment ? (Za s’adossa au pilier.) Je vous trouvais l’air un peu esseulé, dans votre coin. Où est Péquil ?

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