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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Il observa la salle de bal. Elle résonnait d’une musique émanant manifestement d’instruments à vent ; apicaux et femelles luxueusement vêtues s’étaient appariés, et parcouraient le plancher de marqueterie luisante en respectant des figures immuables avec des expressions tantôt fières, tantôt humbles, mais toujours odieuses, tandis que les serviteurs mâles allaient et venaient précautionneusement, comme des machines, en veillant à ce que tous les verres soient pleins, toutes les assiettes garnies. Gurgeh ne cherchait même plus à tenir compte de la nature de leur système de société ; il y trouvait tout simplement une trop forte dose d’organisation, de grossièreté et de rigidité.

« Ah, Gurgee ! fit Péquil, qui se glissa entre une grande plante en pot et un pilier de marbre, tenant par le coude une femelle d’allure juvénile. Vous voilà enfin. Je vous présente Trinev FilleDutley. (L’apical les regarda alternativement sans cesser de sourire, puis poussa la jeune fille en avant. Celle-ci s’inclina lentement.) Trinev est aussi une joueuse-de-jeux, reprit Péquil en s’adressant à Gurgeh. Intéressant, non ?

« Je suis honoré de faire votre connaissance, jeune femme », fit Gurgeh en s’inclinant légèrement.

Elle se tenait immobile devant lui, les yeux rivés au plancher. Sa robe était moins surchargée que la moyenne, et la jeune femme qu’elle habillait paraissait plus effacée.

« Bien, je laisse bavarder les deux originaux, d’accord ? reprit Péquil en faisant un pas en arrière, les mains jointes. Le père de Mlle FilleDutley se trouve près de la scène du fond, Gurgee ; si vous voulez bien lui rendre la jeune femme quand vous aurez fini de parler… ? »

Gurgeh suivit du regard Péquil qui s’éloignait puis reporta en souriant son attention sur le sommet du crâne de la jeune femme. Il s’éclaircit la voix. L’autre ne dit mot.

« Je… Euh… Je croyais que seuls les intermédiaires – les apicaux – jouaient à l’Azad », hasarda-t-il.

Les yeux de la jeune fille remontèrent jusqu’à la poitrine de Gurgeh.

« Non, monsieur. Il y a quelques joueuses capables, de rang inférieur, naturellement. »

Elle s’exprimait d’une voix douce où perçait la lassitude. Comme elle ne lui montrait pas son visage, il était obligé de s’adresser à la partie supérieure de sa tête, où il distinguait la blancheur de la peau sous les cheveux noirs noués.

« Ah bon ? reprit-il. Je pensais que c’était peut-être… interdit. Je suis heureux de m’être trompé. Les mâles jouent-ils aussi ?

« Certainement, monsieur. Tout le monde a le droit de jouer. C’est inscrit dans la Constitution. Simplement, on fait en sorte que… Enfin, c’est plus difficile pour les deux… (La femme s’interrompit et releva la tête en lui décochant un brusque regard qui le fit sursauter.) Les deux sexes inférieurs ont plus de mal à apprendre parce que les grands collèges n’acceptent que des élèves apicaux. (De nouveau elle baissa les yeux.) Bien sûr, c’est pour ne pas détourner l’attention de ceux qui étudient. »

Gurgeh ne sut pas très bien quoi répondre. Dans un premier temps, il ne put que prononcer :

« Je vois. »

Puis il ajouta :

« Euh… avez-vous bon espoir pour ce tournoi ?

« Si je me débrouille bien – si j’arrive jusqu’en deuxième manche de première série –, alors j’espère entrer dans la fonction publique, et ensuite voyager.

« Ma foi, j’espère que vous vous en sortirez bien.

« Merci. Malheureusement, ce n’est guère probable. Comme vous le savez, la première manche se joue par groupes de dix, et quand on est la seule femme contre neuf apicaux on est considérée comme une perturbation. On se fait généralement évincer d’entrée de jeu, pour libérer le terrain.

