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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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« Hmm, c’est bien ce que je pensais, fit Gurgeh en se détachant du mur. Serait-il impoli de prendre congé maintenant ?

« Tout de suite ? (Le drone recula légèrement, avec un sursaut ; il bourdonnait de plus belle.) Ma foi, je pense que non… Vous êtes sûr que tout va bien ?

« Je ne me suis jamais senti aussi bien. Allons-y. »

Sur ces mots, Gurgeh fit mine de s’éloigner.

« Vous semblez agité. Vraiment, vous vous sentez bien ? Vous ne vous amusez donc pas ? Qu’est-ce que Za vous a donné à boire ? Est-ce le jeu qui vous rend nerveux ? Za vous a dit quelque chose ? Est-ce parce que personne ne veut vous toucher ? »

Gurgeh fendit la foule sans prêter attention au drone qui vrombissait et crépitait à hauteur de son épaule.

Au moment de quitter la vaste salle de bal, il se rendit compte qu’à part une vague réminiscence – Fille-de-qui ? –, il n’avait plus en tête le nom de la jeune femme.

Chapitre 12

Gurgeh devait entamer sa première partie d’Azad deux jours après le bal, deux jours qu’il passa à mettre au point un certain nombre de stratégies avec le Facteur limite. Il aurait pu mettre à profit le mental du module, mais le vieux vaisseau de guerre avait un style-de-jeu plus intéressant. Malgré le décalage temporel important dû au fait que le Facteur limite se trouvait à plusieurs décennies-lumière de là en termes d’espace réel (le vaisseau, lui, répondait instantanément aux initiatives de Gurgeh), celui-ci avait tout de même l’impression de jouer contre un partenaire extraordinairement rapide et doué.

Il n’accepta aucune des invitations officielles qui lui furent faites, arguant auprès de Péquil que son système digestif avait besoin d’un peu de temps pour s’adapter aux savoureuses nourritures de l’Empire. Apparemment, cette excuse fut jugée acceptable. Il laissa même passer l’occasion de suivre une visite touristique de la capitale.

Durant ces deux journées, il ne vit personne d’autre que Flère-Imsaho, qui passait le plus clair de son temps sur le parapet, dans son déguisement, à vibrer doucement en observant les oiseaux qu’il attirait au moyen de miettes éparpillées sur la pelouse du jardin suspendu.

De temps à autre, Gurgeh montait le rejoindre sur le toit et restait là un moment, contemplant la ville à ses pieds.

Les rues et le ciel de la cité étaient également envahis par la circulation. Groasnachek ressemblait à un colossal animal aplati et couvert de piquants, semé de lumières la nuit et enveloppé pendant la journée dans la brume de sa propre haleine accumulée. Sa voix était un chœur sonore et embrouillé, un bruit de fond omniprésent composé de rugissements incessants de moteurs et de machines, auquel s’ajoutait le déchirement sporadique des avions qui la survolaient. Les plaintes, ululements, gazouillis et autres clameurs incessantes criblaient le tissu de la ville comme autant de trous d’obus.

Du point de vue architectural, se disait Gurgeh, cette ville était un mélange ahurissant de styles, sans parler de ses proportions excessives. Certaines constructions s’élançaient vers le ciel tandis que d’autres s’épandaient au sol, mais on avait manifestement conçu les premières sans tenir aucun compte des secondes ; l’effet d’ensemble – qui aurait pu s’avérer d’une variété intéressante – était en réalité affreux. Il ne pouvait s’empêcher de penser au Jeune voyou, qui logeait dix fois plus de gens dans un espace plus restreint et avec une élégance bien supérieure, alors que la majeure partie du vaisseau était occupée par les chantiers de construction spatiale, les moteurs et le matériel.

À Groasnachek, se disait encore Gurgeh, sur le plan de l’urbanisme la structure était aussi apparente que dans une déjection d’oiseau ; cette ville était son propre labyrinthe.