« Hmm… On m’a averti qu’il pouvait m’arriver quelque chose dans ce genre, déclara Gurgeh en souriant. (Il avait toujours sous les yeux le crâne de la jeune femme, et souhaitait qu’elle le regarde à nouveau.)

« Oh, non ! (À ce moment-là elle releva la tête, et Gurgeh trouva étrangement déconcertante la franchise contenue dans ce regard direct) Ils ne vous feront jamais une chose pareille ; ce ne serait pas poli. Ils ne peuvent pas savoir de quelle force vous êtes. Ils… (Elle baissa une nouvelle fois les yeux.) Ils connaissent la mienne, aussi n’est-ce pas me manquer de respect que de m’exclure pour pouvoir poursuivre la partie. »

Gurgeh fit des yeux le tour de l’immense salle de bal bruyante et surpeuplée où les gens parlaient et dansaient, où la musique retentissait à pleine puissance.

« N’y a-t-il rien que vous puissiez faire ? s’enquit-il. Ne pourrait-on s’arranger pour que dix femmes jouent les unes contre les autres dans la première manche ? »

Elle garda les yeux baissés, mais l’arrondi de sa joue s’accentua, laissant supposer un sourire.

« Si, monsieur. Mais, à ma connaissance, il n’est jamais arrivé en grand tournoi que deux individus appartenant à un sexe inférieur aient joué dans le même groupe. Depuis le temps, jamais le tirage au sort n’a donné ce résultat.

« Ah ? fit Gurgeh. Et les parties en face à face, où l’on joue à un contre un ?

« Elles ne comptent pas si l’on n’a pas franchi les premières manches dans l’ordre. Quand je m’entraîne en face à face, on me dit que… que j’ai beaucoup de chance. Je suppose que c’est vrai. Mais de toute façon, je le sais déjà parce que mon père m’a choisi un bon maître et époux, et que, même si je ne réussis pas au jeu, je ferai un bon mariage. Qu’est-ce qu’une femme peut demander de plus, monsieur » ? »

Encore une fois, Gurgeh ne sut que répondre. Il sentait un chatouillement inexpliqué sur sa nuque. Il se racla deux ou trois fois la gorge, mais ne réussit qu’à dire :

« J’espère que vous gagnerez. Je l’espère sincèrement. »

La femme releva brièvement les yeux, puis s’empressa de les baisser à nouveau. Elle secoua la tête.

Au bout d’un moment, Gurgeh lui proposa de la ramener à son père, ce à quoi elle consentit. Mais elle n’avait pas encore tout dit.

Comme ils traversaient la vaste salle pour aller retrouver son père en se frayant un chemin à travers les grappes d’individus, à un moment donné ils passèrent entre un colossal pilier sculpté et une peinture murale représentant comme toujours une bataille. Durant le laps de temps où ils furent isolés du reste de la pièce, la femme tendit la main et le toucha sur le dessus du poignet ; elle appuya un doigt de l’autre main à un endroit précis de la tunique, sur l’épaule de Gurgeh, et l’y maintint. Au moment où les autres doigts effleuraient son bras, elle murmura :

« Vous devez gagner. Vous, vous devez gagner. »

Puis ils se retrouvèrent au côté du père, et après s’être encore une fois félicité de l’accueil qu’on lui réservait, Gurgeh laissa là la petite famille. La jeune femme ne lui jeta pas un regard. Il n’eut pas le temps de lui répondre.

« Tout va bien, Jernau Gurgeh ? »

Flère-Imsaho découvrit l’homme adossé à une cloison, le regard apparemment perdu dans le vide à l’instar des serviteurs mâles en livrée.

Gurgeh baissa les yeux sur le drone, puis posa le doigt sur l’endroit de sa tunique que la jeune fille avait pressé.

« Est-ce que c’est là que se trouve le micro ?

« En effet, répondit la machine. C’est là. Est-ce Shohobohaum Za qui vous l’a dit ?

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