Quand vint le premier jour de jeu, il s’éveilla en proie à une espèce d’ivresse, comme s’il venait de remporter une partie, alors qu’il s’apprêtait à s’engager dans le seul affrontement important de sa vie. Il prit un petit déjeuner très léger et revêtit sans hâte les atours de cérémonie qui étaient de rigueur pendant le jeu. C’étaient d’ailleurs des vêtements assez ridicules : pantoufles moelleuses, culottes courtes et pourpoint volumineux à manches roulées retenues par des brides. Heureusement, en tant que novice il portait une tenue relativement peu décorée et dont les couleurs demeuraient discrètes.

Péquil vint le chercher en voiture de surface officielle. L’apical jacassa durant tout le trajet sans cesser de vanter la dernière conquête de l’Empire, dans quelque zone reculée de l’espace ; apparemment, il s’agissait d’une glorieuse victoire.

La voiture longeait à vive allure de larges avenues en direction des faubourgs de la ville ; une salle communale, où Gurgeh allait jouer, y avait été convertie en aire-de-jeu.

Aux quatre coins de la ville, ce matin-là, des gens se rendaient sur les lieux de leur première manche dans le nouveau tournoi. Depuis le plus optimiste des jeunes chanceux ayant gagné à la loterie d’État le droit de jouer, jusqu’à Nicosar lui-même, douze mille personnes allaient affronter cette journée en sachant que leur vie en serait peut-être définitivement bouleversée, pour le meilleur ou pour le pire, et que le processus était d’ores et déjà entamé.

La cité tout entière était en proie à la fièvre du jeu qui s’emparait régulièrement d’elle, tous les six ans ; à Groasnachek se pressaient les joueurs et leur suite, les conseillers et mentors de collège, les relations et amis, les attachés de presse et journalistes impériaux, sans compter les diverses délégations des colonies et territoires venues voir l’avenir de l’Empire se décider sous leurs yeux.

Malgré l’euphorie qu’il avait ressentie au lever, Gurgeh s’aperçut en arrivant devant la salle de jeu que ses mains tremblaient ; lorsqu’on le fit entrer, lorsqu’il vit les hauts murs blancs et entendit les échos que soulevaient le parquet, il sentit irradier dans son ventre une crispation désagréable. La sensation différait sensiblement de l’excitation tendue qu’il éprouvait généralement avant une partie. C’était autre chose ; une sensation plus aiguë, plus électrisante et plus déconcertante que tout ce qu’il lui était jamais arrivé d’éprouver.

La seule chose qui vint soulager quelque peu sa tension fut d’apprendre que Flère-Imsaho s’était vu interdire l’accès de la salle pendant la durée de la partie, il serait contraint de rester dehors. Il eut beau assortir ses grossièretés verbales de divers cliquettements, vrombissements et autres crépitements, il ne put convaincre les autorités impériales qu’il n’était pas à même d’assister Gurgeh, de quelque manière que ce fût, pendant la durée du jeu. On le conduisit dans un petit pavillon adjacent à la salle, et on lui ordonna d’attendre en compagnie des gardes impériaux qui assuraient la sécurité des lieux.

Il protesta. Avec virulence.

On présenta Gurgeh aux neuf autres membres de son groupe. En théorie, tous devaient leur présence au hasard. Ils le saluèrent avec une certaine cordialité, encore que l’un d’entre eux, futur prêtre de l’Empire, se contentât d’un hochement de tête.

Ils commencèrent par un jeu de cartes stratégique constituant une partie mineure. Gurgeh l’aborda avec une grande prudence, cédant cartes et points afin de découvrir ce que les autres avaient en main. Lorsqu’il en eut bien assimilé les règles, il se mit à jouer pour de bon en espérant qu’on ne lui ferait pas trop perdre la face, mais se rendit compte durant les quelques tours suivants que les autres ne savaient toujours pas très bien qui avait quoi, et qu’il était le seul à jouer au jeu comme si on était déjà aux dernières manches.

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